Instants Vidéo

32e édition du festival international d'art vidéo et performances : programmations vidéo, performances, lectures, conférences, tables rondes, débats... sur le thème "Effondrements/Soulèvements"

Le festival Les Instants Vidéo est né en 1988. Il est basé à Marseille (Friche la Belle de Mai) et intervient à la fois dans des lieux dédiés aux arts contemporains ou au cinéma, mais pas seulement. L’art ne doit pas être séparé de la vie, ni la vie de l’art.
Outre à la Friche la Belle de Mai, projections et expositions seront proposées dans les Galeries Populaires et Ephémères du SARA et l’ADPEI, dans l’hôtel Le Ryad et au Vidéodrome 2. Le festival sera aussi présent à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en- Provence, à la galerie Box de Milan et durant un mois sur la WEB TV Visual Container. Et pour finir, il se rendra en Ethiopie sur invitation du AVAF (Addis Video Art Festival) à Addis Abeba.
Pour sa 32e édition à l’automne 2019, le festival en prise avec la réalité tout à la fois locale (Marseille) et mondiale, historique et contemporaine, a choisi pour titre EFFONDREMENTS – SOULEVEMENTS. 
En 1969, Neil Armstrong fait les premiers pas de l’humanité sur la Lune. La même année, Nam June Paik fabrique un soutiengorge avec deux petites télévisions qui diffusent les images de cet exploit. Il le pose sur les seins dénudés de Charlotte Moorman jouant du violoncelle : « TV Bra for Living sculptures ». L’exploit est encore plus grand. L’art vidéo créé une constellation reliant l’érotisme, la technologie et le cosmos.
En 2019, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants (des milliers de Neil Armstrong) n’ont pas la possibilité de mettre un pied à terre. Ils échouent en mer à bord de leurs petits Apollo 11 miniatures. La planète et les rêves humains ont rétréci. Il n’existe que trois solutions pour ne pas sombrer dans les eaux noires du désespoir :
1) une ou des rencontres amoureuses
2) faire collectivement une révolution sociale émancipatrice
3) mener en permanence des actions poétiques et artistiques.
En ce qui concerne les points 1 et 2, les Instants Vidéo n’ont pas vocation à organiser de tels projets. Nous ne sommes ni des entremetteurs ni un Bureau Politique. Nous sommes juste une petite bande d’amants de la liberté, et à ce titre nous ouvrons grandes les portes de notre festival à toutes les propositions artistiques joyeusement soucieuses de rendre la vie plus intéressante que l’art.
L’art vidéo n’a ni dit son dernier mot, ni montré sa dernière image. Artistes de tous les pays, unissons nos films, installations vidéo et performances pour que chaque humain puisse librement marcher sur la terre, léger comme un cosmonaute dans l’espace.

Autre dates/lieux

À Marseille
Du 24 octobre au mardi 31 décembre 2019
Entrée libre. Entrée libre
www.instantsvideo.com
13000 Marseille

Article paru le mercredi 30 octobre 2019 dans Ventilo n° 436

Les Instants Vidéo

Vidéo Games

 

Pour leur trente-deuxième édition, les Instants Vidéo entrent en résonance avec le triste anniversaire du 5 novembre et le vent de révolte qui souffle en Catalogne, à Hong Kong,  au Liban, au Chili et en France. Images en phase avec un monde en ébullition dans lequel on assiste à une flambée de révoltes sociales dont certaines se voient réprimées à coup de balles réelles… Un festival résolument ancré dans la réalité, qui prend sa source à Marseille mais irrigue tout le territoire et bien au-delà.

