Félix Pinquier et Marie-Noëlle Devere - Offshore / Quai-Main-Grue

Installations

Double restitution de résidence des artistes Marie-Noëlle Deverre et Félix Pinquier (Normandie, Paris). Pour Félix Pinquier, co-production avec l’association Voyons Voir – art contemporain et territoire

S’imprégnant de l’identité historique et culturelle de Port-de-Bouc de mars à septembre 2019, Marie-Noëlle Deverre et Félix Pinquier proposent une mise en perspective nouvelle des fonds artistiques et archivistiques de la commune, dans le cadre du dispositif participatif « Les Nouveaux Collectionneurs de Port de Bouc », de la programmation de résidences de Voyons Voir – art contemporain et territoire (co-production au cœur du chantier naval Borg de Marseille) et de « Des marches, démarches » initié par le FRAC PACA.

En résulte deux expositions. D’une part, Offshore/ Quai-Main-Grue au Centre d’arts (en intérieur et dans le parc) révélant toute la nature des recherches de Marie-Noëlle et de Félix, l’une sur la gestuelle poétique du travail, l’autre sur la formalisation conceptuelle des savoir-faire, en résonnance avec l’histoire et la collection de Port de Bouc. D’autre part, une œuvre spécifique de chacun des deux artistes intègre l’exposition parallèle « Odyssées » à l’espace Gagarine, en partenariat avec l’Artothèque de Miramas et le Fonds Régional d’art contemporain.

Marie-Noëlle Deverre : 

Au travers différentes pratiques l’artiste élabore des passerelles pour relier l’imaginaire naval à la réalité incarnée du corps marin. Après avoir côtoyé des travailleurs de la mer, elle se réapproprie leurs gestes pour constituer une chorégraphie ouvrière en métamorphose. Ces dessins mouillés-séchés viennent questionner le corps imprégné de mer : le corps en chair et le corps imaginé – le sien et celui de l’autre.

Félix Pinquier :

Offshore, littéralement « en dehors des cotes », est un projet qui met en relation deux sites que l’artiste a pu explorer lors de sa résidence croisée entre le Chantier Naval Borg et le Centre d’art Fernand Léger.  A travers une installation de structures et de surfaces qui agrègent des images d’archives, des textes et des objets, l’artiste introduit des questions politiques et sociales qui se dégagent de la confrontation de deux univers opposés – le chantier artisanal de Denis Borg et le très industriel Chantier Naval de Provence aujourd’hui disparu. Il s’interroge de cette manière sur l’économie de production industrielle contemporaine, post-industrielle et artisanale, en ouvrant une problématique plus vaste, celle de la place de l’artiste bricoleur, poète fabricant, face à la figure de l’ingénieur et à celle de l’artisan.

www.centrefernandleger.com


Centre Fernand Léger
Du 20 sept. au 15 nov. : lun, mar, mer, jeu 14h-18h - ven 19h- et 14h-18h Lun-ven 14h-18h
Entrée libre. Entrée libre
https://pareidolie.net/La-Saison-du-Dessin-2019-1
Château Saint Gobain - 1 avenue du Général de Gaulle
13110 Port-de-Bouc
04 42 43 31 20

Article paru le mercredi 3 juillet 2019 dans Ventilo n° 432

La rentrée art contemporain à Marseille

Passons aux salons

 

À la fin du mois d’août, depuis quelques années, les professionnels de l’art contemporain se retrouvent à Marseille pour un week-end arty. Trois foires dédiées à leurs médiums ouvrent leurs portes aux collectionneurs et amateurs d’art durant trois jours, auxquelles sont associés des événements privés ou publics. À la fin de l’été, tous les chemins de l’art mènent à Marseille…

