Les Instants Vidéo

Vidéo Games

 

Pour leur trente-deuxième édition, les Instants Vidéo entrent en résonance avec le triste anniversaire du 5 novembre et le vent de révolte qui souffle en Catalogne, à Hong Kong,  au Liban, au Chili et en France. Images en phase avec un monde en ébullition dans lequel on assiste à une flambée de révoltes sociales dont certaines se voient réprimées à coup de balles réelles… Un festival résolument ancré dans la réalité, qui prend sa source à Marseille mais irrigue tout le territoire et bien au-delà.

 

« L’art ne doit pas être séparé de la vie, ni la vie de l’art. » Si le festival affirme ce postulat dès les premières lignes de son dossier de presse, c’est qu’il applique ce précepte à sa programmation bien sûr, mais aussi et surtout à l’essence même des Instants Vidéos, qui se « pratiquent » dans des lieux d’art mais en dehors également, dans les galeries populaires et éphémères du SARA et de l’ADPEI, allant à la rencontre d’un public plus large. Depuis 1988, l’association Les Instants Vidéo Numériques et Poétiques est engagée dans une action militante portant à la fois sur l’initiation à la lecture d’image, la démocratisation de l’art, la défense et la promotion des artistes et de leur travail à l’échelle locale et internationale. L’équipe des Instants Vidéo, ce sont aussi des acteurs politiques qui n’hésitent pas à prendre position dans une époque où l’on constate chaque jour l’effarante tiédeur et la résignation d’une société qui s’émeut à peine devant des immeubles qui s’écroulent, des pompiers ou des manifestants, y compris adolescents, que l’on réprime à coups de flash-ball et autres armes non létales dignes d’un jeu vidéo mais pourtant bien réelles dans la septième puissance mondiale, la France.

Nous ramener à ce principe de réalité n’est donc pas chose vaine, et c’est ce que les 192 œuvres de cette trente-deuxième édition, issues de 49 pays et pensées par 180 artistes, tentent de faire en évitant d’accabler le spectateur, mais en lui demandant de regarder les choses de ce monde en face pour l’imaginer autrement et passer à l’acte d’une reconstruction, voire d’une déconstruction.

Le festival se déroule en plusieurs temps. D’abord avec l’exposition Effondrements / Soulèvements à la Tour Panorama de la Friche, qui rassemble vingt installations vidéo internationales dont l’objet serait de montrer que « quand les espoirs, les maisons ou les corps s’effondrent, l’art est le rebond. » On y retrouve notamment Tombe (avec les mots) de Robert Cahen ou Marche de la colère de Brut TV, exposant au titre d’œuvre d’art une émission de télé comme on les aime, quand elle renoue avec son médium, filmant en direct l’une des manifestations qui ont suivi l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne. Cette vidéo est mise en écho avec Bergen à Oslo, long travelling de 7h14 dans un train.

Du 8 au 10 novembre à la Cartonnerie, on pourra voir les trois installations du Collectif Ornic’Art, Denis Cartet (Digital Borax) et Naod Lemma, mais également toute la programmation du festival, avec des vernissages, des performances, des échanges avec les réalisateurs, des discussions et des films réunis selon des thématiques telles que « La dialectique de l’ordre et du désordre », « Pour Chantal duPont. L’art de l’envol », « La Lune, la télévision et Dziga Vertov », etc.

Lors de la soirée inaugurale sera projeté le dernier film de Jean-Luc Godard, Le Livre d’image (Palme d’Or spéciale du Festival de Cannes 2018), ovni sculptural et cinématographique écrit comme un hymne aux artistes faiseurs de formes et de sens. Le film sera précédé de Sang titre, un message adressé aux Palestiniens que Leïla Shahid représentera lors de cette soirée d’ouverture placée sous l’union de Marseille, Ramallah et Gaza, trois villes qui s’effondrent et se relèvent…

 

Trente-deux ans que les Instants Vidéo nous abreuvent d’images qui nous grandissent, nous mettent face à des écrans qui nous (r)éveillent, face à des films d’artistes qui racontent le monde dans ce qu’il a de plus complexe et de moins manichéen. Trente-deux ans de travail et d’action pour réunir le champs de l’art et celui du champ social, car l’aventure se vit aussi dans le centre de réinsertion dit le SARA tout comme à l’École des Beaux-Arts d’Aix, dont le directeur, Christian Merlhiot, également réalisateur, doit être particulièrement attentif à cette forme qu’est l’art vidéo — dont les trois actes fondateurs datent de 1963, quand Nam-June Paik exposait ses 13 distorted TV sets lors d’une expo Fluxus, que Wolf Vostell proposait un « film d’artiste » reprenant sur une pellicule des images de télévision déformées, lacérées ou déchirées (Sun In Your Head) et que Jean-Christophe Averty moulinait un bébé dans un presse-purée. Assemblage, découpage, collage… l’art vidéo utilise les mêmes gestes que le dessin ou la sculpture, les matériaux étant tout à la fois l’image et les supports de l’image.  C’est un médium qui se réinvente sans cesse, et cette troisième édition nous le prouvera certainement. Car Marseille n’est pas seulement la ville où les immeubles d’effondrent, c’est aussi celle qui accueille ce festival et les gens qui le font vivre…

 

Céline Ghisleri

 

Les Instants Vidéo : jusqu’au 31/12 à Marseille. Rens. : www.instantsvideo.com

Grand week-end de programmation internationale d’arts vidéo et numériques : du 8 au 10/11 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 3e).

Le programme complet des Instants Vidéo ici