Mars en Baroque

Musique baroque. XXe édition du festival signé Concerto Soave, cette année sur le thème "Mort et Transfiguration"

Mars en Baroque 2022 – XXe édition

Mars en Baroque, festival pluridisciplinaire autour des arts baroques, fête sa XXe édition ! Du 1er mars au 03 avril la cité phocéenne accueillera une nouvelle fois cet événement artistique phare, pour des concerts et de nombreuses rencontres. Cette année, le festival Mars en Baroque vous propose concerts, conférences et rencontres autour du thème Mort et transfiguration. Retrouvez l'ensemble Concerto Soave, Le Poème harmonique, la compagnie Rassegna et de nombreux autres artistes de toutes générations. Magnificences baroques et belles tragédies seront au programme ; réservez dès à présent vos places sur le site du festival et joignez-vous aux festivités !

 

« J’AI FORMÉ LE DESSEIN DE CONTER LES MÉTAMORPHOSES DES ÊTRES EN DES FORMES NOUVELLES »
Les Métamorphoses, Ovide

Édito

Au départ il y avait deux projets qui devaient marquer cette vingtième édition du festival, aussi bien que les trente ans de Concerto Soave.
Il y avait La Dafne de Marco da Gagliano, un des premiers chefs-d’œuvre de l’opéra, dont l’argument est tiré des Métamorphoses d’Ovide. Il y avait aussi la Messe de Requiem de Jean Gilles, la plus belle messe des morts baroque, dont les tragiques harmonies devaient faire écho aux sombres méditations de Bossuet. Une fastueuse célébration mortuaire, et une émouvante histoire de métamorphose : Mort et Transfiguration ! Le thème de cette édition « anniversaire » était trouvé.

Au-delà du clin d’œil au poème symphonique de Richard Strauss , cette riche thématique est si bien ancrée au cœur de l’esthétique baroque que tous les artistes s’y sont volontiers soumis. Le Ricercar Consort, avec Lucile Boulanger, nous proposera un vaste « tombeau » de la viole de gambe, dont le répertoire fut souvent « transfiguré » au clavecin. L’ anamorphose, l’art de la transformation et du travestissement, profondément baroque, ont inspiré à Vincent Dumestre pour son Poème Harmonique un de ses programmes les plus inspirés. Si mort et éternelle métamorphose seront au cœur du programme de la Compagnie Rassegna, c’est à une réelle transfiguration de la musique baroque que nous invitera Fred Nevché et ses deux musiciennes avec son « Décibel Oratorio » : le festival dédie ainsi tout un week-end aux musiques actuelles. L’Armée des Romantiques, qui poursuit son travail de réinterprétation du répertoire du XIXe siècle sur instruments anciens, nous proposera un Beethoven hanté par l’idée la mort et de la régénération du langage musical. Après le programme anglais de la jeune soprano Lise Viricel, le récital de la magnifique claveciniste espagnole Irene González Roldán, lauréate du Concours International de Clavecin de la Ville de Milan, et le concert spécialement élaboré pour le festival par le jeune ensemble La Palatine, le festival se conclura de la plus somptueuse des manières, avec les célèbres Vêpres pour la Vierge de Claudio Monteverdi. En « Beethoven baroque », Monteverdi transfigure le langage de son époque, donnant une œuvre universelle, qui sera ici exaltée par la jeunesse et la fougue des interprètes de demain. Durant les trois derniers jours du festival, ce sera donc à la jeune génération de transfigurer la musique ancienne, pour clamer haut et fort que cet art universel n’est pas près de mourir.
Mais avant tout cela, le Conservatoire de Marseille, qui célèbre, lui, son bicentenaire, nous offre un riche et somptueux prélude !
Fastes baroques, magnificences tragiques, sublimes métamorphoses : Mars en Baroque sera encore une fois le rendez-vous d’artistes enthousiastes de toutes générations avec un public avide de musique, d’art, de rêve et d’évasion.

Jean-Marc Aymes, directeur artistique

 

Mars en Baroque

‍Un festival autour des esthétiques baroques, curieux, gourmand d’expériences et de rencontres, qui a hâte de partager avec vous sa passion pour ce répertoire.

