Gilles Coronado La Main

Charlie Jazz hivernal

Sax appeal

 

L’équipe vitrollaise de Charlie Jazz fait plus que nous choyer cet hiver. C’est du jazz dans sa diversité actuelle que l’on nous propose de savourer dans l’ancien mas de Fontblanche devenu lieu culturel incontournable de la périphérie métropolitaine, soit au théâtre de Fontblanche, soit dans le chaudron du Moulin à Jazz.

 

 

Ouverture de la saison hivernale au théâtre avec le quartet du saxophoniste (ici au soprano) Pierre Bertrand pour une livraison de ces mélodies imparables aux effluves, souvent cinématographiques, dont il a le secret (le 20/01). Ou comment une musique instrumentale exigeante peut être populaire. Gageons qu’avec le pianiste Alfio Origlio (« Il connait la musique sur le bout des dix doigts », disait de lui Nougaro), les imparables Thomas Bramerie (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie… what else?), le répertoire sera interprété avec maestria. D’autant plus qu’il y aura le guitariste Sylvain Luc en invité : le Bayonnais, dont la popularité ne se dément pas, n’a pas son pareil pour s’immiscer dans les propositions de ses confrères, et déploie souvent un malin plaisir à les faire voyager ailleurs.

Retour au Moulin pour les dates suivantes. Faudra-t-il pousser les murs ? La livraison 2.8 de The Bridge, le projet d’échanges transatlantiques animé par l’anthropologue Alexandre Pierrepont, devrait encore une fois nous retourner les sens — sans parler des neurones (le 27/01). C’est chaque fois une heureuse surprise d’écouter et de voir des musiciens américains et français se lancer dans des joutes improvisatrices inédites, aux effluves émancipatrices, autant pour eux (parfois elles, trop rarement hélas), que pour le public. Là, ce seront deux saxophonistes, un contrebassiste et un batteur qui prendront un malin plaisir à déconstruire les codes institués pour partager leurs imaginaires intercontinentaux.

Place ensuite au nouveau projet du guitariste trublion Gilles Coronado, figure emblématique d’une scène hexagonale aux velléités ludiques certaines (le 9/02). Pour son répertoire La Main, c’est en quintette, comme les cinq doigts (voire les cinq sens) qu’il s’emparera de la scène aux côtés, entre autres, de la fantasque clarinettiste Élodie Pasquier (une telle maîtrise du « bâton de réglisse », c’est très rare) et de la plus punk des bassistes de jazz, Sarah Murcia (son groove est magistral). Enfin des femmes instrumentistes !

C’est d’ailleurs une saxophoniste qui conduira le projet suivant : la Néerlandaise Tineke Postma, se revendiquant rien de moins que de l’héritage d’Ornette Coleman et de Wayne Shorter, inspirée pour son nouveau répertoire par le lyrisme de Maria Callas, viendra déployer des ondes d’émotion à la tête d’un quartet swinguant à foison (le 24/02).

Oui, le swing n’est jamais loin au Moulin à Jazz. Cette division ternaire du temps que les Africains déportés en esclavage aux Amériques ont offert à l’humanité, porteuse de promesses de liberté infinie, est au cœur du répertoire Kid’s Time du saxophoniste alto Dmitry Baevsky (le 29/03). Pour son dernier disque, édité par l’excellente maison catalane Fresh Sounds Recordings, il a convié le contrebassiste Clovis Nicolas (l’un des maîtres de l’instrument, dût-on heurter sa modestie proverbiale), qui fit ses premiers pas en jazz entre Aix et Marseille avant de s’installer à New York (où il fait le métier depuis un bon quart de siècle), et le batteur Jason Brown, au drive poétique et urbain sans commune mesure. Les mille et une nuances de bop (be, hard, ou post, peu importe) de ce trio ont la saveur des contes éternels du jazz. Ils nous proposent rien de moins que de retomber en enfance.

 

Laurent Dussutour

 

Charlie Jazz, au Moulin à Jazz et au Théâtre de Fontblanche (Vitrolles).

Rens. : www.charlie-jazz.com

Les prochains concerts de Charlie Jazz ici et ici