Edito 282

Edito 282

Stéphane Hessel en a rêvé, les Espagnols l’ont fait. Le 14 mai dernier, sur le plateau des Glières, haut lieu de la résistance, des vétérans de la lutte contre l’Occupation lançaient un appel afin de ranimer les idéaux de la Libération (1). Le lendemain, en écho au livre Indignez-vous ! publié en mars en Espagne, de jeunes gens prenaient l’auteur au mot et investissaient la place Puerta del Sol au centre de Madrid. Pas de revendication autre qu’un mot d’ordre : « La démocratie réelle, maintenant ». Mus par un sentiment diffus d’injustice sociale, de désespérance en l’avenir et de détermination au changement, ces nouveaux résistants imposent une remise en question. Un foisonnement d’idées et de volontés, rassemblées par les réseaux sociaux, mobilise partout dans le pays. Résultat : deux semaines d’investissement de l’espace public par des citoyens engagés en dehors des réseaux syndicaux ou partisans.
Si l’appel de Thorens-Glières n’a pas soulevé l’enthousiasme des médias français qui ne l’ont pas relayé, le mouvement spontané mais résolu des « Indignados » fait la Une. Des émules partout dans le monde relaient le mouvement et imitent les Ibères.
Le parallèle est saisissant. Les amis d’Hessel et d’Aubrac appellent à définir un nouveau « programme de la Résistance » pour notre siècle. Les petits-fils espagnols ne disent pas autre chose. Certes, leur Histoire est autre, eux qui se sont arrachés de la dictature il y a à peine trente-cinq ans. Le programme qu’ils tentent de définir pourrait pourtant ressembler à celui imaginé par le Conseil national de la résistance, « Les jours heureux », adopté le 15 mars 1944 et relancé aujourd’hui. Les propositions avancées veulent mettre réellement en application la devise républicaine « Liberté Egalité Fraternité ». Leur voie ? Séparer clairement les pouvoirs et réunir une Assemblée constituante ; reconstituer les services publics et institutions créés à la Libération ; restaurer les conditions du principe du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » par la reconnaissance de l’action de la société civile ; assurer à nouveau la séparation des médias et des puissances d’argent ; travailler les coopérations avec les peuples et les pays ; écarter de la marchandisation totale les besoins vitaux de l’être humain comme l’eau, la nourriture et l’énergie. Un joyeux fourre-tout ? Un programme ingénu ? Bien malin qui pourrait prévoir l’issue de ces mouvements hétéroclites. L’important n’est pas d’arriver, c’est d’emprunter le chemin.

Victor Léo

Notes
  1. http://www.citoyens-resistants.fr[]