Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt

Bissap Repetita

 

Du 8 au 13 novembre, l’équipe du Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt nous offre la dix-septième édition d’un événement unique au cœur d’un continent dont la production cinématographique, toujours trop peu distribuée, reste cependant l’une des belles qui soient, dans sa forme, son écriture et son rapport au monde.

 

Nous l’avons souvent souligné dans ces colonnes, s’il est une cinématographie totalement passionnante dans son rapport au monde, dans l’invention quasi cosmogonique des formes d’écriture et dans le portrait qu’elle offre en miroir sur les questions sociétales, c’est bien les cinémas d’Afrique. Le pluriel est ici capital, car l’expression cinématographique diffère bien évidemment d’un pays à l’autre, ainsi que les mécanismes de production afférents. Il existe cependant un fil rouge qui lie cette création : la quasi absence de reconnaissance que l’industrie internationale (essentiellement occidentale) témoigne à l’égard des cinémas d’Afrique, plus particulièrement subsahariens. Nous assistons ici à une profonde injustice, et nous ne pouvons nous empêcher de la lier à une certaine forme de condescendance post-colonialiste. Car comment expliquer qu’une kyrielle d’œuvres, médiocres, sont internationalement portées aux nues, quand dans le même temps, de nombreux films africains, sublimes, sortent dans l’indifférence générale ? Il suffit de scruter la programmation des plus grands festivals pour confirmer cette tendance. Il y a cependant de ci de là quelque lueur d’espoir, notamment cette dernière année, durant laquelle les cinématographies d’Afrique furent sensiblement plus représentées en festival. C’est cette dynamique que met en lumière, depuis dix-sept ans, le sémillant Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt : du 8 au 13 novembre, près d’une quarantaine d’œuvres viendront rappeler au spectateur curieux le dynamisme et la créativité toujours renouvelée du continent. À commencer, justement, par les cinéastes qui parviennent à atteindre une reconnaissance critique et publique hors des frontières : Mati Diop pour le sublime Atlantique, Rabah Ameur-Zaïmèche pour son dernier opus Terminal Sud, Jenna Bass pour High Fantasy, mais encore, moins exposés, Tlamess et Le Miracle du Saint Inconnu d’Alaa Eddine Aljem, Noura rêve d’Hine Boujemaa ou Pastorales électriques d’Ivan Boccara. Ces séances seront accompagnées, comme à l’accoutumée, de nombreux invités, de l’étonnant cinéaste tunisien Jilani Saadi à l’acteur de Terminal Sud Slimane Dazi, en passant par Alaa Eddine Aljem, Joël Karekesi — grand cinéaste rwandais, réalisateur de La Miséricorde de la jungle — ou Alassane Diago. Mais le dynamisme et l’ouverture du festival dépassent le champ des projections, en proposant l’approche de films en réalité virtuelle (avec le Festival des Cinémas d’Afrique de Lausanne), les tables rondes, des ateliers radio et de création (l’excellent sixième épisode du Marathon Vidéo), ainsi que des séances hors les murs, dont la rencontre avec Ivan Boccara à la belle salle de Cucuron, le Cigalon.

 

Emmanuel Vigne

 

Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt : du 8 au 13/11.

Rens. : 07 82 64 84 99 / africapt-festival.fr/

Le programme complet du Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt ici