Ô voleur(s) !

Ô voleur(s) !

Il y a quelques jours, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) révélait à travers les Pandora Papers une énième — et colossale — affaire de fraude et d’évasion fiscale, impliquant plusieurs milliers de personnalités, parmi lesquelles trois cents responsables publics, trente-cinq chefs d’État et centre trente milliardaires. Ainsi que quelque 600 entreprises françaises concernées.

Le montant de cette évasion donne de le tournis : 11 300 milliards de dollars. Pour mieux se rendre compte, affichons les zéros : 11 300 000 000 000 ! Autant d’argent que d’aucuns qualifieraient de « magique » s’il ne s’agissait pas d’impôts — donc d’argent public — auxquels ces criminels en col blanc se soustraient sans vergogne.

Tous les (autres) médias auraient pu — et dû — ne parler que de ça, de cette somme indécente, qui pourrait servir, au hasard, à éradiquer la faim dans le monde et à combattre vraiment, ardemment, cette épée de Damoclès que constitue pour l’humanité le réchauffement climatique.

Tous les (autres) médias auraient pu — et dû — ne parler que de ça, de ce montant astronomique face auquel le coût de la fraude sociale en France (1) apparaît comme un vulgaire morceau de papier dans un océan de billets. Même si l’urgence de notre gouvernement semble être de combattre les chômeurs avec une réforme dont on a parlé cinq minutes et, d’une manière générale, tous ces pauvres qui mènent grand train au point de s’acheter des écrans plats avec l’allocation de rentrée scolaire.

Tous les (autres) médias auraient pu — et dû — ne parler que de ça. Mais, comme aiment à le répéter bien trop souvent les médias eux-mêmes — avec un air faussement désolé, comme si ça les dédouanait —, « une actualité chasse l’autre »(2). Et « l’actualité » suivante, ce fut la mort de Bernard Tapie, « l’homme aux mille vies » que la France (des médias) a célébré jusqu’à l’écœurement. Et d’autant plus à Marseille, sa « ville de cœur ». Si, comme beaucoup, nous avons fêté comme il se doit la victoire de l’OM en Ligue des Champions en 1993, nous n’oublions pas comment cet homme a construit sa fortune, en rachetant puis en liquidant de nombreuses entreprises (Manufrance, Terraillon, La Vie Claire…), brisant de nombreuses vies au passage… Et on n’oublie pas non plus l’affaire du Crédit Lyonnais, qui lui a permis d’empocher 403 millions d’euros d’argent public.

Mais bon, « une actualité chasse l’autre », et la France vient de remporter la Ligue des Nations.

 

CC

 

Notes
  1. En 2019, en France, la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales) estimait la fraude fiscale à 100 milliards d’euros et la fraude sociale à 983 millions d’euros. Source : Alternatives économiques(())
  2. Sauf pour se repaître, depuis plusieurs semaines, de l’hypothétique candidature à la présidentielle d’un homme plusieurs fois condamné pour provocation à la discrimination raciale…(())