Jazz à Toulon

Jazz. 32e édition. 
• Mar. 19/07 à 21h30 (Place de l'Équerre) : Belmondo Quintet "Brotherhood" 
• Mer. 20/07 à 21h30 (Place de l'Équerre): Toni Green 
• Jeu. 21/07 à 21h30 (Place Saint Jean): Minor Sing 
• Ven. 22/07 à 21h30 (Place Bouzigues) : Adrien Brandeis Quartet
• Sam. 23/07 à 21h30 (Place du Mourillon): Kenny Garrett Quintet and Sounds From The Ancestors

L’aventure du Festival de Jazz de Toulon a commencé en 1989…


« Jazz is Toulon » eut lieu pour la 1ère fois du 16 au 21 juillet 1990 place du Théâtre, plage du Mourillon, place Bouzigues, carré du Port, place Martin Bidouré avec notamment à l’affiche Michel Petrucciani, Tania Maria, Philippe Créttien…

Daniel Michel alors directeur du Comité Officiel des Fêtes assure la programmation jazz (par ailleurs en 1999, le COF devient le COFS : Comité Officiel des Fêtes et des Sports de Toulon).

En 1996, le festival prend l’appellation actuelle de JAZZ A TOULON.

De 1996 à 2007 : la formule « ateliers jazz » ou « workshop » est au programme. Les workshop étaient destinés aux musiciens amateurs ou professionnels. Pour ces musiciens, il s’agissait de suivre des cours donnés par des professionnels du jazz pendant une semaine, pour des performances travaillées ou improvisées. Le travail fourni était alors restitué sous la forme d’un concert public placé sous la houlette des professeurs.

Les principes fondamentaux de JAZZ A TOULON subsistent toujours :

– l’itinérance au cœur même de Toulon (places et quartiers)
– la gratuité pour tous
– la récurrence annuelle au mois de juillet
– une période d’environ 10 jours avec une quinzaine de concerts répartis en concert à l’heure de l’apéritif et en soirée

En 2001, le Studio 11 (salle de concerts située à l’Espace Culturel des Lices, Bd Commandant Nicolas à Toulon et gérée par le COFS) est inauguré par Jacky Terrasson, le seul musicien français à s’être produit à la Maison Blanche !

Cette petite salle de concerts qui peut accueillir une centaine de personnes, invite toute l’année, toutes sortes de talents dignes des grands clubs de jazz. C’est une façon de prolonger l’esprit du festival de jazz au fil des mois.

Le Studio 11 est désormais surnommé « la petite salle aux grand concerts ».

C’est en 2014, après avoir été salariée de la Ville de Toulon et mise à disposition de l’association pendant 30 ans, que Bernadette Guelfucci (en retraite) devient la 7ème Présidente du COFS. Elle reprend la programmation de JAZZ A TOULON et du STUDIO 11 avec son conseil d’administration.

En 2019, pour fêter la 30ème édition, JAZZ A TOULON a offert quelques étoiles du jazz dont Manu Dibango, Randolph Matthews, Manu Guerrero Quintet, Agathe Iracema, Théo Ceccaldi Trio, Riccardo Del Fra Quintet et l’orchestre de l’Opéra de Toulon, Tony Allen, The Kenny Garrett Quintet…

Et l’édition s’est fait un point d’honneur à rendre hommage à l’inoubliable Michel Petrucciani avec un concert place du Théâtre pour se souvenir que 30 ans auparavant c’est lui-même qui inaugurait la 1ère édition du Festival. Pour ce concert unique se sont retrouvés : Stéphane Bernard (piano), Sylvian Rifflet (saxophone) Olivier Miconi (trompette), Mathias Allamane (contrebasse) et Sylvain Ghio (batterie) avec la participation de Philippe et Louis Petrucciani qui ouvrirent la soirée en duo pour saluer la mémoire de leur frère.

Jazz à Toulon n’a pas fini de célébrer cette musique venue d’Afrique, devenue le fruit du métissage entre un peuple afro-américain et une culture européenne car elle résonne toujours comme une ode à la liberté !

À Toulon
Du 15 juillet au 23 juillet
Gratuit (plein air)
www.jazzatoulon.com
83000 Toulon

Article paru le mercredi 6 juillet 2022 dans Ventilo n° 467

Les festivals de jazz

Leurs bleus

 

Début de l’été 2022. Toute la Provence est gagnée par la peste brune. Toute ? Quelques fous de notes bleues continuent à proposer des manifestations diffusant cette « force sociale du bien » dont parlait Sonny Rollins, pour disséminer des graines de résistance culturelle au nom de l’humanité plurielle dont le jazz est le vecteur.

