Agnès Mellon et Chrystèle Bazin - La Dent creuse

Parcours photo, vidéo et sonore autour du drame de la rue d'Aubagne. Dès 9 ans

Le 5 novembre 2018, trois immeubles s’effondraient dans le centre ville de Marseille, causant la mort de 8 personnes et créant une « dent creuse » entre le 61 et le 69 de la rue d’Aubagne. depuis, les Marseillais sont sous tension. Ce réveil des citoyens, Agnès Mellon et Chrystèle Bazin l’ont suivi au fil des marches, des colères, des revendications, des solidarités, des mobilisations et des affrontements. puis d’autres colères se sont mêlées : les gilets jaunes, les femmes, le climat, les lycéens. Elles ont alors décidé de capter l’expression symptomatique d’une colère plus large, imbriquant les pièces apparemment disparates d’un seul et même puzzle.

 

Cité des Arts de la Rue
Du 9 au 31/07 - 14h-17h
Entrée libre
https://www.lacitedesartsdelarue.net/
225 avenue Ibrahim Ali
13015 Marseille
04 91 03 20 75

Article paru le jeudi 5 novembre 2020 dans Ventilo n° 447

Indigne toit d’Anthony Micallef & La Dent creuse, cartographie de la colère de Chrystèle Bazin et Agnès Mellon

Misère aux poings

Alors que l’on commémore les deux ans du drame de la rue d’Aubagne, deux expositions en lien avec les effondrements et la question du mal-logement restent visibles pendant le confinement. Pour ne pas oublier.

  Ayant levé le voile sur les carences municipales en matière de logement, le drame du 5 novembre 2018 a aussi mis en évidence la capacité de mobilisation des citoyens marseillais. C’est ce dont témoigne La Dent creuse — terme qui fait référence, en urbanisme, à un trou dans une continuité d’immeubles —, fruit des travaux conjugués de Chrystèle Bazin et Agnès Mellon, déjà exposé l’an passé à la Salle des rotatives de la Marseillaise et qui prend place aujourd’hui sur les murs de la Mairie 1/7. Avant tout citoyennes et marseillaises, la journaliste et la photographe ont d’abord été sidérées, puis insurgées contre le laxisme municipal. Avant de décider de se mobiliser pour rendre visibles le combat contre le mal-logement, en montrant et en faisant entendre les élans de solidarité et la mobilisation citoyenne qui ont suivi les événements. À partir de captations sonores et de photos, Crystèle Bazin et Agnès Mellon donnent voix et corps à tous ces Marseillais révoltés qui ne faisaient plus qu’un lors des marches et des manifestations contre le mal-logement. Leurs mots témoignent d’un ras-le-bol citoyen qui va au-delà de la question de l’insalubrité, condamnant l’incurie généralisée de la mairie sur les questions sociales. En déambulant entre les installations, on comprend la volonté de montrer une vision collective de la souffrance. L’exposition fait ainsi écho à celle d’Anthony Micallef, installée sur la façade de l’Hôtel de Ville et tout le long de la place Bargemon. Il s’agit cette fois de rendre visible toute une population, les plus de 4000 « délogés » soudainement mis à l’écart, parfois relogés à l’extérieur du centre-ville ou dans des hôtels peu adaptés et qui, pour nombre d’entre eux, n’ont pas encore retrouvé un lieu de vie décent. Fruit d’un travail de longue haleine, l’exposition Indigne Toit s’attache aux parcours individuels, donnant un visage à ces personnes qui ont tout perdu ou presque. Soutenue par la Fondation Abbé Pierre, elle dénonce avec justesse, via des images de bouts d’immeubles incendiés ou vétustes, les conditions de vie insoutenables de nos concitoyens, pointant les défaillances du système. Gageons que la nouvelle municipalité, qui offre ses murs à ce reportage photographique poignant, ira au-delà de ce symbole déjà fort, et tiendra sa promesse de « réparer, construire et rassembler pour ne jamais effacer de nos mémoires ce que [ces photos] nous racontent. »  

Cécile Mathieu