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Sud-Est : le constructivisme en héritage, Europe de l’Est et Amérique du Sud à la Fondation Vasarely

Fibre optique

 

Le Centre Pompidou s’associe à nouveau avec la Fondation Vasarely pour proposer une exposition qui retrace la double participation, sud-américaine et est-européenne, dans la mouvance néo-contructiviste de l’art optique et cinétique.

 

 

Victor Vasarely arrive à Paris en 1930, où il s’établira en tant que graphiste publicitaire. Issu de l’école Mühely (le Bauhaus hongrois), il fait partie de ces artistes qui viendront développer leur art conceptuel dans la Ville Lumière, tout comme son compatriote Moholy-Nagy (qui, lui, rejoindra le Bauhaus) ou l’artiste uruguayen Joaquín Torres-Garcia. Si Paris est une destination prisée par les artistes, le courant d’avant-garde dominant de l’époque reste le surréalisme et, malgré l’activisme d’artistes qui « misent sur la double autorité de la géométrie et de l’architecture pour porter l’utopie sociale du modernisme(1)Michel Gauthier, dans le catalogue de l’exposition » (dont la mécano-facture d’Henryk Berlewi), il faudra attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour que leur travail trouve un écho. L’époque est alors à la reconstruction et s’ancrer dans le « futur » fait société. On retrouve alors les ingrédients qui ont vu la naissance du constructivisme, ce courant d’avant-garde né en Russie dans les années 10 en réaction à l’art ancien figuratif, usant d’un vocabulaire à base de formes géométriques. Le fait qu’il soit à ses débuts l’art officiel de la révolution russe, et donc fortement accolé à l’imagerie communiste, explique peut-être pourquoi on retrouve cette proximité artistique chez des personnes venant de pays si éloignés, mais dont l’histoire a été impactée par le socialisme… Car l’art optique est une forme d’art démocratique : quels que soient sa condition sociale ou son niveau de culture, la sollicitation rétinienne et le ressenti s’avèrent identiques.

À partir des années 60 et la Beat Generation, la géométrie et les jeux optiques (Cuadrados oliva y negro de Jesùs Rafael Soto) envahissent le design, la mode, le cinéma. C’est peut-être d’ailleurs grâce à la culture psychédélique que l’art cinétique trouve son public (et la commande publique via le 1 %). Ainsi, la Fondation Vasarely, « cité polychrome du bonheur », est-elle inaugurée en 1976. Cet art, si ancré dans une époque pour l’inconscient collectif, perd alors de son attrait et il faudra attendre la fin des années 90 pour voir émerger des artistes dont la pratique est éprise d’art cinétique.

Le commissaire de l’exposition, Michel Gauthier, a sélectionné vingt-quatre œuvres (de 1946 à 2010) de vingt artistes, tous originaires d’Amérique du Sud ou d’Europe de l’Est, qui ont fondé le courant de l’art optique. Centaines pièces n’ont jamais été montrées au public ; cette exposition constitue donc une première et œuvre pour la redécouverte d’un courant qui « aura incarné cet âge où le futur était encore un objet d’espoir et de désir (2)Michel Gauthier, à propos de Nicolas Schöffer.  »

 

Damien Boeuf

 

 

Sud-Est : le constructivisme en héritage, Europe de l’Est et Amérique du Sud : jusqu’au 31/01/2021 à la Fondation Vasarely (Aix-en-Provence).

Rens. : www.fondationvasarely.org

 

 

 

Notes

1. Michel Gauthier, dans le catalogue de l’exposition
2. Michel Gauthier, à propos de Nicolas Schöffer.