Et balancez mes cendres sur Mickey de Rodrigo Garcia © Christian Berthelot

Et balancez mes cendres sur Mickey de Rodrigo Garcia

L’Enfer tiède

 

Presque dix ans après sa création, Et balancez mes cendres sur Mickey a rempilé pour une tournée des planches. Piqûre de rappel administrée par Rodrigo Garcia sur l’urgence à s’interroger sérieusement sur notre époque.

 

Le nouveau directeur du centre dramatique de Montpellier (rebaptisé Humain Trop Humain) dérange car il dit tout haut et sans détour ce que nous savons tous mais que beaucoup omettent, parfois volontairement. Poète anarchiste, desperado sublime, utilisant les codes de la pub et de la com’ dont Nabokov disait qu’elles feraient un jour puer les mots, il dissèque leurs effets dévastateurs sur le langage, la lecture du corps, les relations humaines. Notre espèce n’est capable que d’un existentialisme de support, dans une nature totalement apprivoisée, adaptée, qui laisse à tous les enfants les mêmes souvenirs pour une gestion mondiale des individus. Une société capitaliste qui n’en peut plus de se noyer dans son absurdité sinistre, son pathétique suicidaire, son déni aveugle d’humanité.
Architecte de la décadence, Garcia érige des images puissantes, imprégnant la cornée et frappant au cœur. Ainsi éclatent au grand jour les contradictions évidentes qui nous gouvernent. Dans son viseur, l’innocence radicale enfouie chez les spectateurs. L’homme, s’il est un loup pour lui-même, a, à l’encontre du loup, perdu contact avec sa condition animale : la civilisation moderne a fait de nous des barbares quotidiens qui n’en ont nulle conscience, et la technologie, nouvel opium du peuple, nous éloigne toujours plus de l’essence même de la beauté du monde. Oui là, dehors, il y en a qui nous veulent du mal et il est grand temps de retourner notre violence domestiquée contre ce qui contraint les passions à s’exprimer seulement dans les chambres, l’intimité ou les catastrophes, ces désirs des pouvoirs étouffant le pouvoir du désir, dissimulant que « l’enfer est vide, tous les démons sont ici. » (1)William Shakespeare
Avec son langage de la rage, Et balancez mes cendres sur Mickey traduit l’agressivité des forces coercitives dont nous sommes tous à la fois victimes et coupables, et soulève l’espoir fulgurant d’une réconciliation avec l’âme et le vivant.

 

Barbara Chossis et Olivier Puech

 

Et balancez mes cendres sur Mickey de Rodrigo Garcia était présenté les 27 & 28/03 au Théâtre Liberté (Toulon)

Pour en (sa)voir plus : http://rodrigogarcia.es

 

Notes   [ + ]

1. William Shakespeare