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  • <em>Jeunes-Générations </em>à la Tour-Panorama de la Friche La Belle de Maivue de l'expo © Caroline Dutrey
  • <em>Jeunes-Générations </em>à la Tour-Panorama de la Friche La Belle de Mai180 km après la mer , 2017 - Deux jeunes filles, Tamarone, janvier 2017 © Lola Reboud

Jeunes-Générations à la Tour-Panorama de la Friche La Belle de Mai

Génération désenchantée

 

À la Friche, l’exposition collective Jeunes-Générations réunit 140 œuvres de quinze artistes ingénieux qui ont photogravé la réalité d’une jeunesse contemporaine tantôt paumée, tantôt enthousiasmée. Un témoignage qui fait de l’effet.

 

Dans les entrailles de la Friche, au troisième étage de la Tour-Panorama, les porte-paroles du monde moderne viennent dépuceler un espace immaculé. Mais en se faisant tirer le portrait, la génération Z (comme il est coutume de l’appeler) nous plonge aussi dans ses détresses et ses euphories, ses codes sociaux et ses messages cryptés, sa soif de vivre et sa difficulté à tout assumer. À chaque photographe convoqué ici appartient une lecture du monde actuel et de ses aspérités.

À ce titre, il semble justifié de zoomer sur le travail de Gilles Coulon et sur ses visages-mosaïques constellés de polaroids souvenirs. À l’intérieur de chaque figure se logent les marqueurs d’une époque bien définie (faciès défigurés par les filtres Snapchat, junk food, addiction au clan Kardashian…). Les moues boudeuses, les poses de naïades sur la plage, les gangs de copains soudés par le sport, le fun à tout crin, le culte de l’image, le « LOL » d’une vie en construction sont autant d’éléments essentiels à cette représentation de la génération Internet.

En outremer, la jeunesse est tribale… et féroce. En s’offrant à l’objectif, ces Kanaks déroulent le fil rouge d’un quotidien fracturé et perverti par des principes archaïques. Flirtant éhontément avec le vice et la perdition, ils viennent nous désarmer, tous sourcils froncés (Patrice Terraz).

Des masques, que l’on traîne comme des boulets et qu’il faut parfois faire tomber, comme dans les différents actes de Claudine Doury : elle immortalise la grâce d’une jeunesse artistique, créative et passionnée par le théâtre ou la danse.

À quelques recoins de là, l’ambiance assourdissante des boîtes de nuit vient nous rattraper (Pablo Baquedano). Les apollons n’ont que très peu de poils au menton, mais des verres déjà bien chargés en houblon. Les filles se souillent dans l’excès et la fête, dévoilant des courbes, transpirant le sexe. Elles s’extirpent quasiment de leurs corps pour mieux se soustraire à une vie qui ne les satisfait plus (le jour, du moins). C’est à la fois sordide et envoûtant. Un entre-deux subtil qui se joue ici en noir et blanc. La nuit, tous les jeunes sont gris ?

D’une série à l’autre, ce sont des existences décousues que nous analysons de près. En vérité, c’est même « notre » viseur personnel qui se fixe sur ces frêles destinées, ces jeunes êtres en quête de vérité. Ils sont parfois « étrangers » et cadenassés dans la misère et la vétusté. Ils peuvent être Marseillais et fiers de s’enlacer, devenant ainsi ces « cajoleurs de la cité » qui luttent contre la discrimination et les clichés.

Plus tristement, ces jeunes sont aussi ceux du délit, de la honte et du repli. Qui s’enfouissent dans des grottes pénitentiaires pour étouffer leur déshonneur et assombrir la lumière. D’autres prêtresses modernes (les Vestales de Géraldine Millo) utilisent les soins et les services comme une dose quotidienne de tranquillité. Rigoureuses et concentrées, elles prouvent que certaines valeurs — même désuètes — sont encore respectées.

L’exposition ne laisse aucune place à l’ennui. Ces Jeunes Générations ont le pouvoir magique de se réinventer selon des langages, des environnements, des cultures intrinsèques. Les nombreux clichés nous font certes de l’œil mais ont l’art de nous décontenancer. Dans leur façon de rêver, de s’émanciper ou de se protéger, les sujets photographiés nous révèlent (presque sans le chercher) une époque fracturée, contrastée. L’idée n’est pas de tout reconfigurer pour les « Z » (ce n’est d’ailleurs pas dans nos possibilités), mais de conscientiser ce que l’époque met à leur portée. Avis à celles et ceux qui se sentent concernés : faut-il s’indigner ? Non, acceptez plutôt de poser… pour mieux nous éclairer.

 

Pauline Puaux

 

Jeunes-Générations : jusqu’au 3/06 à la Tour-Panorama de la Friche La Belle de Mai, 41 rue Jobin (3e).
Rens. : 04 95 04 95 04 / www.lafriche.org