  « L’art ne doit pas être séparé de la vie, ni la vie de l’art. » Si le festival affirme ce postulat dès les premières lignes de son dossier de presse, c’est qu’il applique ce précepte à sa programmation bien sûr, mais aussi et surtout à l’essence même des Instants Vidéos, qui se « pratiquent » dans des lieux d’art mais en dehors également, dans les galeries populaires et éphémères du SARA et de l’ADPEI, allant à la rencontre d’un public plus large. Depuis 1988, l’association Les Instants Vidéo Numériques et Poétiques est engagée dans une action militante portant à la fois sur l’initiation à la lecture d’image, la démocratisation de l’art, la défense et la promotion des artistes et de leur travail à l’échelle locale et internationale. L’équipe des Instants Vidéo, ce sont aussi des acteurs politiques qui n’hésitent pas à prendre position dans une époque où l’on constate chaque jour l’effarante tiédeur et la résignation d’une société qui s’émeut à peine devant des immeubles qui s’écroulent, des pompiers ou des manifestants, y compris adolescents, que l’on réprime à coups de flash-ball et autres armes non létales dignes d’un jeu vidéo mais pourtant bien réelles dans la septième puissance mondiale, la France. Nous ramener à ce principe de réalité n’est donc pas chose vaine, et c’est ce que les 192 œuvres de cette trente-deuxième édition, issues de 49 pays et pensées par 180 artistes, tentent de faire en évitant d’accabler le spectateur, mais en lui demandant de regarder les choses de ce monde en face pour l’imaginer autrement et passer à l’acte d’une reconstruction, voire d’une déconstruction. Le festival se déroule en plusieurs temps. D’abord avec l’exposition Effondrements / Soulèvements à la Tour Panorama de la Friche, qui rassemble vingt installations vidéo internationales dont l’objet serait de montrer que « quand les espoirs, les maisons ou les corps s’effondrent, l’art est le rebond. » On y retrouve notamment Tombe (avec les mots) de Robert Cahen ou Marche de la colère de Brut TV, exposant au titre d’œuvre d’art une émission de télé comme on les aime, quand elle renoue avec son médium, filmant en direct l’une des manifestations qui ont suivi l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne. Cette vidéo est mise en écho avec Bergen à Oslo, long travelling de 7h14 dans un train. Du 8 au 10 novembre à la Cartonnerie, on pourra voir les trois installations du Collectif Ornic’Art, Denis Cartet (Digital Borax) et Naod Lemma, mais également toute la programmation du festival, avec des vernissages, des performances, des échanges avec les réalisateurs, des discussions et des films réunis selon des thématiques telles que « La dialectique de l’ordre et du désordre », « Pour Chantal duPont. L’art de l’envol », « La Lune, la télévision et Dziga Vertov », etc. Lors de la soirée inaugurale sera projeté le dernier film de Jean-Luc Godard, Le Livre d’image (Palme d’Or spéciale du Festival de Cannes 2018), ovni sculptural et cinématographique écrit comme un hymne aux artistes faiseurs de formes et de sens. Le film sera précédé de Sang titre, un message adressé aux Palestiniens que Leïla Shahid représentera lors de cette soirée d’ouverture placée sous l’union de Marseille, Ramallah et Gaza, trois villes qui s’effondrent et se relèvent…   Trente-deux ans que les Instants Vidéo nous abreuvent d’images qui nous grandissent, nous mettent face à des écrans qui nous (r)éveillent, face à des films d’artistes qui racontent le monde dans ce qu’il a de plus complexe et de moins manichéen. Trente-deux ans de travail et d’action pour réunir le champs de l’art et celui du champ social, car l’aventure se vit aussi dans le centre de réinsertion dit le SARA tout comme à l’École des Beaux-Arts d’Aix, dont le directeur, Christian Merlhiot, également réalisateur, doit être particulièrement attentif à cette forme qu’est l’art vidéo — dont les trois actes fondateurs datent de 1963, quand Nam-June Paik exposait ses 13 distorted TV sets lors d’une expo Fluxus, que Wolf Vostell proposait un « film d’artiste » reprenant sur une pellicule des images de télévision déformées, lacérées ou déchirées (Sun In Your Head) et que Jean-Christophe Averty moulinait un bébé dans un presse-purée. Assemblage, découpage, collage… l’art vidéo utilise les mêmes gestes que le dessin ou la sculpture, les matériaux étant tout à la fois l’image et les supports de l’image.  C’est un médium qui se réinvente sans cesse, et cette troisième édition nous le prouvera certainement. Car Marseille n’est pas seulement la ville où les immeubles d’effondrent, c’est aussi celle qui accueille ce festival et les gens qui le font vivre…  

Céline Ghisleri

 

Les Instants Vidéo : jusqu’au 31/12 à Marseille. Rens. : www.instantsvideo.com

Grand week-end de programmation internationale d’arts vidéo et numériques : du 8 au 10/11 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 3e).

Le programme complet des Instants Vidéo ici