Sahara, mondes connectés

Photos, dessins et objets ethnographiques

Évoquer la problématique de la connexion au Sahara permet d’appréhender l’espace saharien d’un point de vue inhabituel lorsque l’on pense au désert. Cette exposition se propose ainsi de questionner et de renouveler les représentations du Sahara. Connexions et mobilités dans ces étendues désertiques conditionnent la survie des sociétés sahariennes et de ceux qui les traversent. À la fois contraintes et ressources, art de vivre et stratégie politique, elles sont au fondement de cultures singulières.

En associant des objets ethnographiques issus de collections prestigieuses (Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Musée d’ethnographie de Neuchâtel, notamment) à des objets du quotidien, des réalisations audiovisuelles et les oeuvres d’artistes contemporains (Hicham Berrada, Romuald Hazoumè, Leila Alaoui…), l’exposition Sahara mondes connectés entend faire percevoir ces réalités en suivant le fil de mobilités permanentes et toujours réinventées. Les oeuvres de Titouan Lamazou, présentées en continu dans l’exposition, proposent une expérience personnelle de cette mobilité, le regard d’un artiste voyageur.

Cette exposition est née de la rencontre entre Titouan Lamazou, artiste-voyageur, et Charles Grémont, historien à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). C’est avec le Musée d’Arts Africains, Océaniens, Amérindiens de Marseille qu’elle s’est élaborée. Cette exposition est emblématique de la collaboration fructueuse entre recherche scientifique et musées, portée par le Centre de la Vieille Charité. Le présent partenariat entre les musées de Marseille et l’IRD a ainsi regroupé conservateur et chercheurs autour d’un sujet commun. L’exposition est organisée par l’équipe du Musée d’Arts Africains, Océaniens, Amérindiens (MAAOA), en collaboration avec des anthropologues et des historiens du CNRS et de l’IRD, et l’artiste Titouan Lamazou.

Une riche programmation autour de l’exposition, du 18 mai au 22 août, propose au public de poursuivre l’aventure, grâce à des ateliers d’écriture, des projections de films, des rencontres, des spectacles et concerts, des ateliers pour les enfants…

Commissariat scientifique
Sophie Caratini, anthropologue (CITERES/CNRS)
Charles Grémont, historien (LPED/IRD)
Céline Lesourd, anthropologue (Centre Norbert Elias/CNRS)
Olivier Schinz, anthropologue (conservateur-adjoint du Musée d’ethnographie de Neuchâtel, chercheur correspondant du Centre Norbert Elias)


MAAOA - Musée d'Arts Africains, Océaniens, Amérindiens
Du 10 mai au 1 sept. : mar, mer, jeu, ven, sam, dim 9h30-18h Mar-dim 9h30-18h
5/9 €
http://musees.marseille.fr/
2 rue de la Charité
Centre de la Vieille Charité
13002 Marseille
04 91 14 58 38
04 91 14 58 87

Article paru le mercredi 12 juin 2019 dans Ventilo n° 431

Sahara, mondes connectés au MAAOA

Vous reprendrez bien un peu de désert

 

Sahara, mondes connectés a un objectif ambitieux. Donner l’image d’un désert vivant, car en mouvement, à travers une succession d’œuvres anthropologiques et de photos et peintures de Titouan Lamazou. Un pari osé, un mode opératoire intrigant pour, au final, continuer à rêver une fois le marchand de sable passé.

