exposition Poly-mer d’Étienne Krähenbühl à la Galerie Zemma Marseille
Poly-mer d’Étienne Krähenbühl à la Galerie Zemma

Poly-mer d’Étienne Krähenbühl à la Galerie Zemma

L’art et la matière

 

Étienne Krähenbühl est un sculpteur suisse, auteur d’œuvres monumentales qu’on peut découvrir tout autour du monde. Poussant jusqu’au bout sa passion pour la matière, il collabore avec des scientifiques et son art devient force de propositions. Il expose pour la première fois à Marseille.

 

 

« De la poule à l’œuf, de la plume aux polymères »(1)… derrière chaque œuvre, une histoire.

Ici, une nouvelle espèce de poisson délicatement fossilisé, impression obtenue par un filet d’oranges… parce que certains n’ont rien trouvé de mieux que d’emmailloter des fruits déjà protégés par leur peau dans des filets de plastique qui deviendront déchets.

Là, des plumes, matériau naturel et inégalable, à la fois isolant et léger, ornent à la façon d’un large chapeau une boule oxydée qui pourrait bien faire écho à notre vieille planète.

Plus loin, dans une pièce à l’écart, le temps suspendu. Au bout de fils d’un alliage de titane et nickel qui a l’extraordinaire propriété de conserver la mémoire des formes, des cubes ondulent et frissonnent… et c’est comme si la musique de ces matériaux faisait resurgir en nous une mémoire ancestrale. Fascinant !

Grâce à un beau-frère arrivé de La Ciotat lorsqu’il a quatorze ans, Étienne Krähenbühl s’initie à la soudure. Dès lors, sa passion pour la sculpture et la matière ne le quittera plus. S’il collabore avec des physiciens et des chimistes, ce n’est pas seulement pour affiner ses projets, mais aussi et surtout pour entrer pleinement dans les phénomènes scientifiques et pouvoir mieux ensuite les relier à l’humain. Scandalisé par les volumes de matières organiques gaspillés, il est capable d’expliquer comment certains polymères à base de kératine de plumes de poules pourraient remplacer le plastique.

Artiste et citoyen, Étienne Krähenbühl est un homme modeste et souriant, qui parle avec douceur de choses complexes ou graves. Allez voir sur son site ses Fleurs du mal, fragments de bombes figés sur de longues tiges, qui se balancent dans la lumière et le vent, à Aley, petite ville du Liban. Entre effroi et poésie, comme un « champ de blessures »(2)) et de mémoire. Que c’est fort quand des artistes aussi talentueux s’engagent !

 

Aline Memmi

 

 

Poly-mer d’Étienne Krähenbühl : jusqu’au 24/04 à la Galerie Zemma (40 rue Sainte, 1er).

Rens. : www.galeriezemma.fr

Pour en (sa)voir plus : www.ekl.ch

 

 

 

Notes
  1. Titre d’un livre de Étienne Krähenbühl et Rudy Koopmans, édité par l’Association des Amis d’Étienne Krähenbühl, 2023.[]
  2. In Fleurs du mal, champ d’inquiétudes, livre de Étienne Krähenbühl et David Collin (éd. Infolio, 2008[]