À deux

Œuvres de la collection privée de Gustavo Giacosa et Fausto Ferraiulo : Carlos Alonso, Hans Bellmer, Franco Bellucci, José Benito, Marcelo Bordese, Alexandre Calder, Aloïse Corbaz, Éric Derkenne, Geert De Taeye, Janko Domsic, Elliot Erwit, Giovanni Galli, Santiago Garcia Saenz, Irène Gérard, Pietro Ghizzardi, Céline Guichard, Jean-Michel Hannecart, Carlos Herrera, Josef Hofer, Christine Jean, Jadranka Kalenic, Marcel Katuchevsky, Edmund Kesting, Giampaolo Khöler, Mauro Macchioni, Dwight Mackintosh, François Malingrëy, Josef Nadj, Michel Nedjar, Marilena Pelosi, Manuela Sagona, Marcello Scarselli, Friedrich Schröder Sonnenstern, Ghyslaine et Sylvain Staëlens, Charles Steffen, Oscar Suarez, William Tyler,  Dominique Théâtre, Marcelo Torretta, Eugene Von Bruenchenhein, Carlo Zinelli et photographes non identifiés du XXe siècle

À l’image des mondes ou des champs artistiques qui traversent la production et l’existence de Gustavo Giacosa, l’exposition À deux mêle une multiplicité́ de doubles, de couples, de paires, de dualités, de contraires... L’exposition propose une réflexion sur la place prise par le double autour de nous, sur sa symbolique, sa valeur poétique et existentielle. 

À l’origine de cette exposition, il y a une collection, celle de la vie d’un couple : Gustavo Giacosa, metteur en scène et commissaire d’exposition et Fausto Ferraiuolo, pianiste et compositeur. Inséparables, ils ne tracent pas de limite entre leur création partagée et leur vie personnelle. Au centre se place leur collection Puentes (au-dessus des frontières, des « ponts »). C’est un ensemble d’œuvres d’art murement pensé : chaque nouvelle pièce y entre selon un principe de cohérence, de réponse, d’écho ou même de reflet avec une oeuvre précédente. Chacune prend sens, à l’image d’un singulier palimpseste qui se laisse découvrir par strates et où chaque œuvre porte en elle un peu de la dernière arrivée. Giacosa et Ferraiuolo ont décidé́ de tendre le fil de leur collection autour de trois thématiques : les jeux de miroirs et le dédoublement du Moi, le rapport entre écriture et dessin, le corps comme coffre-fort de la mémoire de l’homme. Ces thématiques qui encadrent la collection sont aussi celles qui caractérisent et influencent leurs créations théâtrales, leitmotiv régissant leur univers artistique dans son ensemble. 

Ce travail de glaneurs artistiques est habité́ par un engagement fort se traduisant par la volonté́ de défendre les artistes qu’ils rencontrent. Ils contribuent à la valorisation posthume de certains, ils encouragent à la découverte d’autres. Une forme de compagnonnage se met en place et c’est pourquoi certains artistes présentés ici ont déjà̀ habité la Galerie Zola d’Aix-en-Provence, lors de l’exposition La Maison en 2017. Ce fut l’occasion de rendre visible cette collection privée pour la première fois, mais aussi de confirmer sa vocation première : s’offrir au public, être partagée.

En 2008, Gustavo Giacosa présentait à Gênes une exposition intitulée Due ma non due (Deux mais pas deux) qui s’intéressait aux conséquences de la désinstitutionalisation psychiatrique en Italie dans les années 80 ; réforme qui, entre autres, a encouragé́ l’ouverture d’ateliers artistiques -non thérapeutiques- dans les hôpitaux. Il s’est alors intéressé au dialogue potentiel entre l’art des patients et la production des artistes animant ces ateliers. Cette confrontation constituait une manière d’illustrer les liens possibles entre créateurs d’art contemporain et créateurs d’art brut. Depuis, Gustavo Giacosa n’a cessé́ d’interroger l’origine et les motivations de l’œuvre d’art et c’est suivant un même élan que l’exposition À deux propose encore une fois des artistes issus de tous horizons ; de ce que l’on se plait à nommer « les marges » jusqu’aux-cimes de la reconnaissance. 

En abordant la thématique de la dualité, Gustavo Giacosa questionne la valeur symbolique du nombre « deux » qui, du mythos au quotidien, accompagne la vie de l’homme et fascine les artistes. 

Pour les créateurs d’art brut les représentations de la dualité́ font souvent écho à une fracture intérieure, une fracture du monde qui les constitue. Par un dépassement de cette scission originelle, ils se bâtissent une mythologie personnelle dans laquelle le « deux » parachève l’utopie d’un monde symétrique et parfait. Le double dans l’art brut renvoie à une forme de verticalité́ qui relie l’auteur au divin dans un rapport d’intimité́ exclusif. Parfois survient la figure d’un alter-ego qui concentre toutes les obsessions de l’artiste et lui ordonne d’exécuter l’oeuvre. 

Dans l’art contemporain, l’artiste inscrit volontairement son travail dans l’histoire de l’art. Un rapport horizontal de dialogue, d’opposition ou de continuité́ s’engage avec ses pairs. L’artiste traverse alors son oeuvre comme un miroir dont il se sert parfois comme d’un outil d’auto-analyse. 

L’exposition À deux se pense comme un spectacle visuel dont les artistes, d’origines différentes, composent une dramaturgie d’ensemble habitant deux salles de la Cité du Livre d’Aix-en-Provence : la Galerie Zola et l’espace d’exposition de la Bibliothèque Méjanes. Pour cette occasion, le pianiste Fausto Ferraiuolo et le saxophoniste David Sauzay ont composé une installation sonore permanente. L’album qui accompagne cette publication témoigne de la rencontre entre ces deux artistes. 

Poursuivant des sections thématiques, l’exposition se structure en plusieurs scènes qui constituent un ensemble de déclinaisons du double. Parce que le double, dans toute sa complexité́, touche tant à la multiplicité́ qu’à l’unité́ (deux moitiés forment une unité́), au dédoublement qu’à la synthèse, au reflet fidèle qu’au simulacre, à l’opposition qu’à la complémentarité́... et ces virtualités du double sont encore infinies.


Galerie Zola
Du 17 janv. au 7 mars : mar, mer, jeu, ven, sam 13h-18h Mar-sam 13h-18h
Entrée libre. Entrée libre
http://www.citedulivre-aix.com/
8/10 rue des Allumettes
Cité du Livre
13100 Aix-en-Provence
04 42 91 98 88