Mémoires du Grand Nord © Pierre Planchenault

Dansem – Danse contemporaine en Méditerranée

Parce que la fin du monde sera pleine d’imprévu.

 

Le festival Dansem s’engage dans sa quinzième édition autour d’une thématique bien rôdée sur la danse en Méditerranée. L’occasion de découvrir une danse qui lutte pour ses convictions de l’autre côté de la rive, mais aussi d’affirmer avec encore plus de force l’émergence de nouveaux talents sur Marseille.

Le festival Dansem se donne la possibilité d’envisager l’avenir avec un grand A. Il joue pleinement son rôle de facilitateur et de producteur, il repousse les limites d’un territoire quadrillé par les centres chorégraphiques nationaux qui aspirent les dotations et montre à la face du monde qu’une autre danse est possible. Il y a les têtes d’affiche comme Mathilde Monnier (CCN Montpellier) et Jean-François Duroure pour une recréation de Pudique acide / Extasis (1984), qui nous remémore la belle époque d’une danse sous l’influence de Dominique Bagouet, où le pas de deux se jouait dans un semblant de décontraction à la recherche d’une légère désynchronisation du pas. Le moment d’affirmer haut et fort que la danse nous appartient, que nous aussi nous avons le droit de monter sur scène. Chez Georges Appaix, autre invité de ce festival, la danse côtoie le concept et son côté irréductible avec la poursuite de son alphabet et un stand by sur la lettre T avec Torgnoles et un autre duo. Des femmes prennent les devants au Nord de l’Afrique — Khouloud Yassine et Danya Hammoud (Liban), Iris Erez (Israël) — et la Croatie frappe à nos portes avec Matija Ferlin. Enfin, le cas Arnaud Saury, comédien-artiste-auteur qui est pour beaucoup dans la reconnaissance de la compagnie la Zouze de Christophe Haleb. Parler du désir de l’autre, dire « je t’aime » : pas facile. On peut le verbaliser et même le conceptualiser, mais le résultat reste aléatoire, car l’autre n’est pas forcément disposé. Alors pourquoi ne pas se lancer dans le vide et dire les choses comme elles sortent, sans aucune suite logique, si ce n’est une succession d’expressions, une amorce de sentiment, un dictionnaire des synonymes qu’on balance dans un coin du salon ? Ou encore mieux, donner un surnom à sa partenaire : « … Ma rose, ma tulipe, ma pensée, mon bébé, mon cœur… » La guitare dessine une balade légèrement évasive, le monologue s’étire dans l’écho de l’autre. On pense à la mélancolie de Bashung, à l’inventivité de Rudolphe Burger, on est privé d’image, mais on imagine un matelas vide sans drap. Oui, la danse n’est plus prisonnière de ses pas comptés, elle est capable de dialoguer sur son existence, sa raison de dire « je ». Elle se donne une parole, elle se veut précieuse dans son droit de dire non, à la manière d’une petite chose fragile qui traîne les pieds, minaude et s’autorise une pause. Après I’m a Love Result joué au festival Actoral, Arnaud Saury, Séverine Beauvais et Alexandre Maillard se lancent dans les Mémoires du Grand Nord.

Karim Grandi-Baupain

Dansem – Danse contemporaine en Méditerranée : jusqu’au 8/12 à Marseille (Théâtre de Lenche, Friche la Belle de Mai, Théâtre des Bernardines, StudiOfficina) et Aix-en-Provence (3bisF).
Rens. 04 91 55 68 06 / www.dansem.org