À Marseille
Du 1 mars au 3 avril
Tarifs variables suivant les spectacles et les lieux
www.marsenbaroque.com
13000 Marseille

Article paru le mercredi 2 mars 2022 dans Ventilo n° 459

Festival Mars en Baroque

Baroque en scènes

 

Le festival Mars en Baroque fête ses vingt ans. Il n’en fallut pas davantage, autour de l’an de grâce 1600, pour que la musique italienne adopte, devant l’Europe attentive, une nouvelle manière plus spontanée, plus contrastée. La mort et la transfiguration de l’ancien style se jouent alors sur le diptyque du lamento et du trionfo comme passage et libération. Retour aux sources spirituelles du baroque pour cette édition collector du festival.

    Après un prélude plein de promesses confié au Département de musique ancienne du Conservatoire de Musique de Marseille, Jean-Marc Aymes, directeur artistique du festival, nous plonge aussitôt dans le bouillon de cette fulgurante mutation pendant laquelle, dans les premières années du XVIIe siècle, d’entreprenants compositeurs à la recherche de la vérité d’expression du drame antique se déprennent des anciennes pratiques polyphoniques. Une voix supérieure se dégage alors de la nuée sonore et va flotter, lumineuse et puissante, en lévitation au-dessus de la basse continue ; pendant musical des deux étages, céleste et terrestre, du dernier tableau de Raphaël((La Transfiguration (1520) - Pinacothèque du Vatican)). La monodie accompagnée apparaissait. Et avec elle, l’opéra.   Trionfo Précisément La Dafne de Marco da Gagliano (1582-1643) que nous entendrons, mis en espace à la Criée((Entendue en version plus réduite à la Friche La Belle de Mai pendant l’édition 2014)) le 16 mars, illustre ce précipité d’innovations et de fantaisie, parfois grave ou mélancolique, où l’opéra juvénile participe à la diplomatie ostentatoire des fêtes princières. Cette fable pastorale, créée à la cour de Mantoue en 1608 à l’occasion du mariage du duc héritier, met en musique la course-poursuite de la nymphe Daphné qui n’a d’autre ressource pour échapper aux ardeurs d’Appolon que de se transformer en laurier. Ce goût pour le mouvement et la théâtralité animera le plateau vocal qui, outre les complices familiers de Concerto Soave (Maria Cristina Kiehr en Vénus, le baryton Romain Bockler en Appolon), réunit quelques jeunes artistes lyriques distingués récemment au concours international de chant baroque de Froville (le contre-ténor Nicolas Kuntzelmann en Amour et Alice Duport-Percier, légère et pathétique Daphné). Leur art, de vivacité et de langueurs mêlées, révèlera le visage authentique du sentiment aux temps où la parole n’était pas séparée d’avec le chant dans le jadis fabuleux auquel rêvaient les poètes de la Camerata fiorentina ((À laquelle appartenait Ottavio Rinuccini, l’auteur du livret de Dafne)); au moyen de « mots sculptés dans le son », selon l’expression du compositeur, c'est-à-dire découpés dans le style nouveau du recitar cantando, comme le feront les ciseaux du Bernin pour cristalliser dans le marbre, en plein vol, la métamorphose de Daphné encore frémissante de vie((Appolon et Daphné (1625), groupe sculpté, galerie Borghèse.)).   Lamento Seconde borne millaire du festival, le Requiem de Jean Gilles (1668-1705) a conservé dans son architecture quelque chose de la première manière, cet Ars Perfecta qui se prolonge encore dans les musiques religieuses. Mais la pieuse méditation du compositeur provençal s’arrondit tout autant aux alternances aimables du dialogue concertant qu’à l’ordre spéculatif et immuable des sphères célestes. Sa messe des morts dont il avait, dit-on, réservé la primeur pour ses propres funérailles, accompagnera ensuite, au titre de sa gloire posthume, celles de Rameau et de Louis XV. Le 26 mars, Concerto Soave, en grande formation, montrera ses capacités de consensus organique dans l’ajustement mutuel du chant (chœurs et solistes) avec l’orchestre, l’un sur l’autre réglé pour déployer une puissance d’envoûtement propre à éveiller les présentiments les plus subtils des formes sensibles qui nous survivent. Avec elles disparaîtra l’accord ultime, à mi-voix, dans l’aura de la douce apothéose du Lux Aeterna. En écho à cette musique séraphique, comme la chair se fait verbe, le comédien Benjamin Lazare fera sonner des extraits du Sermon sur la mort de Bossuet dans la déclamation et la gestuelle baroque, en version originale en quelque sorte. Sous les voûtes de l’Abbaye Saint-Victor, entre les silences ménagés par le Requiem, tonnera la parole éclatante du grand orateur bourguignon, pour nous rappeler la brièveté de la vie, ce tableau de vanité, « théâtre duquel nous serons bientôt retranchés ».   Alléluia Excellent timing. Le festival revêt, en cette année d’impatience, une intensité particulière. La régénération des désirs y prend son élan à travers la multiplicité (concerts, conférences, master classes...), l’affluence des propositions (Ensembles Ricercar Consort, Le Stelle, La Palatine, Le Poème Harmonique, L’Armée des Romantiques...), la variété des lieux investis et des collaborations inattendues (Fred Nevché, la Compagnie Rassegna...) dans un mouvement ascendant qui transcende le présent en lui choisissant ses traditions et son avenir. Pour tenir ces espérances de lendemains qui chantent, les élèves et enseignants du Département de musique anciennes du CNSM de Lyon couronneront cette XXe édition du chef d’œuvre de Monteverdi, Les Vêpres de la Vierge, monument de musique sacrée réunissant ancienne et nouvelle manières, heureux présage de jeunesse et d’immortalité, dans un souffle et une inspiration inouïs jusqu’alors.  

