D’assise © Freddy Peretti

La danse célébrée au Théâtre des Bernardines

Mouvement perpétuel

 

Avec une saison automne/hiver dense en danse et riche en collaborations, le Théâtre des Bernardines manifeste son attachement à la place du corps dans la création dramaturgique contemporaine.

C’est parce que le mouvement est à l’origine de l’écriture scénique d’Alain Fourneau, homme de théâtre, que les Bernardines, qu’il dirige depuis vingt-cinq ans, fait la part belle à la danse, et tout particulièrement cette saison. Tour à tour, le bel édifice a ouvert ses portes au festival Dansem, puis à la nouvelle manifestation initiée par Michel Kelemenis, + de danse à Marseille/ Résonance Bagouet. Autant d’occasions de découvrir l’actualité des chorégraphes de notre territoire.
Ainsi, si le QCM amoureux de Thierry Gianarelli ne nous a pas vraiment séduits (obsolescence endimanchée du texte, composition sonore désuète, danse agréable mais trop peu inventive), la suite de la programmation fut plus réjouissante. La soirée partagée entre Montaine Chevalier et Geneviève Sorin, qui clôturait l’édition 2012 de Dansem nous a étonnés par sa fraîcheur. La création de la première, D’assise, nous a transportés dans les pérégrinations mentales de la jeune chorégraphe. A partir de sa reconversion dans la tapisserie de meubles, elle développe une œuvre plastique autour de l’assise au théâtre, profitant de l’occasion pour interroger avec malice le rapport du spectateur à la scène. Avec la première présentation de Hep !… Garçon, Geneviève Sorin a démontré une fois de plus son talent à lier les corps et à développer un vocabulaire chorégraphique autour de l’interaction entre les danseurs.
Cette semaine, la chorégraphe marseillaise est de retour sur les planches des Bernardines, cette fois en tant qu’interprète de la première heure du grand Dominique Bagouet, père de la danse contemporaine française à qui Michel Kelemenis consacre une semaine de spectacles, recréations, projections et rencontres. Une programmation cohérente : c’est aussi aux Bernardines, en 1989, que Geneviève Sorin avait créé son duo avec l’immense chorégraphe, Allo ! Monsieur Baril ?. Si l’intention de la manifestation + de danse à Marseille est de donner de l’épaisseur à la culture chorégraphique des Marseillais, il ne s’agit pas ici de bâtir un mausolée. Mais plutôt de « partager ce qui reste de vivant de Dominique Bagouet en nous », selon l’expression de Kelemenis, lui aussi interprète de Bagouet pendant les heures de gloire de sa compagnie (1983-1987). Certes, les retardataires pourront toujours visionner sur numeridanse.tv les pièces du répertoire, mais il leur faudra attendre l’an prochain pour assister à cette vivifiante expérience que nous livre Kelemenis, avec tout le talent de transmission qui le caractérise.
Entre répertoire et création, les Bernardines se révèlent donc encore cette saison un partenaire essentiel et généreux pour les acteurs de la danse si fragilisés à Marseille. Affaire à suivre…

Joanna Selvidès

 

Théâtre des Bernardines : 17 Boulevard Garibaldi, 1er.
Rens. 04 91 24 30 40 / www.theatre-bernardines.org