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Le couvent de la Cômerie, souci et espoir pour le lieu de création Montévidéo

L’ancien couvent de sœurs franciscaines accueillait artistes en résidence et compagnies culturelles depuis février 2020. Des problématiques de sécurité obligent à le fermer partiellement. Expulsé de ses locaux originels, le lieu de création contemporaine Montévidéo pourrait y prendre ses quartiers, après la réalisation de travaux d’urgence.

 

 

Entre Vauban et Breteuil, la Cômerie vient d’être fermée au public. Les hauts murs de cet ancien couvent de sœurs franciscaines missionnaires de Marie, niché au cœur du 6e arrondissement, recèlent un paradoxe : d’un côté, le site — lourd à entretenir — est une épine dans le pied de Montévidéo qui en assure l’exploitation ; de l’autre, l’édifice qui a hébergé des religieuses jusqu’en 2019 pourrait devenir le point de chute de ce centre de création contemporaine, obligé de quitter ses locaux originels, sis impasse Montévidéo à quelques centaines de mètres de là.

En date du 22 décembre dernier, la municipalité a pris un arrêté actant que « l’accueil du public et l’exploitation des locaux à sommeil de l’établissement (…) sont interdits » à La Cômerie. Le vaste ensemble architectural de 3 000 mètres carrés érigé fin XIXe, et posé dans un très beau parc d’un hectare fraîchement réhabilité, a été acquis par la Ville en juillet 2019. Son exploitation est confiée en février 2020 à l’association Montévidéo qui pilote déjà l’espace culturel du même nom.

 

Risque incendie

Depuis lors, Montévidéo gère donc les trois niveaux de l’ancien couvent. Là où vivaient les sœurs se croisent désormais artistes accueillis en résidence de manière ponctuelle, mais aussi compagnies culturelles ou associations installées à demeure. La Cômerie n’est pas, à proprement parler, un lieu d’accueil du public, mais un espace de création partagé. Au rez-de-chaussée du site, les lieux comprennent des bureaux et des espaces de résidence ; tandis qu’aux premier et deuxième étages, vingt-cinq chambres sont dévolues à l’hébergement d’artistes ou des équipes techniques qui pilotent le festival Actoral, organisé par Montévidéo.

Mais, fin décembre 2023, le passage d’une commission de sécurité pointe, de nouveau, des manquements et rend un avis défavorable : « L’établissement ne répond pas aux normes de sécurité en vigueur et présente de ce fait un danger pour la sécurité des personnes. » L’arrêté municipal détaille « le dysfonctionnement du système de sécurité incendie de l’établissement, générant un risque avéré pour le public en cas d’incendie, notamment pour les locaux à sommeil », « l’absence de portes pare-flamme », « le dysfonctionnement du désenfumage mécanique » et « la présence de stockage anarchique qui, en cas d’incendie, faciliterait le développement rapide du sinistre ». En outre, l’arrêté rappelle que des avis négatifs ont déjà été émis en 2020 et 2021. De ce fait, les lieux ne sont plus autorisés à recevoir du public et à héberger des personnes.

 

« Une certaine désinvolture dans l’accueil »

« Ce n’est pas de gaîté de cœur que nous prenons cette décision, car nous avons bien conscience de ce que représente La Cômerie pour le monde culturel marseillais. Mais cet arrêté est pris sur des critères objectifs. Le non respect des règles de sécurité, notamment en matière de risque incendie, entraîne de vrais risques, qui plus est pour un établissement dit “à sommeil” [dans lequel des personnes peuvent être hébergées, ndlr] », synthétise Jean-Pierre Cochet, adjoint au maire de Marseille chargé notamment de la gestion des risques, qui pointe « une certaine désinvolture dans les conditions d’accueil. »

Au sein de Montévidéo, on plaide la difficulté à entretenir des espaces d’une telle importance. « Le cœur du problème, c’est que lorsque ce lieu nous a été confié, sous la précédente mandature, il était question d’une subvention en regard. Or on ne nous l’a jamais attribuée. Les charges étaient importantes à supporter pour Montévidéo qui a tout porté sur ses fonds propres. Le bâtiment est vieux, vétuste par endroits, et nous avons pioché dans la subvention de fonctionnement à Montévidéo pour gérer 3 000 mètres carrés en plus »souligne-t-on dans l’entourage d’Hubert Colas, auteur et metteur en scène, fondateur de Montévidéo. Avec cet arrêté, les résidents de la Cômerie peuvent toutefois fréquenter les bureaux ou les espaces de travail du site, mais ils ne peuvent pas être plus de cinquante personnes simultanément sur place. Les deux étages supérieurs sont fermés.

 

Discussions en cours

Les compagnies de danse Shonen et Emanuel Gat, et trois plasticiens y disposent d’espaces de création. Tout comme l’Atelier des artistes en exil. L’antenne marseillaise de l’association accompagne depuis deux ans quatre-vingts artistes en danger, originaires d’une quinzaine de pays qu’ils ont fuis. « Aujourd’hui, l’Atelier des artistes en exil n’a plus d’espaces et cherche à retrouver des lieux adéquats », cadrent Sarah Gorog, la directrice de l’antenne marseillaise, et Nicolas Stolypine, son adjoint, avant de préciser que « des discussions sont en cours entre la Ville et les structures intégrantes pour trouver des solutions. »

« Nous avons eu plusieurs réunions pour voir comment donner des points de chute à tous », confirme Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture au maire de Marseille. Afin que les différents acteurs qui œuvrent là ne se retrouvent pas à la rue, à commencer par Montévidéo lui-même. Car ce laboratoire local de la création contemporaine va devoir quitter son local historique de l’impasse Montévidéo. Le soutien de nombreux artistes et de l’ex-ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, n’y ont rien fait : son bail est échu depuis 2016 et, au terme de longues procédures judiciaires, le propriétaire va récupérer son bien pour le vendre. L’expulsion est inéluctable depuis le 15 octobre. « Il est évident que les problèmes de Montévidéo rejaillissent sur la Cômerie », analyse Cédric Jouve, adjoint chargé de la culture à la Mairie des 6e et 8e arrondissements.

Un scénario se dessine, toutefois. Selon nos informations, la Ville devrait proposer à Montévidéo et aux autres résidents de la Cômerie une occupation temporaire d’un an, des seuls espaces de bureaux ou de travail. Des résidences d’artistes pourraient toujours s’y tenir mais pas l’hébergement sur place. Au préalable, des travaux d’urgence doivent néanmoins être réalisés. La municipalité pourrait les prendre à sa charge, « pour que le lieu soit mis “hors risques” et soit réintégrable », note Cédric Jouve. Enfin, Montévidéo devrait trouver là une solution de repli pour une partie de ses activités. « Montévidéo pourra travailler là et y installer ses bureaux. Mais malheureusement pas y créer car le lieu ne dispose pas de plateau », complète Jean-Marc Coppola. L’équipe de Montévidéo confirme à Marsactu son objectif de quitter ses locaux originels dans l’impasse du même nom d’ici au 31 janvier. C’est dire si le temps presse.

 

Coralie Bonnefoy