Cumbia Chicharra

Portrait : La Cumbia Chicharra

Rythmes de vie

 

Une dizaine de jours ont passé depuis son passage à la soirée Global Local en guise de préambule à la Fiesta. Le temps pour la Cumbia Chicharra, orchestre marseillais incontournable, d’annoncer un album pour l’automne 2016 et d’en dévoiler les grandes lignes. Avant-goût.

 

La Cumbia Chicharra, ou « Cumbia Cigale », n’a pas la prétention de revendiquer un nouveau style. Pour autant, désireux d’assumer progressivement cet éclectisme dans une démarche d’expérimentation empirique, ses dix membres, tous multi-instrumentistes, ne manquent pas d’y introduire des notes d’afrobeat, des Balkans, du reggae ou de musiques éthiopiennes…. Véritable collectif autogéré, le groupe n’en était pas, ce soir-là au Dock des Suds, à son premier fait d’arme, loin de là : il a déjà foulé le sol de nombreux pays, totalisant ainsi plus de trois cents concerts. C’est aux abords d’une plage marseillaise qu’il voit le jour en 2001, dans cette ville qui sera le terrain idéal pour que germe cette envie de développer un courant encore peu démocratisé en Europe : la cumbia. Afin de combler ce vide, le groupe s’inspire donc des classiques traditionnels de cumbia colombienne, tout en se posant la question de sa propre légitimité. Les années passent et de nouveaux musiciens intègrent la formation, qui gagne en maturité. De quoi réaliser que cette légitimité ne se situe pas dans une sacralisation de ce qui a déjà été dit, mais dans la continuité de ce qui fait l’effervescence de la cumbia, lorsqu’elle s’enrichit de nouvelles singularités.
La cumbia ? Aux croisements des traditions amérindiennes, africaines et espagnoles, cette musique multiculturelle se veut originellement porteuse de valeurs universelles et d’abandon de soi. Une volonté mise en valeur par une danse des plus énergiques. De la cumbia villera (Argentine) à la cumbia peruana (Pérou) en passant par ses nombreuses variantes, la cumbia se définit comme une musique à la rythmique binaire, avec une accentuation portée sur le contretemps. Originellement, les joueurs constituaient l’épicentre des couples de danseurs qui décrivaient eux-mêmes des mouvements circulaires au centre de la place, éclairés d’une bougie, animant des grandes fêtes populaires (à Baranquilla, en Colombie), annoncées par un immense drapeau rouge placé au sommet d’un bambou. Fidèles à ces traditions, que ce soit par la conservation de certains instruments anciens (tambor alegre, tambora, accordéon diatonique et clarinette, etc.) ou pour sa vivacité, les musiciens de la Cumbia Chicharra prennent tout autant de libertés, que ce soit au niveau de la composition musicale (mélange de cuivres et d’accordéon, dialogue entre le tambour et le chant), de l’orchestration qui se détache de la théâtralité de certains groupes, qu’à travers l’introduction d’une nouvelle culture (vietnamienne par exemple, comme dans Comida China). Le tout dans un esprit déjanté pour transformer leurs prestations en défouloir, que le public ressente « les notes salées de sa propre sueur », comme en atteste leur précédent album, Sudor. Les paroles aussi gardent les aspects de la cumbia traditionelle, traitant de la vie quotidienne, de l’amour ou de la sensualité, dans une volonté d’aborder les sujets et les émotions dans la profondeur, comme la détresse (Asesina, inspiré du personnage Black Mamba dans Kill Bill) ou de la dualité homme/femme (Bajo el Pino, Mamita Rica, Chita). Profondeur véhiculée par un usage linguistique méticuleux et précis que l’on pourra retrouver dans l’album en cours de création. Un opus qui reprendra aussi avec humour certaines expressions chiliennes entendues lors de leur tournée dans le pays, l’été dernier.
Ainsi, la Cumbia Chicharra est actuellement à la recherche d’un label pour héberger cette nouvelle création, en partie enregistrée au Chili, mais cela ne l’empêchera pas de nous en proposer cet hiver un avant-goût sous forme de single quatre titres… De quoi rester à l’écoute.

Laura Legeay

 

Concert le 26/11 en soutien au Daki Ling (45 A rue d’Aubagne, 1er). Rens. : 04 91 33 45 14 / www.dakiling.com
Pour en (sa)voir plus : www.lacumbiachicharra.com