  Quand l’on sait que le Sahara est un immense désert de plus de 8,5 millions de kilomètres carrés à cheval sur une dizaine de pays africains et que Titouan Lamazou est un célèbre navigateur français, on est en droit de se demander ce qui relie les deux. En effet, comme l’indique le sous-titre de l’exposition, elle est réalisée « avec » ce dernier. Ce serait vite oublier que, d’une part, Titouan Lamazou est un grand voyageur ayant sillonné ce désert, et qu’il est également artiste ; d’où l’opportunité de présenter ses œuvres dans un musée, si le thème s’y prête, comme ici. D’autre part, la terre touche toujours la mer à un moment donné. Ces deux univers sont ainsi, de fait, connectés. De connexions, il est justement question dans le Sahara, et à plusieurs niveaux, comme le laissent présager les mondes connectés de l’exposition, choisis par le triptyque formé par le navigateur, la conservatrice du MAAOA, Marianne Pourtal Sourrieu, et Charles Grémont, historien à l’Institut de Recherche pour le Développement. Si, en amont de la visite, le dialogue s’est donc réalisé entre art et science, nous retrouvons cet échange lors d’une visite aussi surprenante qu’instructive, où se mêlent peintures à l’huile et photographies de Titouan et objets anthropologiques. Quand le citoyen lambda pense Sahara, les mots qui lui viennent à l’esprit sont probablement sable, chaleur, vent, immensité, voire enlèvement ou terrorisme. Des mots qui, a priori, excluent la possibilité de vivre longuement sur un tel territoire. Plusieurs repères nous rappellent ici la difficulté de vivre dans le désert. Traverser est une épreuve, Combattre et dialoguer sont parfois nécessaires, notamment en raison de la rivalité entre tribus. Et pourtant… Sans passer sous silence ces évocations et leur illustration en photos et vidéos, la vie se découvre au gré de la visite avec des mots-clés inattendus. Dès l’entrée, une vidéo du désert montre que la végétation n’a pas dit son dernier mot avant que des traces de pas, de pneus, des vestiges de stèles, et des peintures de paysage réalisées par Titouan, avec ses textes écrits à la main, ne se dévoilent. L’impression de vide, d’absence de vie, s’estompe peu à peu alors même que des bruits de tambours touaregs se mêlent à ceux du vent. Mais la vie ne se donne pas ici, elle se gagne en se déplaçant. C’est l’immobilité qui tue. La circulation crée l’histoire. Et quand bien même, les caprices du climat ont poussé beaucoup de nomades à se sédentariser, quitte à chercher de l’eau à cent mètres de profondeur, la transhumance des troupeaux reste incontournable. Encore une preuve de connexion indispensable, cette fois entre l’homme et l’animal qui lui donne nourriture et cuir. Bien entendu, la mobilité n’est pas permanente et les arrêts s’avèrent également nécessaires. L’occasion de méditer en profitant de l’absence de bruits urbains polluants, ou de faire une rencontre commerciale ou simplement conviviale autour d’un bon thé ; autre grande tradition du désert. La finesse du matériel utilisé pour le servir, comme celle des piquets de tente ou d’un sac à vêtement, viennent nous rappeler que sous terre se trouve peut-être du minerai précieux, mais que l’artisanat du désert en est sa richesse sur terre. Un coffret en sel et une parure en or évoquent à nouveau de réelles connexions. Ces dernières ont d’ailleurs été finalement gagnées par la modernité puisque smartphones et clés USB côtoient aujourd’hui les échanges par manuscrits et chameaux.   De manière fort astucieuse et un brin ludique, le dernier mot-clé de l’exposition est Mirage. Popularisé, notamment, par le capitaine Haddock qui prend Tintin pour une bouteille de champagne dans le Crabe aux pinces d’or, il traduit une vision mensongère dans le désert qui peut mener à la désorientation. En guise de clin d’œil, un exemple de fausse promesse est ainsi donné par une voiture remplie de bidons d’eau. Mais la folie qui peut nous gagner correspond surtout à une déconnexion. Le message est passé. Restons connectés pour rester vivant.  

Guillaume Arias

 

Sahara, mondes connectés : jusqu’au 1/09 au MAAOA – Musée d’Arts Africains, Océaniens, Amérindiens (Centre de la Vieille Charité – 2 rue de la Charité, 2e). Rens. : 04 91 14 58 80 / https://vieille-charite-marseille.com/