Roland Yvanez

 

Festival Mars en Baroque : jusqu’au 3/04 à Marseille.

Rens. : www.marsenbaroque.com

Le programme complet du festival Mars en Baroque ici

   

Bonne conservation

 

Le Festival Mars en Baroque offre au Département de musiques anciennes » du Conservatoire Pierre Barbizet une large fenêtre de visibilité ; plus qu’un prélude, une magistrale ouverture d’une douzaine d’évènements divers à l’occasion de laquelle professeurs et élèves associent leurs forces au cœur de l’action.

    Tenus à l’origine pour les représentants d’une contre-culture à l’intérieur de la tradition académique classique dont ils ne partageaient pas le même répertoire ou, le cas échéant, les mêmes codes d’interprétation, les musiciens baroques trouvent aujourd’hui, entre initiatives personnelles et bienveillance institutionnelle, toute leur place parmi les disciplines enseignées dans les conservatoires. Qu’en est-il à Marseille ? Christine Lecoin, coordinatrice du Département, nous éclaire : « Le Département de musiques anciennes du Conservatoire regroupe, autour de quatre enseignants, les classes de clavecin, flûte à bec, viole de gambe, basse continue et improvisation historiquement informée. Ce n’est pas très étoffé((Le Département équivalent au Conservatoire d’Aix-en-Provence compte quinze professeurs et intervenants.)) mais la direction est favorable à son développement.  Les diverses pratiques d’ensemble sont assurées par chaque professeur dans le cadre de sa discipline mais sont également ouvertes à d’autres élèves du Conservatoire pour la réalisation de projets spécifiques. J’en assume la coordination auprès de la direction et de mes collègues afin d’impulser des collaborations internes ou avec d’autres institutions. Pour sa vingtième édition, le festival Mars en Baroque accueille notre semaine de manifestations placée habituellement en automne. Le thème « Mort et transfiguration » a fédéré les professeurs et élèves de notre département, mais aussi les classes de chant choral, d’orgue, de hautbois, de basson... et même au-delà puisque la soirée de bal (le 4/03) sera animée par le professeur de danse Renaissance du Conservatoire d’Aix-en-Provence. Cette abondante participation se prolongera dans le futur, sous une forme ou une autre ; c’est également la volonté de la direction du Conservatoire, toujours très enthousiaste. D’ici-là, nous mettrons en lumière la féconde association entre le compositeur Marc-Antoine Charpentier et Molière dans une réalisation ambitieuse qui mutualise, outre nos propres ressources, les compétences du Département d’Art dramatique du Conservatoire, de l’École des Beaux-Arts pour les décors et de l’École Nationale de Danse pour les ballets. Le spectacle aura lieu le 26 juin à l’Opéra de Marseille sous l’égide de l’opération DEMOS (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale). C’est un enjeu très motivant pour le département et nos élèves. »  

Propos recueillis par Roland Yvanez