Éric Bourret - Flux

Photos. Dans le cadre du festival Photo Marseille

"Voir requiert excès d'attention ; et, sans doute, de savoir épuiser son regard."

— Olivier Domerg, 2004 - Nous ne savons rien du paysage (extrait)

 

FLUX (2010 > 2020)
L'exposition FLUX sera composée de 13 séries réalisées entre 2010 et 2020 par Eric Bourret. Elle sera présentée dans les 4 salles du rez-de-chaussée du Centre de la Vieille Charité (surface totale supérieure à 600 m2) du 28 octobre 2021 au 27 février 2022. Une installation monumentale sera également présentée dans la chapelle pendant toute la durée de l'exposition.

Associée à l'exposition, une programmation composée d'ateliers de pratique photographique, d'un workshop, de conférences / rencontres sera proposée au public.

Commissariat : Christophe Asso, Directeur du Festival Photo Marseille, et Nicolas Misery, Adjoint au Directeur des Musées de Marseille - responsable des expositions.

 

ÉRIC BOURRET

Né en 1964 à Paris, Éric Bourret vit et travaille dans le Sud de la France et en Himalaya.
Son œuvre d’«artiste marcheur », s’inscrit dans la lignée des Land-Artists Anglais et des photographes-arpenteurs de paysages. Depuis le début des années 1990, Il parcourt le monde à pied, traversant tout horizon à toute altitude, effectuant des prises de vues photographiques qu’il nomme « expérience de la marche, expérience du visible ». Dans ces images, Éric Bourret exprime les transformations sensorielles et physiques profondes que provoque la marche.
L’expérience du trajet parcouru exacerbe la perception et la réceptivité au paysage.
Au cours de ses marches, de quelques jours à plusieurs mois, selon un protocole précis qui détermine le nombre et les espacements des prises de vue, l’artiste superpose différentes vues du même paysage sur un seul négatif.
Ces séquences intensifient et accélèrent l’imperceptible mouvement des strates géologiques et figent l’éphémère temporalité de l’homme. L’accident, l’imprévu sont assumés dans ce concept de saisies photographiques aléatoires.
Cet éphéméride photographique désintègre la structure de l'image initiale et crée une autre réalité mouvante, sensible. L’image née de ce « feuilleté temporel » est vibrante, oscillante, presque animée. Elle témoigne d’une expérience subjective, ainsi qu’il le confie lui-même : « Je suis constitué des paysages que je traverse et qui me traversent. Pour moi, l’image photographique est un réceptacle de formes, d’énergie et de sens. »
Des séries plus factuelles insèrent date, lieu, durée, distance parcourue et transmettent ainsi le rythme et l’espace de ce carnet de marche.
Depuis 1990, son travail a fait l’objet de nombreuses expositions et acquisitions dans les musées et Centres d’art, en Europe, aux États-Unis et en Afrique, notamment the Finnish Museum of Photography à Helsinki ; the Museum of Contemporary Art of Tamaulipas au Mexique ; le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice ; le Musée Picasso à Antibes ; la Maison Européenne de la Photographie de Paris.
Entre 2015-20, il a participé à plusieurs expositions : la 56e Biennale de Venise ; Shenzhen Art Museum, Chine ; Joburg Contemporary African Art, Johannesburg ; l'Espace de l'Art Concret, Mouans-Sartoux ; Sapar Contemporary, New-York ; Xie Zilong Art Museum, Chine.

Le 27 janv., Rencontre à 18h avec Jean-Rémi Touzet (conservateur du patrimoine, Musée d’Arts de Nantes). Entrée libre

Centre de la Vieille Charité
Jusqu'au 27/02 - Mar-dim 9h-18h
5/9 € (gratuit dans la chapelle)
http://www.photo-marseille.com/
2 rue de la Charité
13002 Marseille
04 91 14 58 80

Article paru le mercredi 10 novembre 2021 dans Ventilo n° 454

Éric Bourret – Flux au Centre de la Vieille Charité

Walk on a wild side

 

Pour la première fois de son histoire, le Festival Photo Marseille investit le bel écrin de la Vieille Charité, avec les œuvres vibrantes de l’artiste marseillais Éric Bourret.

    Se qualifiant de photographe-marcheur, Éric Bourret explore le monde à la recherche de sites naturels, parcourant en moyenne deux à trois mille kilomètres à pied par an. Ses parcours à travers le monde, aussi bien sur les sommets himalayens qu’autour des calanques, lui permettent de composer des œuvres singulières influencées parfois par le land art. Chez Éric Bourret, on parle d’un processus de composition car, pour la plupart des œuvres exposées, le photographe superpose entre six et neuf instantanés et ne sait pas, avant de développer ou d’éditer ses images, si son travail le satisfera. Ce schéma créatif aboutit à une œuvre picturale exceptionnellement vibrante et pétillante. Le photographe cherche en permanence l’équilibre entre sa méthodologie quasi mathématique (nombre de prises de vue, nombre de pas entre chaque instantané...) et le fait de laisser agir le paysage dans l’objectif de son appareil. Le temps est un élément important pour l’artiste ; avant de commencer son travail de prises de vue, il arpente souvent les mêmes endroits pendant des jours, voire des semaines, afin de ressentir et « d’apprivoiser » le paysage. Pendant près de quatre mois, on pourra donc profiter des photos d’Éric Bourret prises entre 2010 et 2020 (dont certaines sont exposées pour la première fois) à travers plusieurs séries réparties sur 600 m2. La scénographie de Flux se veut immersive pour le visiteur : de grands formats de tirage, des cartels très discrets, un livret par visiteur ; cela renforce l’imprégnation des images de cette nature flamboyante si chère à l’artiste tout en laissant une grande place à l’interprétation des visiteurs. L’ancrage méditerranéen du photographe se ressent dans plusieurs séries à travers la Sainte-Victoire (avec une série très picturale) ou les vagues prises au large de Marseille. Cette dernière série s’avère bouleversante : le photographe nous fait plonger avec lui en mer ; nous y sommes ballottés entre apaisement et agitation. La retranscription du mouvement, si réaliste, peut malheureusement évoquer les drames qui ont lieu si près de nous en Méditerranée. Éric Bourret nous emmène également dans les Alpes, dans les chaines de l’Himalaya ou en Islande via une succession d’univers, minéral, aqueux ou boisé, naviguant entre céleste et spirituel, entre microcosme et macrocosme ou entre le réel et la photo. L’œuvre présentée dans la chapelle de la Vieille Charité (en accès libre) a été éditée spécifiquement pour le lieu et donne la pleine mesure de l’univers d’Éric Bourret. Ladite photo sert également de couverture au livre de l’exposition, auquel une attention particulière a été donnée (choix du papier, exploitation de la double-page, reliure), et dont la préface de l’artiste résume parfaitement son univers : « Je suis constitué des paysages que je traverse et qui me traversent. Pour moi, l’image photographique est un réceptacle de formes, d’énergie et de sens. »  

Romain Maffi

 

Éric Bourret – Flux : jusqu’au 27/02/2022 au Centre de la Vieille Charité (2 rue de la Charité, 2e).

Rens. : www.photo-marseille.com/