Les Arts premiers, objets rituels – objets usuels

Arts premiers, objets rituels – objets usuels à la Maison de l’Artisanat et des Métiers d’Art

Haut les masques

 

La Maison de l’Artisanat et des Métiers d’Art fête ses trente ans avec une exposition autour des thèmes du fétichisme et de l’idolâtrie à travers les civilisations.

 

Masques et statues, sacrés ou pas, instruments de musique, textiles, récipients, armes, ustensiles… autant d’objets qui se retrouvent communément de l’Afrique à l’Asie, de l’Amérique à l’Océanie, chez les peuplades et tribus ayant, depuis des siècles jusqu’à nos jours, vécu sur ces terres lointaines. La condescendance et l’ethnocentrisme de l’homme occidental ont conduit à qualifier ces objets d’arts primitifs. Ce terme, que l’on juge aujourd’hui fortement péjoratif et peu acceptable, a été remplacé depuis quelques années par celui, non moins discutable, d’arts premiers. Or, comme le fait justement remarquer le collectionneur André Mamberti-Dias, à l’initiative de l’exposition, « ces objets n’avaient pas vocation à devenir des œuvres d’art, mais étaient destinés à une utilisation bien concrète. » D’où le sous-titre de l’exposition : « objets rituels, objets usuels ». Une thématique toute trouvée pour la MAMA : « Comment s’articule, s’évalue et s’identifie dans d’autres continents l’attribution du terme objet d’art ou objet artisanal ? »
La première partie de l’exposition est consacrée aux objets « qui dépendent d’un geste rituel » : fétiches (faux en portugais), statues et statuettes, masques. En Afrique, ces derniers, associés à des chants, des danses, des rituels, n’ont d’ailleurs vraiment de valeur que s’ils ont été utilisés, portés… on pourrait dire fétichés. Aux yeux d’André Mamberti-Dias, ce sont donc les pièces rafistolées qui ont le plus de valeur.
Tandis qu’une charge mystique pèse sur certaines pièces, d’autres sont tout simplement sublimes et valent à elles seules la visite. Mais si l’Afrique est largement représentée dans sa diversité, on peut déplorer le peu d’éléments issus des autres continents. Cet incroyable masque en provenance du Timor, sculpté directement dans du corail, nous aura laissé l’eau à la bouche. A l’étage, la seconde partie de la visite est dédiée aux objets utilitaires, toujours avec une symbolique.
Bien que les œuvres présentées soient incontestablement magnifiques et le thème de l’exposition passionnant, il semble qu’elle ait été organisée de façon quelque peu anarchique. En effet, si les légendes nous renseignent sur la provenance et l’utilisation des objets, il est impossible d’avoir une idée de la période à laquelle ils ont été réalisés. Ni de distinguer les pièces authentiques de celles issues de l’art touristique — et il y en a forcément. Pour aller plus loin, si le musée du Quai Branly à Paris est la référence en la matière, Marseille possède également un Musée des arts africains, océaniens et amérindiens à la Vieille Charité (1). N’ayant pas la même capacité et la même vocation, c’est donc en toute modestie que la MAMA offre au public marseillais une très belle occasion de les découvrir (gratuitement).

Laurent Jaïs

 

Arts premiers, objets rituels – objets usuels : jusqu’au 25/01 à la Maison de l’Artisanat et des Métiers d’Art (21 cours d’Estienne d’Orves, 1er).
Rens. 04 91 54 80 54 / www.maisondelartisanat.org

 

Notes
  1. En France, le site museoartpremier.com en recense plus de 200.(())