Fiesta des Suds

Musiques éclectiques. 30e édition

Le festival se développe d’année en année autour de ses différentes valeurs fondatrices :

Le festival œuvre depuis ses débuts à l’ouverture, au décloisonnement et au mélange des esthétiques musicales : la Fiesta des Suds balaye largement le champ des musiques actuelles avec une appétence pour les musiques planétaires, qui en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique pendant plus de 20 ans.

La diversité s’exprime également dans le principe de découverte musicale, qui est également au centre du projet artistique depuis 1992. Le projet assume sa dimension « culturelle » : il n’entre pas dans la course à la tête d’affiche mais propose une programmation, si elle reste généraliste, audacieuse – et en partie tournée vers la révélation d’artistes existant en dehors du sérail estival : icônes & découvertes internationales, soutien à la scène locale, organisation de tremplin…

Le principe de diversité s’exprime aussi dans les propositions engagées : soirées de concerts, afters noctambules, mises en orbite mêlant les disciplines artistiques… Il y en a pour tous les goûts.

Le festival s’inscrit dans un territoire aux identités riches, que l’on retrouve à travers un public intergénérationnel et protéiforme. La Fiesta des Suds peut s’enorgueillir d’être un exemple de partage, de rencontre, de brassage et de vivre-ensemble comme il en existe peu sur le territoire.

Esplanade du J4
Du 6 octobre au 8 octobre 2022
10/75 €
www.fiestadessuds.com
Digue du Fort Saint-Jean
13002 Marseille

Article paru le mercredi 28 septembre 2022 dans Ventilo n° 469

L’entretien | Fred André programmateur de la Fiesta des Suds

Trente bougies pour la célèbre Fiesta des Suds. Décidée à honorer son essence festive historique et indispensable par les drôles de temps qui courent, l’équipe a confié la programmation à Fred André, dont le goût prononcé pour les programmations dansantes et rassembleuses s’exprime vigoureusement chez Comparses et Sons. Rencontre.

