Istanbul à facettes à l’Alhambra

Istanbul à facettes à l’Alhambra

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D’un continent à l’autre

Dans le cadre de la manifestation Istanbul à Facettes initiée par Radio Grenouille, l’incontournable cinéma de l’Estaque, l’Alhambra, propose une programmation pertinente autour de la production contemporaine stambouliote.

Pour tous ceux ayant déambulé dans les quartiers d’Istanbul, de la corne d’Or à Galata, le sentiment est unanime quant à la fascination qu’exerce la métropole turque. A la croisée des continents et des cultures, la ville fascine par l’énergie qui s’en dégage et l’histoire culturelle qui est la sienne. Radio Grenouille s’est donc tout naturellement chargée de proposer une manifestation complète, sous forme d’échange phocéen-stambouliote, où le cinéma, accueilli par l’Alhambra, trouve une large place. La programmation met particulièrement en lumière le travail de Reha Erdem, fer de lance de la production contemporaine. Avec cinq longs-métrages à son actif, le réalisateur a gagné ses galons sur la scène internationale, jusqu’à son récent Kosmos, sélectionné au festival de Berlin. L’Alhambra programme pour l’occasion trois longs : My only sunshine, A run for money et Des temps et des vents. Ses récits, tout en étant fortement implantés dans une réalité très crue, n’hésitent pas à s’échapper parfois vers le conte, à l’instar de Des temps et des vents, qui l’a fait connaître du public français. Reha Erdem entretient d’ailleurs avec l’hexagone un lien fort, puisqu’il y a fait une partie de ses études, et a pioché dans la littérature certaines inspirations, en adaptant, par exemple, Genet pour le Théâtre National Turc. Le cinéaste développe ainsi, film après film, une vision pertinente de l’humanité, avec ce désir renouvelé de remettre le public au cœur de son approche humaniste. « Comme spectateurs, nous regardons secrètement quelqu’un comme si chacun(e) vivait l’histoire à l’écran », déclare-t-il. On parle bel et bien de nouvelle vague turque, dans laquelle s’inscrit pleinement Fatih Akin, présent dans la programmation avec son magnifique documentaire musical, Crossing the bridge, rencontre improbable entre un groupe avant-gardiste allemand et les membres de Baba Zula, qui l’initieront à la musique stambouliote. Aux côtés d’une autre figure, moins connue, de ce renouveau du cinéma turc, Kemal Uzun, réalisateur de Vay Arkadas, la programmation nous plonge dans les 60’s avec Kilink in Istanbul, film de genre très prisé en Turquie, mettant en scène un Superman local particulièrement redoutable ! Documentaires et courts-métrages sont également à l’honneur, et offriront une traversée kaléidoscopique de ce patrimoine de l’humanité que fut Byzance.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Crossing the bridge de Fatih Akin

Istanbul à facettes : du 6 au 12/04 à l’Alhambra (1 rue du Cinéma, 16e), à l’Espace Mistral (147 Allée Plage de l’Estaque, 16e) et à Seconde Nature (27 B Rue 11 Novembre, Aix-en-Pce – voir p. 5). Rens. www.grenouille888.org