Edito 335

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« Clientélisme ». Le terme a tellement été employé qu’il ne semble plus revêtir aucune réalité. Et pourtant, c’est bien ce système qui a triomphé, une fois encore, lors des dernières élections municipales. Car les « clients », ceux qui bradent leurs voix en échange d’une prestation, votent. En masse. Et à Marseille, où une grande partie de la population active est employée dans le public (mairie, communauté urbaine, département et hôpitaux), et majoritairement syndiquée chez F.O. (qui a, au début de l’année, intronisé Jean-Claude Gaudin en tant que membre d’honneur), le clientélisme et son fidèle allié l’immobilisme ont de beaux jours devant eux. Peu importe le chômage, la pauvreté, la saleté, la dette (1), l’absence de développement économique… : rien ne doit bouger si chacun veut conserver sa place. Mais les ressources indispensables au système semblent s’amenuiser… Sinon, comment expliquer l’intégration, dans des services municipaux, d’auto-entrepreneurs en lieu et place de salariés ? Révélée par La Provence et largement approfondie par le site Marsactu, l’affaire des deux auto-entrepreneurs qui demandent la requalification de leurs contrats devant les Prud’hommes soulève de nombreuses questions. Si avoir recours à des prestataires de service pour des missions ponctuelles n’est pas un mal, détourner le statut d’AE pour éviter de payer des charges sociales est en tout point répréhensible. Ce qui semble être le cas du site Marseille.fr, au sein duquel les deux plaignants officieraient au même titre que des employés réguliers (horaires, intégration au service avec bureau et ligne téléphonique…), sans les droits que pourrait leur accorder ce statut. En creusant, Marsactu a, par la plume de Benoît Gilles, soulevé un autre lièvre, dévoilant que le rédacteur en chef du site Marseille.fr, Jean-François Rosnoblet, n’était autre que le correspondant de l’agence Reuters à Marseille. On touche là au conflit d’intérêt… Mais l’on peut y voir également une forme d’officialisation d’une pratique hélas répandue dans la presse locale, qui consiste en l’échange de papiers bienveillants contre l’achat de publicités ou l’octroi d’une subvention. Vous avez dit « clientélisme » ?

CC

 

Notes
  1. Marseille est la grande ville française la plus endettée avec 1,806 milliard, soit un endettement de 2 103 euros par habitant (pour comparaison 1 080 euros par habitant en moyenne pour les grandes villes en France) (())