Bilan livres 2010

Bilan livres 2010

bilan-livres.png

Romans/Essais

François Beaune
Un homme louche (Verticales)

C’est sous la forme d’un journal de bord que l’on suit Jean-Daniel Dugommier à deux moments de sa vie. Son adolescence d’abord, dans un environnement terne et insipide sur lequel il pose un regard empli de sarcasmes. Puis vingt-cinq ans plus tard, où l’on retrouve un homme esseulé, abîmé par une vie chaotique et un séjour en HP. Son carnet est à nouveau l’endroit d’une anthropologie de son quotidien, à laquelle s’ajoute la théorie d’un « univers sous-réaliste »… François Beaune signe un premier roman inventif, séduisant et drôle, l’une des meilleures surprises de la rentrée littéraire.

Mathias Enard
Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Actes Sud)

Seizième siècle. Humilié par l’indifférence du pape envers son travail, Michel-Ange répond à une commande du Sultan de Constantinople et quitte Florence pour la Turquie. Après que Vinci ait abandonné le projet, il s’attèle à l’élaboration d’un pont majestueux qui relierait les deux rives de la fabuleuse cité. D’une écriture d’orfèvre, Mathias Enard cisèle un récit délicat et puissant où l’on accompagne le génial sculpteur dans sa découverte surprenante et sensuelle de la Turquie. L’auteur de Zone nous offre encore un magnifique voyage.

Maylis de Kérangal
Naissance d’un pont (Verticales)

Décidément, le vide est l’une des composantes de l’écriture de Maylis de Kerangal. Après Corniche Kennedy et ses jeunes plongeurs, elle nous embarque dans une ville imaginaire de Californie sur le chantier d’un pont suspendu. Divers personnages vont s’incarner autour de ce chantier colossal. Par une écriture romanesque, l’auteur dresse à la fois des portraits intimes, mais aussi une image de la mondialisation de notre société. Son style très travaillé nous rend passionnante cette construction, et ses aléas, tant humains que techniques. Un roman ambitieux, très abouti.

Philippe Fusaro
L’Italie si j’y suis (La Fosse aux ours)

Après s’être fait plaqué dans les règles de l’art, Sandro improvise un road movie made in
Italie avec son jeune fils, le temps d’un été. Du nord au sud de la péninsule, le fils en costume intégral de Gagarine se laisse porter par cet homme à la dérive qui attend de toucher le fond pour mieux remonter… Avec humour et délicatesse, Fusaro nous offre une immersion rock’n’roll en terre de feu et de mer, au rythme de Donna Summer et des rengaines italiennes qui ponctuent cette ballade douce-amère. Un roman plaisant et chaleureux comme un plat d’orrechiete fumants !

David Vann
Sukkwan Island (Gallmeister)

Un père divorcé propose à son fils de treize ans dont il vit séparé une aventure hors du commun : quelques mois en Alaska sur une île isolée. A son corps défendant, le jeune homme dit oui. Bien sûr, rien ne va se passer comme on le prévoyait… Commence là un suspense insoutenable. David Vann ne nous amène pas là où on l’imaginerait et le choc est grand ! Alors certes, le texte est très noir et pose très clairement la question de la responsabilité, mais avec quelle force ! Les jurys du Médicis ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en lui décernant le prix du livre Etranger…

BD

Pierre Duba
Racines (6 pieds sous terre)

Chercher les mots par l’image, dévoiler ses visions, ses hallucinations, et ses doutes aussi.
Pierre Duba fait preuve d’une expressivité maximale et d’un langage minimal. Restent
les images, ces dessins presque abstraits qui fascinent autant par leur plastique que par leur
pouvoir de suggestion, cette capacité qu’ils ont à nous faire raconter notre propre histoire à
partir de la sienne. Pierre Duba poursuit sa voie si singulière et toujours fascinante. Poésie de l’introspection ou psychanalyse par l’image, ce récit donne véritablement le vertige. Une réussite magistrale !

Gabriella Giandelli
Intérieur (Actes Sud BD)

Dans un immeuble italien, des couples se déchirent, une jeune Ukrainienne s’occupe d’une vieille femme, un homme passe son temps à se shooter dans les caves… Ces dernières abritent le Grand Sombre, une créature qui se nourrit des rêves des habitants. La vie est ici appréhendée au quotidien, mais le fantastique s’y invite, conférant à cet univers mélancolique une poésie douce, surprenante. Le dessin, tout en élégantes rondeurs, et les couleurs, appliquées au crayon, donnent à cet univers davantage de force et de profondeur. Cet Intérieur a tout d’un chef-d’œuvre.

