Côme Clérino - Et si on passait les meubles par la fenêtre ?

Peintures. Commissariat : Léo Marin

"La question est posée et elle titre la première exposition personnelle de Côme Clérino en France, une carte blanche donnée par la Double V Gallery à l’occasion du Printemps de l’Art Contemporain 2019 (PAC-2019).
À quoi s’attendre alors ? Déjà le 14 juin 2018, pour la revue en ligne Point Contemporain, à l’occasion d’un portrait de l’artiste, j’écrivais : Côme Clérino trouve les motifs et les matières dont il s’inspire, dans la rue, sur les chemins qui le mène de chez lui à son atelier, dans des errances plus déambulatoires ou encore dans des trajets de collecte de "motif / matière" qu’il compile.
L’espace urbain à transmutation rapide, où les murs se détériorent, les affiches se déchirent, les chantiers se démultiplient et se métamorphosent à mesure qu’ils avancent et laissent derrière eux les traces de la construction et les débris, qui érigent de nouveaux murs, est le décorum de nos déplacements quotidiens et de ceux de l’artiste : son nuancier d’inspiration favori.
C’est toutes ces matières et tous ces changements que l’on retrouve dans les œuvres de l’artiste. Mousses, résines, plastiques et enduits, autant de matériaux au propriétés antinomiques, comme autant de combinaisons avec lesquelles il compose et agence. Des combinaisons d’effets-matériaux-couleur, directement emprunté dans la gamme de notre quotidien urbain.
Côme Clérino est un artiste dont l’oeuvre à la composition établie à partir de motifs/ matières structurant.e.s, d’inspiration urbaines, où la picturalité couvrante de nos édifices se fait aussi matière porteuse et structurelle de son travail. Quelle est l’aspérité qui recouvre, la surface lisse qui homogénéise, la brèche dans la matière qui nous montre qu’un élément est solvable dans l’autre ou bien au contraire … Autant de petits combats de matières picturales amoureuse qui nourrissent immanquablement notre regard, de moins en moins attentifs à la beauté de ce qui recouvre les surfaces de nos villes et les changements qui s’y opèrent.
Pratique que nous retrouvons avec plaisir dans cette exposition. De grands formats au mur reprennent ces compositions de matières, avec des agencements où la couleur n’est plus seulement le maitre mot définissant l’aspect de l’oeuvre, mais où les contingences du support pictural, parfois même appliqué abondamment se retrouvent être les composants qui le portent à notre regard et révèlent les aptitudes du peintre.
De plus petits formats, assemblages de plâtre, résine et émaux à la composition douce, comme autant de fragments de surfaces auraient pu être glanées lors d’errances urbaines nous accompagnent et nous rappellent que bien souvent, la richesse du travail de l’artiste est dans les détails.
Toutes ces « toiles » sont présentées ici en un accrochage qui se rapproche en réalité de la mise en scène d’un intérieur domestique. Les formes au sol, même en reprenant les techniques de composition de matières chères à l’artiste, s’avèrent être en réalité plus qu’une simple forme, mais également un mobilier usuel. Table basse, petits tabourets, étagère lampe de chevet, font avec nous et le titre de l’exposition un pied de nez à la scène de ménage de boulevard où les meubles volent par la fenêtre et finissent dans la rue. Ce mobilier ci est lui aussi ré-agencé, recomposé et ornementé des talents de l’artiste. Dans un jeu de matières extérieures (crépis, émaux, enduis etc…) qui viennent recouvrir des éléments d’intérieur, Côme poursuit ses recherches, continue de transposer la matière qui habille la ville sur des surfaces utilitaires de recouvrement : carrelages, linoleums, crépis, mais vient en plus cette fois ci les appliquer en habillage sur un mobilier utilisable. Indices d’un souvenir de texture remis au gout du jour ? Une sculpture d’usage ? Design ultime de l’artiste créateur ? Glissement de la pratique comme il semble en être la mouvance actuelle ? Lumière faite sur l’importance de la matière ?
Autant de question qui se posent et que pose Côme Clérino : Et si on jetait les meubles par la fenêtre ? et qu’on recommençait tout à zéro ?"
Léo Marin

http://comeclerino.com/


Double V Gallery
Du 30 mai au 27 juil. : lun, mar, mer, jeu, ven, sam 10h-19h Lun-sam 10h-19h
Entrée libre. Entrée libre
https://www.double-v-gallery.com/
28 rue Saint Jacques
13006 Marseille
06 65 10 25 04