      Ainsi à Gréasque, le festival Jazz en Sol Mineur apparaît comme un ilot de civilisation dans la lointaine périphérie métropolitaine. Puisse la trompette de Nicolas Gardel, lors de son concert-conférence, contribuer à effriter sinon abattre les murs des préjugés. Quant à la sublime chanteuse Celia Kameni, qui s’exprimera ici dans un registre « pop » avec un quartet d’exception, on espère que son charisme convaincra le public villageois des richesses de nos diversités. Dans cette commune de ce qu’il reste de la Provence minière, riche de ses origines variées, la convivialité sera de mise sous les ondes de propositions musicales métisses, qu’il s’agisse du Big Band du CNRS au Musée de la Mine, ou encore des concerts gratuits sur les places du charmant village. Basilic Swing représentera notamment la crème du swing manouche made in Marseille : planquez vos poules ! De là, il suffira de traverser Gardanne pour se rendre à Bouc-Bel-Air et s’enjailler pour la soirée d’excellence proposée par l’association Jazz sous les étoiles. C’est en effet dans le cadre somptueux des Jardins d’Albertas que vont s’exprimer deux formations parmi les plus pourvoyeuses de swing de la planète jazz. Cyrille Aimée, redoutable chanteuse au scat virtuose et au timbre canaille, devrait susciter des frissons d’aise si ce ne sont des salves d’applaudissements à la tête d’un quartet de folie. Emmet Cohen, quant à lui, viendra avec son contrebassiste et son batteur pour déverser sa folie pianistique dont il a commencé à nous régaler pendant le confinement, avec ses sessions live à la maison — ô joie, on va enfin le voir en vrai ! Gageons qu’une rencontre avec les deux leaders devrait clôturer cette soirée d’exception. Gare à l’incendie ! Attention, légende sur légende à Saint-Cannat. Le Festival Roger Mennillo (du nom d’un pianiste historique de Marseille qui se plaisait à dire, entre autres, que « C’est la CIA qui a financé Elvis Presley pour voler la musique aux noirs ») aligne rien de moins que deux claviéristes qui devraient figurer au frontispice du patrimoine jazzistique. George Cables (on a pu l’entendre avec Sonny Rollins, Joe Henderson, Freddie Hubbard…) aura à cœur de remettre à l’heure les pendules du bop, tandis que Monty Alexander, lui, agrémentera son art du swing de quelques accents jamaïcains — c’est lui le véritable inventeur du reggae en 1959 ! On aimerait tant que Porquerolles soit ce foyer révolutionnaire dont parle Alain Damasio dans Les Furtifs. C’est certainement ainsi que Franck Cassenti et son équipe rêvent l’évènement : le réalisateur de documentaires engagés et sensibles, qui est aussi un authentique jazzman (il joue de la guitare dans le groupe Amou’ Caché, que l’on retrouve à l’espace d’accueil du festival) et un militant culturel acharné dans sa ville de La Ciotat notamment, nous convie de nouveau dans ce paradis méditerranéen, hélas grignoté par la spéculation foncière. La programmation aligne évidemment des artistes d’exception, particulièrement engagés pour la cause des musiques créoles. Ainsi de la présence d’Antony Joseph le premier soir : le poète trinidadien installé à Londres viendra défendre son répertoire groovy et engagé. À noter, la présence du guitariste Yamandu Costa : le prodige de la guitare à sept cordes fait régner une harmonie rarement ressentie. Quant au Réunionnais Daniel Waro, on se doute que son maloya authentique donnera des envies de danser jusque tard dans la nuit. Spiritualité garantie pour les deux dernières soirées : d’abord avec les flûtistes universel.le.s Naïssam Jalal et Magic Malik (avec le même contrebassiste pour les deux formations, l’incontournable marseillais « d’origine » Damien Varaillon), puis avec le duo trempé dans le gospel le plus libre formé par Archie Shepp (le saxophoniste militant est le parrain du festival) avec l’immense pianiste « gangsta jazz » Jason Moran. Si, d’aventure, d’aucun.e.s souhaitent franchir la Durance direction Pertuis, après avoir passé ce qu’il restera forcément de la Zone À Patates, cet espace de luttes pour la préservation du vivant, on pourra se délecter des prestations des big bands parmi les plus alléchants. Ainsi du Kinship Orchestra, dirigé par le jeune contrebassiste Nghia Duong, qui a su convaincre jeunes pousses et enseignants du conservatoire d’Aix à se joindre à lui dans une expérience collective de swing incandescent ou encore du Multiquarium Big Band avec l’immense guitariste Biréli Lagrène — attention, légende. Tant qu’à abonder dans la sélection subjective assumée, dirigeons-nous vers Toulon où une session de rattrapage est proposée pour le quartet du MC trompettiste Theo Croker — son set au conservatoire de Marseille lors de la Nuit du Jazz était renversant. Gageons que son jazz canaille trempé dans le hip-hop le plus actuel, sans oublier une excellence bop et spirituelle, devrait instiller des désirs de créolisation comme autant d’antidotes à la peste brune.  

Laurent Dussutour