Kid Francescoli

Kid Francescoli

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Le Prince de la pop

Sous le pseudo de Kid Francescoli, Mathieu Hocine distille une pop électronique aux textes intimistes dont lui seul a le secret. Ses récentes collaborations avec Oh! Tiger Mountain viennent de déboucher sur un duo, à (re)découvrir sur les scènes des festivals B-side et Faveurs de Printemps. De quoi redonner espoir aux Marseillais amateurs de musiques trop souvent restées dans l’ombre parisienne.

Il tire son nom du mythique joueur de foot uruguayen — surnommé « le Prince » en raison de son élégance — qui a enflammé le Stade Vélodrome dans les années 90. Mathieu Hocine commence à composer ses premiers morceaux en 2004. Après avoir fait ses armes au sein de plusieurs formations, il décide de se lancer seul afin d’aller plus loin dans l’expérimentation et ainsi livrer une pop « anglo-saxonne » rappelant les Beach Boys, les Beatles ou, dans un tout autre registre, My Bloody Valentine, sur des beats syncopés à la production efficace, aussi bien empreinte de hip-hop que de l’œuvre des grands Morricone et Carpenter. Il est ensuite rejoint par son amie Laetitia Abello, qui l’épaule à l’écriture de certains textes, en anglais et italien. Cette collaboration débouche en 2006 sur un premier album éponyme. S’ensuivent alors les premiers concerts : le Kid s’entoure sur scène de quelques amis musiciens avec lesquels il avait déjà l’habitude de jouer. De sept, le groupe se réduit à quatre lorsqu’il faut partir sur les routes pour une première tournée française. Ils assurent notamment la première partie de Sébastien Schuller à Marsatac, mais c’est avec leur concert aux Voix du Gaou en ouverture de Troy Von Balthazar qu’ils vont véritablement se faire un nom et fidéliser un public. Si le groupe conserve cette composition à géométrie variable qui s’adapte à la scène, Mathieu va peu à peu s’orienter vers des sets en solo ou des plateaux en binôme, accompagnant Oh! Tiger Mountain à la rythmique et aux claviers.
Déjà ado, Mathieu se passionne pour la scène shoegazing (1), avec les groupes du label Creation (Teenage Fanclub, My Bloody Valentine…), et plus généralement pour la pop et le rock indé. Quand on l’interroge sur ce passé, il souligne d’ailleurs son importance : « Je peux clairement dire que le premier album est influencé par Air, Grandaddy, Sparklehorse… Le deuxième, c’est plus le Wu Tang, Ennio Morricone et Ratatat. » Toujours en quête de nouvelles aventures, il n’hésite pas à se replonger dans les classiques de la soul, comme Marvin Gaye, mais aussi dans les synthèses analogiques de Carpenter et les BO des films de Tarantino. Autant d’influences qui semblent annoncer la couleur du troisième opus, actuellement à l’état embryonnaire… Il fera suite à la trilogie It’s Happening Again, dont le premier volet est déjà disponible et dont on peut d’ores et déjà découvrir le deuxième (prévu pour septembre) en partie, grâce au clip new-yorkais de 83 Horses, qui connaît un certain succès sur le net…
Mais outre une carrière solo bien lancée, le Kid sait également ménager ses collaborations, à l’instar du featuring sur le récent #4 de Nasser : Lust an Love mélange habilement pop mélancolique et électro rock. Et quand on le questionne sur les relations entretenues au sein cette nouvelle vague rock/pop marseillaise (Nasser, Johnny Hawaii, Deschamps…), Mathieu n’hésite pas à parler d’amitié : « Vu de l’intérieur, ce n’est pas vraiment une scène, plus une confrérie de musiciens. On apprécie tous le travail des uns et des autres, à tel point qu’il nous arrive de jouer ensemble. Je suis très souvent dans le studio de Nasser pour écouter, participer, donner mon avis et échanger, et ça marche dans les deux sens. Et Simon, le guitariste/claviériste du groupe, m’a aidé sur plusieurs des morceaux du prochain opus. Il arrive même que l’on fasse des nuits entières de jam ensemble. »
Passionné attaché à sa ville, Matthieu profite de cet élan autour d’une pop électro qui a trop longtemps délaissé Marseille. Et avec une couverture des Inrocks et un EP en septembre, 2011 pourrait bien être l’année du Kid. Même s’il reste avant tout ce mec sympa qui fait de la musique pour fan de musique.

Texte : Margaux Miracle-Solé
Photo : Agnès Fabre

Kid Francescoli avec Oh ! Tiger Mountain : le 5/05 au Théâtre Denis (12 Cours de Strasbourg, Hyères) dans le cadre du festival Faveurs de Printemps et le 23/05 à La Machine à Coudre (6 Rue Jean Roque, 1er) dans le cadre du festival B-Side.
Rens. www.myspace.com/kidfrancescoli

Notes
  1. Le shoegazing — mélange des mots shoe (chaussure) et gaze (fixer) — désigne un courant du rock indé caractérisé par une approche à la fois bruitiste et mélodique de la musique, dont les guitaristes avaient tendance à se concentrer sur leurs pieds durant les concerts. (())