Pourquoi tu sors ? d'Anthony Micallef

L’Interview (à la) maison | Anthony Micallef

(Très) Bon de sorties

 

Après avoir documenté le destin des délogés de la cité phocéenne avec son exposition Indigne-Toit, le photographe Anthony Micallef s’est lancé dans un nouveau projet, Pourquoi tu sors ?. « Une série de portraits de Marseillais rencontrés dehors à qui je pose la question apparemment banale mais devenue très sensible. » On en a profité pour l’interroger à son tour sur son quotidien en confinement avec une « interview (à la) maison ».

 

« Pour moi, c’est une manière de raconter ce qu’il se passe : la manière dont la vie continue au ralenti. Quand le confinement a débuté, j’ai assisté sur les réseaux sociaux — y compris parmi mes proches — à un déchirement entre ceux qui se sont cloîtrés et ceux qui ont continué à sortir : les vertueux face aux inconscients, ou bien les dociles face aux libertaires, tout dépend d’où l’on regarde. Le dehors est subitement devenu un territoire de transgression, j’ai eu envie de documenter ces passants, devenus de nouveaux “marginaux” : qui sont-ils au juste et que font-ils dehors ? »

Retrouvez toutes les photos (et les réponses) sur son compte instagram

 

 

 

 

Au moment où tout a été mis en pause, quel était ton programme printanier ?

Je devais partir au Kenya… J’espère que ça n’est que partie remise du coup !

C’est quoi, ton confinement à toi ? Comment occupes-tu tes journées ? 

En tant que photoreporter, je documente au maximum l’épidémie. Je passe mes journées aux côtés de ceux qui subissent et de ceux qui sauvent : les pompiers, les EHPAD, les SDF, les associations… et les simples passants.

 

Pourquoi c’est bien, ce confinement ? 

Parce que ça fait des images de la ville inédites, mais aussi parce que ça permet à beaucoup de monde de réaliser, en termes de solitude et d’instabilité économique, ce qu’est la vie d’un célibataire avec un job de freelance comme moi. (rires)

Pourquoi ça craint ?

Parce que ça ne fait qu’accentuer la cassure sociale : les riches se confinent dans des villas avec jardin ou dans des résidences secondaires, tandis que les pauvres prennent des amendes à 135 € car ils ne supportent plus d’être cloîtrés à cinq dans un T3, sans argent ni nourriture. Sans parler des SDF, à qui on a coupé les douches dès le premier jour.

 

Une astuce sympa ?

L’émission culte Strip-tease a mis en ligne gratuitement 250 épisodes sur la plateforme de replay de la RTBF !

Avec qui aurais-tu aimé être confiné ?

Idéalement, une coloc’ avec Christian Bobin (pour apprendre à contempler), avec Django Reinhardt (pour apprendre à jouer) et un chef italien — ou vietnamien — au choix : parce que bien manger, on s’en rend bien compte depuis qu’on mange du riz, c’est déjà être heureux !

La première chose que tu vas faire en « sortant » de là ?

Faire des images des gens dans les terrasses de cafés, des amoureux dans les rues, des familles à la plage : cette vie magnifique si évidente qu’on l’oublie. Et à titre personnel, passer quinze jours enfermé dans un cinéma.

Comment imagines-tu l’après ? 

Ce qui m’effraie le plus, c’est finalement que cette peur entre dans notre quotidien, qu’on l’intègre. Comme le risque du sida, totalement nouveau au départ mais qui est devenu une évidence dans la tête de ma génération. Je n’aimerais pas une vie où l’on ait sans cesse peur de tomber malade à cause de la personne en face de nous. Ce qui me frappe par contre, c’est la solidarité spontanée des tous les anonymes, ça me donne de l’espoir !

 

Propos recueillis par Cynthia Cucchi

 

Pour en (sa)voir plus : www.anthonymicallef.com