Festival International d'Art lyrique d'Aix-en-Provence

72e édition du festival d'art lyrique et de musique classique : 8 opéras en création et des concerts partout dans la ville avec le Quatuor Meta4, Balthasar Neumann Ensemble, Patricia Kopatchinskaja, London Symphony Orchestra, Barbara Hannigan, Orchestre de Paris, Orchestre des Jeunes de la Méditerranée..

Après l’annulation de l’édition passée, relayée par la #LASCÈNENUMÉRIQUE, le Festival d’Aix-en-Provence redouble d’ambition pour son édition 2021, qu’il souhaite à tous égards exceptionnelle. Parce que nous avons toutes et tous besoin de nous retrouver autour de l’art le plus beau, goûté en commun dans l’instant présent – même si l’on ne peut présumer à l’heure actuelle de ce qu’il en sera réellement.

Pas moins de huit nouvelles productions et un opéra en version de concert sont ainsi proposés, couvrant un large éventail d’époques et de styles, depuis la musique baroque italienne, avec Monteverdi, Cavalli et Rossi, jusqu’aux créations contemporaines, en passant par Les Noces de Figaro de Mozart, les deux géants de l’opéra du XIXe siècle : Wagner avec Tristan et Isolde, donné pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence, et Verdi avec I due Foscari et Falstaff ; sans oublier le XXe siècle et le répertoire russe grâce au Coq d’or de Rimski-Korsakov. La musique d’aujourd’hui, portée haut et fort dans le cadre du cycle « Incises », est particulièrement à l’honneur, avec deux créations mondiales : Innocence, opéra choral au parfum de thriller de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, qui décrit les effets délétères d’un mystérieux drame collectif ressurgi du passé ; et L’Apocalypse arabe, oratorio moderne du compositeur d’origine israélo-palestinienne Samir Odeh-Tamimi, qui allégorise la terrible conflagration de la guerre du Liban, une tragédie sans fin à portée planétaire. Vibrant plaidoyer pour l’émancipation des femmes, Woman at Point Zero de la compositrice libanaise Bushra El-Turk est également donné en création française.

Résolument en prise avec les grands enjeux du monde contemporain, ces œuvres ne se bornent pas à en livrer un reflet inquiétant : mal-être du monde occidental privé de sens, cataclysme sans fin du Moyen-Orient ou précarité de la condition féminine. Leurs musiques, qui mêlent langues et styles (savant et populaire, occidental et non occidental) laissent entendre qu’un dialogue entre les cultures, ferment d’un monde meilleur, est possible.
Envers de la pulsion de mort, le motif du désir traverse une large part de la programmation. Faut-il s’y brûler ou le maîtriser ? L’esprit dionysiaque peut susciter une démesure qui fait jouir et souffrir ; mais il est aussi ce qui insuffle à nos opéras vitalité, humour, féerie – quand bien même le fantasme mis à nu prend quelquefois un tour grotesque.
D’une œuvre à l’autre, il est plus généralement question des rapports de séduction et de pouvoir parfois destructeurs qui s’instaurent entre les hommes et les femmes. Artistes et metteurs en scène font néanmoins espérer l’avènement d’une société plus égalitaire, d’une cité future plus lumineuse.

Pour faire honneur à ces œuvres, il fallait réunir les plus grands artistes : compagnons de route du Festival comme Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra, qui font leur grand retour, ou Daniele Rustioni avec le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon ; mais aussi nouveaux venus prestigieux tels que Barrie Kosky, Simon Stone (chacun « en résidence » pour deux créations) et Susanna Mälkki, Thomas Hengelbrock à la tête du Balthasar Neumann Ensemble et Lotte de Beer ou encore Silvia Costa et Sébastien Daucé avec l’Ensemble Correspondances.

Les femmes sont au cœur de cette édition, des compositrices Kaija Saariaho et Bushra El-Turk aux metteuses en scène Lotte de Beer et Silvia Costa en passant par les cheffes Susanna Mälkki et Kanako Abe. On doit le livret d’Innocence à la romancière finlandaise Sofi Oksanen ; celui de L’Apocalypse arabe est inspiré du cycle halluciné de la poétesse et peintre américano-libanaise Etel Adnan ; et c’est un récit choc de la féministe égyptienne Nawal El Saadawi qui a fourni le livret de Woman at Point Zero, donnant à quatre artistes du continent africain – outre la compositrice : Laila Soliman, Stacy Hardy et Aida Elkashef – le désir de faire entendre autrement la voix des femmes à l’opéra.

L’offre toujours plus ambitieuse de concerts et de récitals met en perspective la programmation lyrique afin d’en augmenter le réseau de sens et de plaisir. Aux grands chefs et orchestres déjà cités, il faut ajouter le jeune prodige Klaus Mäkelä à la tête de l’Orchestre de Paris, et Duncan Ward, le nouveau directeur musical de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dans une programmation engagée. Deux artistes d’exception bénéficient de portraits spécifiques : Kaija Saariaho, dont on explore l’art suggestif aux multiples facettes et la charismatique violoniste Patricia Kopatchinskaja, dans les genres les plus divers.
Certains des opéras programmés représentent des sommets absolus dans l’ordre de la musique faite théâtre, exigeant les plus grandes voix, les meilleurs chanteurs-acteurs constitués en troupes. Au gré des récitals et des concerts, on peut donc retrouver Nina Stemme, Stéphane Degout et Magdalena Kožená mais aussi Barbara Hannigan ou Jakub Józef Orliński dans des programmes inédits. Du côté des musiques de la Méditerranée, si importantes pour le Festival, la saxophoniste de jazz Sophie Alour se produit en sextet après l’ensemble Cairo Jazz Station, émanation d’une session interculturelle de l’OJM ; et les Tenores di Bitti font retentir les plus belles polyphonies sardes.

Mais le Festival, c’est aussi l’offre riche et diverse d’Aix en juin, désormais entièrement gratuite : le cycle « Opéra de-ci de-là », formes minutes données dans différents endroits de la ville, qui vante cette année les figures de femmes courageuses ; le grand concert Parade[s] sur le cours Mirabeau, consacré à Verdi ; ou les master classes publiques et les concerts de l’Académie, dont les résidences innovantes visent au meilleur épanouissement professionnel des nouvelles générations. Sans oublier les actions pilotes du service éducatif et socio-artistique Passerelles avec, pour cette édition, le grand projet participatif « Accents Balkans ».

Le Festival peut s’enorgueillir d’un nouveau partenariat : celui avec Luma Arles, où est donnée L’Apocalypse arabe. Je voudrais en profiter pour remercier plus généralement ici tous nos partenaires et coproducteurs, mais aussi nos tutelles et nos mécènes qui, dans la période difficile que nous sommes en train de traverser, font preuve d’un soutien sans faille et permettent au Festival de proposer cette programmation de relance exceptionnellement riche – à laquelle #LASCÈNENUMÉRIQUE viendra donner un écho original et inventif.

Cher public, nous avons hâte de vous revoir et ferons tout pour vous accueillir dans les meilleures conditions, afin que nous puissions de nouveau vibrer et réfléchir ensemble, imaginer le monde de demain et rêver un futur plus radieux.

Bon Festival 2021 !

Pierre Audi
Directeur général

Aix-en-Provence
Du 30 juin au 25 juillet
0/320 €
Rens. 08 20 922 923
http://festival-aix.com/fr/
13100 Aix-en-Provence