Manu Larcenet
Blast (Dargaud)

Polza Mancini est en garde à vue. Deux policiers l’interrogent afin de savoir comment et pourquoi il s’en est pris à la dénommée Carole Oudinot. Au lieu de leur raconter ce qu’ils attendent, Polza parle de son enfance, de son obésité, du choc provoqué par le décès de son père et de son désir de rejoindre l’île de Pâques. Larcenet livre ici une œuvre ample empruntant des chemins qu’il connaît bien : quitter la ville au profit de la campagne, la forêt et sa vie fourmillante… Il parvient progressivement à nous captiver par cette dérive lente et poétique, sombre mais pas complètement désespérée.

David Mazzucchelli
Asterios Polyp (Casterman)

Après quinze années de silence, le grand Mazzucchelli revient avec cet excellent roman graphique, qui est avant tout un bel objet, comme l’annonce sa superbe couverture. Astérios Polyp évalue le monde selon des principes rigoureux et une classification binaire : les êtres faits de lignes et ceux faits de formes… Le récit se déploie selon une multitude de subtilités scénaristiques et graphiques qui confèrent des profondeurs de plans à la lecture. Les profils des personnages féminins et masculins sont bien fouillés et nous offrent un panorama de l’humanité loin des stéréotypes. Que du bonheur !

Marie Saur et Nylso
Jérôme d’Alphagraph, T.6 : Jérôme et la route (Flblb)

Les clients se faisant rare, le libraire chez qui travaille Jérôme n’a plus les moyens de le garder. Il décide alors de prendre la route, avec son âne et sa roulotte. Marie Saur et Nylso continuent de laisser se confier Jérôme, Sultana, la petite fille et le libraire. Une grande place est accordée à la représentation du temps qui passe et aux situations, discussions, tensions que cela génère… Les auteurs excellent dans la mise en scène de cette représentation, ce qui fait l’une des singularités de cette série précieuse et incontournable, dont ce très beau tome, plutôt sombre, confirme toutes les qualités.

Ils auraient pu y être…

• Diana Abu Jaber – Origine (Sonatine)
• Alain Badiou – Cinéma (Nova Editions)
• Vincent Borel – Antoine et Isabelle (Sabine Wespieser)
• Bernardo Carvalho – Ta Mère (Métailié)
• Suzanne Césaire – Le grand camouflage, écrits de dissidence (1941 -1945) (Seuil)
• Clément Chéroux – Diplopie, L’image photographique à l’ère des médias globalisés : essai sur le 11 septembre 2001 (Le Point du Jour)
• Thomas Clerc – L’homme qui tua Roland Barthes (L’Arbalète/Gallimard)
• Jean Echenoz – Des éclairs (Editions de Minuit)
• Jérôme Ferrari – Là où j’ai laissé mon âme (Actes Sud)
• Barbara Kingsolver – Un autre monde (Rivages)
• Naomi Klein – La Stratégie du choc (Babel/Actes Sud)
• Mankell – L’homme inquiet (Seuil Policiers)
• Romain Monnery – Libre, seul et assoupi (Au Diable Vauvert)
• La Pensée de midi – De l’humain nature et artifices (Actes Sud)
• Jean Rouaud – Evangile (selon moi) (Editions des Busclats)
• Frank Smith – Guantanamo (Seuil)
• Pierre Wat – Les Nymphéas, la nuit (Ateliers imaginaires/Scala)

… et en BD

• Brubaker et Phillips – Criminal (Delcourt)
• Vincent Brugeas et Ronan Toulhoa – Block 109 (Akileos)
• Régis Lejonc, Thierry Murat et Riff Reb’s – La carotte aux étoiles (Editions de la Gouttière)
• Harvey Pekar & Robert Crumb – Harv & Bob (Cornélius)
• Riad Sattouf – La vie des jeunes, T.2 (L’Association)
• Vincent Sorel – L’ours (Actes Sud/L’An 2)
• Carol Swain – Foodboy (Çà et Là)