  « Passé d’une vingtaine à plus de 250 en quelques années, le nombre de foires d’art contemporain explose dans le monde, mais plus particulièrement dans les capitales traditionnelles du marché de l’art », expliquaient Elisabetta Lazzaro et Nathalie Moureau dans Le Journal des arts en mai 2018 ((https://www.lejournaldesarts.fr/auteur/elisabetta-lazzaro-et-nathalie-moureau-137874)). Si les foires se répandent, leur multiplication n’indique pas pour autant que plus de gens accèdent à l’achat d’une œuvre d’art, mais que ceux qui pouvaient déjà y prétendre peuvent y prétendre davantage et toujours plus… Il n’empêche que la prolifération des foires leur ferait perdre de leur charme et finirait par provoquer un rejet de la part du collectionneur passionné, entrainant dans une situation économique absurde le galeriste, qui ne peut plus assumer un stand supplémentaire et les frais inhérents... C’est peut-être pour cette raison que nos trois foires locales gardent l’affection des collectionneurs, des galeristes et de la presse spécialisée, qui n’ont de cesse de vanter le plaisir de venir à Marseille à la fin de l’été. Michel Rein, qui affirme ne jamais vouloir participer à une foire, n’était-il pas présent l’année dernière sur Paréidolie ? À n’en point douter, le plus ancien de ces trois salons, Art-O-Rama aura joué un grand rôle dans ce succès local, ainsi que dans la décision de la délégation Manifesta d’installer l’événement à Marseille l’an prochain, en instaurant dans la cité phocéenne une dynamique du marché de l’art que les spécialistes ne manquent pas de relever. Il y une dizaine d’années, la plus petite foire de France se lançait dans cette aventure, suivant les pas d’Art Dealers et de Roger Pailhas. Art-O-Rama s’inscrit depuis dans le calendrier tendu des amateurs d’art qui sillonnent le monde pour demeurer à la page de la création contemporaine… Cette année, le salon recevra trente galeries en provenance de Londres, Berlin, Istanbul, Milan ou encore New York, à la pointe de l’avant-garde pour la plupart d’entre elles et toutes à l’origine d’un projet curatorial innovant. Du côté de la Joliette et pour la deuxième année, le seul salon dédié à la photographie contemporaine en dehors de Paris, Polyptyque, qui dévoilera l’intégralité de son programme pendant les rencontres d’Arles, accueillera sept galeries, dont une marseillaise, la Double V Gallery, déjà carte blanche l’année dernière au salon du dessin. Si Polyptyque assume un format réduit, il n’en reste pas moins ambitieux et très ouvert sur le monde, puisque que les six autres galeries nous arriveront de Malmö, Marrakech, Paris et Hambourg. Dans un souci de complémentarité parfaite et sûrement d’équité, Polyptyque garde pour la scène locale une place de choix puisque cette année encore, cinq artistes vivant et travaillant à Marseille verront leurs travaux exposés durant le salon et au-delà : Michaël Duperrin, Léna Fillet, Rose Lemeunier, Karine Maussière et Michaël Serfaty sont les cinq lauréats des seize artistes en lice pour le prix Polyptyque 2019, bénéficiant d’une exposition en avril dernier au Centre Photographique Marseille. Magali Avezou (Archipelago Project) sera, pour la deuxième année consécutive, la commissaire de la sélection consacrée à l’édition d’art européenne. Après son incartade au J1 l’année passée, Paréidolie retrouve les cimaises du Château de Servières et le format prisé par les galeristes et les collectionneurs de dessin. Quatorze galeries ont été sélectionnées cette année par un jury présidé par Jean de Loisy, ancien directeur du Carré d’Art de Nîmes, conservateur de la Fondation Cartier et du Musée national d’art moderne de Paris, encore récemment directeur de Palais de Tokyo puis fraichement nommé à la direction de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris par le ministre Franck Riester. Célèbre producteur et animateur des émissions consacrées à l’art contemporain sur les ondes de France Culture, Jean de Loisy succède à Chiara Parisi, qui demeure dans le comité de sélection, dans lequel Julie Crenn fait son entrée cette année — ce qui explique peut-être une belle présence féminine cette année sur les stands. Le nouveau président a souhaité marquer cette invitation en demandant aux galeristes sélectionnés d’ajouter un artiste émergent aux artistes prévus sur leur stand. Les galeristes mettent donc en lumière l’émergence et l’ouverture à de nouvelles formes économiques pour continuer à vendre du dessin, avec notamment la présence sur le salon de la galerie en ligne Moka. Du côté de la scène locale, Gilles Pourtier sera cette année l’artiste invité du comité de pilotage, tandis que deux cartes blanches seront offertes à Asphodèle - espace pour l’art, longtemps installé à Arles, et à la Cabane Gorgina (Marseille/Paris), excroissance au soleil du Salon Jeune Création à Paris. Directeur de la galerie Àngels Barcelona et du salon barcelonais Loop consacré à la vidéo, Emilio Alvarez aura en charge de proposer une sélection vidéo autour de la question du dessin. Toujours associée au salon, la Saison du Dessin commencera fin août pour s’achever fin décembre, nous emmenant vers Istres, Port-de-Bouc, Saint-Chamas, Châteauneuf-le-Rouge, Aubagne, Saint-Rémy-de-Provence et Aix-en-Provence. Les vernissages dans les galeries marseillaises (Territoires Partagés, Porte Avion, Où lieu pour l’art actuel, et Voyons Voir au Chantier naval Denis Borg) coïncideront avec la rentrée de l’art contemporain. Deux événements viendront la ponctuer : l’exposition de Samuel Rousseau aux Musée des Docks Romains et, surtout, l’exposition très attendue de Nicolas Daubanes au FRAC PACA. Le Monde ou rien réunira les dernières recherches graphiques de l’artiste, exploration de nouveaux matériaux inédits pour le médium et de nouveaux gestes. Nicolas Daubanes illustre à lui seul plusieurs des nouvelles voies formelles empruntées par le dessin contemporain actuel ; il en invente sans cesse tout en racontant avec notre histoire, dans ses heures les plus glorieuses comme les plus détestables… Ceux qui reprendront le chemin de l’école s’y instruiront peut-être : quelle autre plus belle façon de finir l’été ?  

Céline Ghisleri

 

• Art-O-Rama : du 30/08 au 1/09 à la Friche La Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e). Rens. : www.art-o-rama.fr

• Polyptyque : du 30/08 au 1/09 au Centre Photographique Marseille (74 rue de la Joliette, 2e). Rens. : www.centrephotomarseille.fr

• Paréidolie : du 30/08 au 1/09 à la galerie Château de Servières (11-19 boulevard Boisson, 4e). Rens. : www.Paréidolie.net