Le discours du président Macron
Les trémolos, c'est maintenant

Retour de scène | Le discours du président

Tournée ménages

Dans le cadre de sa tournée Il va dire des trucs (1), le président de la République s’est une nouvelle fois tapé l’incruste dans notre salon pour nous jouer de son instrument préféré. Nous réservant au passage quelques surprises…

 

Qu’elle semble loin, la tournée du premier album live, C’EST NOTRE PROJET !, vraisemblablement polluée par des abus de substances illicites en tout genre (ultralibéralisme, poudre de perlimpinpin…).

Loin aussi, le En même temps Tour des débuts, et même le dernier EP Il faudra que chacun contribue à l’effort national (sauf les multinationales, les banques et les assurances, faut pas déconner non plus), dans lequel les influences du président semblaient mal digérées et régurgitées telles quelles, de Hayek (Friedrich, pas Salma, hein) à Goldman Sachs en passant par Thatcher.

 

Sur cette image, on a clairement le sentiment qu’il n’est pas le seul à s’exprimer… (25 mars – © Brain Magazine)

 

Il faut croire qu’EM a commencé à reconnaître les limites de la Start Up Nation, mouvement éphémère et mortifère que seul le Medef pense encore d’actualité — en témoigne le récent hit 60 heures par semaine (Travailler plus).

Car c’est étonnamment dans la lignée de son live Quoi qu’il en coûte (porté par le tube J’ai découvert l’État Providence) — l’humour en moins (pas de sous-titres en panique ou d’interprète LSF traduisant en une image l’inanité l’intégralité du discours) — que le plus grand joueur de flûte national s’est lancé dans un nouvel exercice interminable.

 

Urgent : cherche traducteur Panique/Français (jeudi 12 mars)

 

Il faut dire que sans la patte absconse de Sibeth Ndiaye (Le pognon de dingue, c’est d’elle), « l’artiste » peine à trouver un nouveau souffle.

Depuis qu’elle slame elle-même ses morceaux (cf. l’album J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président), l’autrice des hilarants Vous savez-quoi ? Je ne sais pas utiliser un masque et Gariguettes (dont on vous recommande le super remix de Ministère Agri feat. D. Guillaume, Allez aux fraises, moi j’y suis depuis un moment) ne parvient plus à magnifier le pipeau présidentiel.

 

 

Non pas que EM ne sache plus manier son instrument, comme le démontre sa longue introduction, ponctuée par les très répétitifs Comme dans tous les pays du monde et J’ai vu des ratés mais on s’en sort super bien.

Mais là où on attendait beaucoup d’anciens morceaux symboliques de son mandat (Irresponsables, Relancer l’économie…) ou des reprises (L’École est finie, Sacrifice…), le président a dévoilé son prochain EP, le déconcertant Solidarité, dont le premier single, Avec humilité, scandé façon messe, peine toutefois à convaincre. Tout comme Poursuivre les efforts et Se laver les mains…, passages obligés mais bien fades de toute allocution présidentielle qui se respecte en temps de pandémie.

Heureusement, certains nouveaux morceaux évoquent encore les productions « enmêmetempistes » développées jusqu’ici par « l’artiste », comme le fameux #Restezchezvous vs. #Alleztravailler, coproduit par MC Pénicaud et Édouard P. a.k.a Dj Barbe-Chelou. À commencer par Épreuve en temps de paix, morceau en miroir du précédent tube présidentiel, Nous sommes en guerre, dans lequel EM annonce, dans un flow totalement décomplexé, que parmi les premiers déconfinés figureront ceux en incapacité totale de respecter les gestes barrières : les enfants.

Deux petits bijoux viennent conclure cet album, atteignant de rares sommets de xylophonie : Nous ne nous en sortirons pas seuls et ses trémolos à contre-emploi (déjà entendus sur Merci les soignants V2, mais ne boudons pas notre plaisir), et — surtout — Tester tout le monde n’aurait aucun sens. Si les paroles offrent un écho remarquable au tube Porter un masque ne sert à rien, les arrangements inédits font de ce morceau un chef d’œuvre du genre. Nous livrant ainsi un nouveau refrain entêtant : « Test is the new mask ».

 

CC

 

(1) © Clémentine Mélois

EM – Solidarité (Pipeau Prod.) : sortie le 11 mai