Baron Samedi © Marc Domage

Baron samedi d’Alain Buffard par la Cie PI:ES au Pavillon Noir

La route de soi

 

Il y a tout juste un mois, un grand homme de la danse contemporaine française nous quittait beaucoup trop tôt. Alain Buffard était un artiste engagé, un chorégraphe de la non-danse qui inventait une poésie de plateau bousculant les normes, usant toujours du grotesque avec élégance. Baron Samedi est son ultime création.

 

Au Panthéon vaudou, Baron Samedi, chapeau haut-de-forme et lunettes cassées, est tout autant l’esprit de la mort que de la résurrection. En dansant langoureusement la banda, qui imite le coït, il représente aussi les excès sexuels. On retrouve cet Eros/Thanatos carnavalesque dans toute l’œuvre d’Alain Buffard qui, à l’approche de sa disparition, a voulu le faire danser une dernière fois. Le carnaval ici, c’est bien le carnaval du monde, où tous les codes sociaux volent en éclat, où les frontières de la bienséance disparaissent pour laisser place à la désorganisation générale, dans l’envie d’une fusion collective enfin déraisonnée. Loin d’être foutraque, l’équipe américano-africaine constituée d’artistes polymorphes de grand talent évolue sur les chansons du génial Kurt Weil, musicien considéré comme dégénéré à son époque, que l’on connaît entre autres pour la musique de L’Opéra de Quat’sous de Brecht. En quête d’identité, les chanteurs deviennent danseurs, les danseurs deviennent comédiens et les comédiens, musiciens : se trouver soi, c’est glisser d’une peau à l’autre. Ici, c’est le glissement qui intéresse, considérant le travestissement dans sa dynamique, et non comme quelque chose de figé, qui chercherait avant tout à troubler le regard des autres, en donnant une définition — et une image  — de soi à un instant T.
Artistes saltimbanques, fous du roi, ils se frottent ici à leurs avatars pour mieux se découvrir, entre chant, musique, danse et sexe, dans une sorte d’invention de soi.

Joanna Selvidès

 

Baron samedi d’Alain Buffard par la Cie PI:ES : du 30/01 au 1/02 au Pavillon Noir (530 avenue Mozart, Aix-en-Provence).
Rens. 04 42 93 48 00 / www.preljocaj.org

• A voir aussi, l’installation vidéo Eat – Performance buccale pour visages comestibles (dès 16 ans), du 28/01 au 1/02.

 

Bande-annonce du spectacle