El Olvido que seremos de Fernando Trueba

*REPORTÉ* Festival du cinéma espagnol CineHorizontes

Tapas s’emballent

 

Vaille que vaille, la dix-neuvième édition du festival de cinéma espagnol CineHorizontes arrive sur nos écrans dans six salles marseillaises partenaires et six autres en région. Une occasion toujours unique, dans un contexte mortifère, d’apprécier le dynamisme hors-normes d’une cinématographie essentielle.

 

Maintenir un festival en ces temps d’incertitudes (les sont-ils réellement, au demeurant ?) témoigne moins d’une opiniâtreté, d’une inconscience ou d’un quelconque mécanisme du faire pour faire que du véritable courage à rejeter l’idée que les vagues virales emporteraient avec elle tout ce qui donne sens à notre rapport au monde, et notre capacité à sans cesse l’interroger : à commencer par la culture. C’est ne pas s’abandonner aux prévisions alarmistes d’une déflagration profonde et durable de notre exception culturelle, et la destruction de la pluralité des propositions qui ont vu émerger un formidable terreau à la création et sa diffusion, assurant entre autres le renouvellement formel de l’image en mouvement. D’où l’importance de témoigner ici de notre reconnaissance aux équipes des festivals qui ont animé cette rentrée, à l’instar récemment d’Image de Ville, ou aujourd’hui de CineHorizontes. L’équipe de l’éminente manifestation consacrée aux cinématographies espagnoles (avec quelques entrées en Amérique Latine) a donc dépassé les contraintes conjoncturelles et financières pour nous proposer une dix-neuvième édition à peine réduite — saluons le tour de force. Du 5 au 13 novembre, au sein de six salles phocéennes et six autres en région, CineHorizontes nous offre l’occasion inestimable de découvrir une cinématographie outre-pyrénéenne toujours trop rare sur nos écrans hexagonaux, et la vitalité d’une production sémillante, qui sait faire parfois fi des difficultés économiques en termes de production, dans un souci de réinvention des formes. Des douze films en compétition — fictions et documentaires —, inédits dans nos contrées, c’est sans réserve que nous découvrirons avec bonheur les derniers opus de l’immense cinéaste Fernando Trueba (El Olvido que seremos), de son frère David Trueba (A este lado del mundo), d’Iciar Bollain (La Boda de Rosa), dont nous reste en mémoire le sublime Flores de otro mundo, ou de Polo Menàrguez (El Plan). Divers cycles thématiques complètent une programmation passionnante, à l’instar de La fureur de rire (un brin de comédies menées tambour battant ne nuit pas au contexte actuel !), qui nous propose de muscler nos zygomatiques devant Crebinsky d’Enrique Otero ou les grands classiques que sont Action mutante ou Le Crime farpait d’Alex de la Iglesia, qui fut par le passé l’un des invités du festival. Quand le documentaire filme la création artistique nous permettra de son côté de (re)découvrir les films d’Oskar Alegria (Zumiriki, La Casa Emak Bakia) ou de José Luis Guérin (De una isla). Sans oublier les focus consacrés à l’Argentine ou à Cuba, avec les films du grand Fernando Perez, Insumisas et La Vie, c’est siffler. Cerise sur le gâteau, les séances seront accompagnées de grands noms de la création espagnole, des susnommés José Luis Guérin à David Trueba. Gageons que cette programmation de haut vol nous offrira l’occasion d’un éventail émotionnel que seul le cinéma en salles peut aujourd’hui nous procurer.

 

Emmanuel Vigne

 

CineHorizontes : du 5 au 13/11 à Marseille et en Provence.

Rens. : 04 91 08 53 78 / www.cinehorizontes.com

Le programme complet du festival CineHorizontes