C’est avec une certaine émotion que nous fêtons les cinq ans d’Amorce. En comptant cette édition 2024, vingt photographes ont montré sur les murs de Maupetit Côté Galerie des travaux en cours de création. En effet, Amorce a la particularité d’exposer des cheminements créatifs pas encore aboutis, dont les prémices concentrent déjà une force visuelle évidente. Pour marquer le coup, une fois n’est pas coutume, un thème a été choisi : la rencontre, exprimée par le champ lexical du portrait. Mélania Avanzato, Véronique Esterni, Julie Fuchs, Nadine Jestin, sont « allées à la rencontre de... », provoquée par le hasard, la curiosité, un besoin vital, la solitude. Quel que soit le déclencheur qui crée une rencontre, le commencement est toujours une aventure qui nous met hors de nous-même. C’est un beau risque à courir.
— Flore Gaulmier
Mélania Avanzato travaille comme portraitiste depuis près de 15 ans pour la presse littéraire et développe parallèlement des séries documentaires et poétiques qui interrogent nos perceptions profondément liées aux territoires qui nous entourent et nous traversent. La rencontre avec Mélissa, au cœur de cette série Présente, donne à penser un contre modèle rural à nos représentations d’une jeunesse légitimée, urbano centrée.
Tous les silences ne font pas le même bruit. C’est l’histoire d’une rencontre avec l’étang de Berre. Comme beaucoup, je croyais connaître ce territoire industriel marqué et malmené depuis longtemps. Or un jardin dérisoire et merveilleux s’est pourtant installé ici. Il est un tout à atteindre. Il faut poser de petites touches les unes à coté des autres, pour que l’ensemble se révèle. Ces kilomètres de rivages possèdent leur individualité propre. Ils échappent à l’absorption dévastatrice imaginée. Voilà leur force et leur caractère, avec humilité. Ma photographie raconte des histoires qui s’attachent aux liens qui unissent les femmes et les hommes à leur milieu, à leur adaptabilité et leur capacité à dépasser leurs déterminants.
À l’été 2023, après une dizaine d’années d’activité comme photographe de commande, je ressens l’intense besoin de retrouver une écriture personnelle. Une masterclass menée par Martin Bogren dans un petit village du Lot me redonne souffle et élan. J’en ressors bouleversée, avec le sentiment de m’être rencontrée moi-même et celui d’une relation inédite à ma photographie. 49, travail en cours, est le fruit de ce regard nouveau. Il questionne mon identité et ce que je pressens du chemin à venir.
Nadine Jestin, née à Brest en 1980, lauréate du tremplin jeune talent du festival Planches Contact à Deauville en 2020 (Série Flagrant délit d’émoi). Je vis à Marseille depuis 2019. Ma démarche mêle photographie, écriture et installation. Je (te) crois interroge ce qu’il y a de sacré au sens laïc du terme dans la femme d’aujourd’hui. L’image qu’on attend d’elle est aussi lisse et parfaite que son parcours réel est chaotique et initiatique. Ces icônes contemporaines illustrent la force et la foi qu’elle puise dans son vécu, dans ses valeurs et dans ses idées.
Aline Memmi