    Quelles ont été les envies de base pour cette trentième édition ? Déjà, on a constitué un petit comité de programmation, je ne prétends pas avoir la science infuse ! Fêter les trente ans, c’est finir un chapitre et en commencer un nouveau ; l’idée de rendre hommage est très présente. Il fallait un vrai marqueur historique, avec des groupes emblématiques, iconiques, à l’image de Youssou N’Dour ou d’Oumou Sangaré, qui a joué pour la première fois à la Fiesta en 95 ! On peut aussi citer Bonga, dont je suis fan de la voix comme de l’histoire personnelle, et que j’ai fait jouer il y a vingt ans ! Le deuxième marqueur, c’est l’aspect populaire et généraliste que porte la Fiesta : on n’est pas un festival de niche, on cherche plutôt à rassembler les publics, ce qui d’ailleurs est plus compliqué que de parler à un public spécifique. C’est un challenge, il faut mêler le populaire à l’exigeant, afin que tout le monde soit représenté dans la programmation comme dans la façon d’accueillir les gens, par l’esprit de fête, qui est au centre du festival, sans rogner sur l’artistique. Je voulais revenir à du live, en se concentrant sur les afters pour ce qui est des Djs. Après le Covid et tout ce qui va avec, on voulait faire jouer des grosses formations live, avec un côté organique, pour justement servir cet esprit de fête. La danse est évidemment associée à cette idée, et dans la façon dont tu partages une émotion artistique. Entre le sanitaire, le politique, les frictions sociales et les crises actuelles, on voulait vraiment faire une fête qui ait du sens.   Il y a une prédominance d’artistes issus de la scène africaine à l’affiche cette année ; était-ce une volonté particulière ? Ça n’a pas été posé comme un préalable, mais ça s’est imposé rapidement. Je me méfie un peu, parce qu’à l’échelle d’un continent, on ne peut pas parler de « musique africaine ». Mais il est sûr que nous avions envie de mettre en miroir des anciens et de plus jeunes artistes, comme Bonga et Pongo qui jouent la même soirée, angolais tous les deux, un homme, une femme, quatre-vingt ans contre trente, une musique très différente… L’Afrique est un marqueur de cette Fiesta, il y a tellement de propositions, et de plus en plus de producteurs ! On n’a pas de propositions d’Amérique du Sud cette année, et c’est dommage, ça peut peut-être manquer, et on tâchera d’y remédier dans les prochaines éditions.   On trouve aussi de la musique urbaine dans la programmation, ce qui n’a pas toujours été le cas ! Dans ma culture personnelle, le hip-hop a une grande place. Tu mets forcément un peu de toi dans une programmation. Les « mémoires » de la Fiesta m’ont fait remarquer que c’était plutôt nouveau. Le hip-hop est un mouvement qui a quarante ans, et au-delà du retentissement commercial qu’il rencontre, on voulait le représenter et en montrer différentes facettes : entre Georgio et Youssoupha, on est pas du tout sur la même chose ! Hypnotic Brass Band, c’est certes une fanfare mais ça découle aussi du hip-hop. La programmation urbaine synthétise beaucoup d’influences. La dernière Groove sessions de Chinese Man, c’est pareil, c’est très hip-hop dans les prod, et on a même la vibe Amérique du Sud avec Baja Frequencia.   Au niveau de l’exploitation, est-ce qu’il va y avoir des changements dans l’aménagement du J4 ? Ce lieu a la particularité d’être assez contraignant au niveau de l’espace. La principale nouveauté, ce sera une troisième « vraie » scène. À tout moment, il y aura un choix : avant, il y avait deux scènes plus une petite dédiée aux DJs. On avait la volonté qu’il y ait toujours deux scènes qui jouent en même temps. Sur cette nouvelle scène, on a invité les Mobylette Sound System et leur triporteur, qui feront plusieurs scènes par soir entre les concerts ; il y aura une alternance concert/djs en non-stop sur cette scène-là. On voulait aussi de la déambulation, et l’historique Banda du Dock jouera le jeudi et le samedi, et le Bloco União du Sud, une super batucada, jouera le samedi. On a une trentaine de groupes, et j’ai essayé de penser au populaire, de trouver des cheminements dans chaque soirée, des points de rencontre. Pour les prochaines éditions, on a envie de développer l’aspect décoration.   Quels sont les projets que tu es particulièrement heureux d’accueillir ou de découvrir ? Kutu, par exemple, le projet du violoniste jazz Théo Ceccaldi avec deux chanteuses éthiopiennes, fait le lien avec Babel Med, qui va être relancé cette année. Ils avaient postulé à l’édition numérique et on les avait retenus. Je suis vraiment curieux de les voir sur scène, pour le croisement et l’improvisation. Le disque est fou, tu y trouves des sonorités électro et des trucs très expérimentaux. Je lisais une interview de l’artiste l’autre jour et il explique que le répertoire éthiopien est entièrement écrit par des hommes, parfois interprété par des femmes mais à la lettre. Là, les chanteuses sont sur un registre d’improvisation, ce qui n’est vraiment pas courant. Je suis aussi très heureux de revoir Pongo, que j’avais programmée à Venelles, ou de découvrir Star Féminine Band, qui est un projet très frais, très spontané. J’aime beaucoup Hollie Cook, qui vient de sortir un album, et content d’accueillir BCUC, groupe dément qui, malgré quelques « rugosités », arrive à plaire aux non mélomanes ! Enfin, j’ai hâte de voir le show des Chinese qui jouera ce projet pour la première fois à Marseille.   On ne peut pas parler de la Fiesta sans évoquer ses fameux afters aux Docks ! C’est un vrai prolongement du festival, et de l’esprit de fête, puisqu’ils finissent à cinq heures du matin. Et le public muni de billets du festival y accède gratuitement. Cette année, on ouvre deux salles, et on programme six artistes par nuit ! On a pensé la programmation à l’image de ce qui passe actuellement à Marseille, avec les collectifs qui animent la ville : Scorpio Queen de Maraboutage, Vazy Julie du Metaphore Collective…  

Propos recueillis par Lucie Ponthieux Bertram

 

La Fiesta des Suds : du 6 au 8/10 sur l’Esplanade du J4 (2e).

Rens. : fiestadessuds.com

Toute la programmation de la Fiesta des Suds 2022 ici