Le long chemin de Katia Bourdarel © Jean-Christophe Lett

Katia Bourdarel – Le Long Chemin au Centre d’art contemporain intercommunal d’Istres

Les bienfaits de la lune (1)Les bienfaits de la lune est un poème en prose de Charles Baudelaire , d’abord publié dans Le Spleen de Paris.

 

Vendredi soir s’inaugurait au centre d’art contemporain intercommunal à Istres l’exposition Le Long Chemin de Katia Bourdarel, artiste vivant et travaillant à Marseille selon la formule consacrée, même si elle en dépassé les frontières depuis bien longtemps… Il n’en demeure pas moins que c’est la première exposition d’envergure autour des mondes lunaires de l’artiste. Le Centre d’Art Contemporain crée les conditions idéales aux déambulations bucoliques de ces si longs chemins qui ne nous mènent nulle part(2)Martin Heiddeger, 1962

« Quand l’œuvre d’art en elle-même se dresse, alors s’ouvre un monde, dont elle maintient à demeure le règne. » Martin Heidegger
Il est presque toujours déplaisant pour un artiste d’entendre parler de son « univers » tant la formule est galvaudée. Mais difficile de nier l’évidence : Katia Bourdarel a bel et bien un monde qui lui est propre et identifiable, à l’origine d’une technique virtuose que l’on reconnaît au premier coup d’œil, ranimant les médiums surannés que sont l’aquarelle et la peinture à l’huile. L’artiste nous embarque dans des mondes dans lesquels le spectateur entre sur la pointe des pieds, tenaillé entre émerveillement et sentiment d’inquiétude…
Dans les œuvres de Katia Bourdarel, chaque élément nous attire autant qu’il nous effraie, comme la femme lunatique pouvant à tout moment se retourner contre son amant… Des secrets féminins se chuchotent dans une cabane de bois brûlé et miroitante (Le Secret). Les ailes brûlées d’un Eros trahi par sa bien-aimée offrent un reflet obscur et intimidant (Les Larmes lourdes). Des jeunes filles lunaires gambadent dans les forêts aquarellées de la vidéo Ailleurs… Des femmes fleurs qui se confondent avec la nature et s’enfoncent dans des eaux sombres, répondant si bien aux vers baudelairiens : « En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. (3)Charles Baudelaire : Le désir de peindre » Les images de l’artiste sont peuplées de jeunes personnages mélancoliques, autant prisonniers des mythes auxquels ils appartiennent que de leur adolescence, évoquant aussi bien les figures symboliques qu’ils nous rappellent que les jeunes filles lascives de Virgin Suicide. Dans les images, les silences, les rythmes de l’attente et de l’ennui qui poussent parfois au désespoir, les esthétiques de Sofia Coppola et Katia Bourdarel ne s’avèrent d’ailleurs pas si éloignées… Quelque chose de cinématographique est lisible chez l’artiste, autant dans son découpage des images, dans ses compositions ou dans la pose de ses personnages que dans ses installations, véritables mises en scène où se trame une histoire sans que l’œuvre soit narrative.
Véritables expériences esthétiques, sensuelles et introspectives, les œuvres de Katia Bourdarel prennent les atours vénéneux des plus beaux poèmes.

Céline Ghisleri

 

Katia Bourdarel – Le Long Chemin : jusqu’au 11/01/201 au Centre d’art contemporain intercommunal d’Istres (2 rue Alphonse Daudet).
Rens. 04 42 55 17 10 / www.ouestprovence.fr

Rendez-vous contés : Conterie insolite avec Jeannie Lefebvre le 20/11 et Promenade contée avec Agnès Chavanon et l’association AMAC le 29/11

 

Notes   [ + ]

1. Les bienfaits de la lune est un poème en prose de Charles Baudelaire , d’abord publié dans Le Spleen de Paris.
2. Martin Heiddeger, 1962
3. Charles Baudelaire : Le désir de peindre