Sortir

aujourd'hui
demain
ce week-end
cette semaine
Musique Théatre et plus Danse Cabaret | Café-théatre | Humour Cirque | Arts de la rue Cinéma Expos Jeune public Divers Festivals Toutes les Sorties

L’interview – Jankenpopp dans le cadre de Micromusic #5 Do it yourself

Micromusic-jankenpopp.jpg

Cinquième édition, déjà, pour le surprenant festival Micromusic initié par les franges 8bit du Collectif Freesson, épaulées par l’Akwaba et La Gare de Coustellet. Parmi ces passionnés, ces bricoleurs de l’extrême les mains dans le futur : Jankenpopp, musicien, programmeur, vidéaste… Un artiste multimédia au cœur gros comme un pixel.

Il semblerait que la Micromusic soit plus un savoir-faire, une approche, qu’un genre à proprement parler… Comment en décrirais-tu l’esprit ? Quelle en est ta définition ?
Micromusic, chipmusic, 8bit, chiptune… Il y a beaucoup de noms différents pour qualifier cette musique électronique évoquant les sonorités des premiers jeux vidéo, produite avec des « ordinosaures » (Atari ST, Comodore 64), de veilles consoles de jeux (Gameboy première génération) et des instruments faits maisons à partir du recyclage, du bricolage (le plus souvent sur de vieux jouets) et de la reprogrammation de machines électroniques jugées obsolètes. Mais la scène Micromusic, c’est aussi des artistes vidéo, des graphistes, des plasticiens, des codeurs, des ingénieurs, des chercheurs… qui échangent énormément, et participent au bouillonnement artistique d’une scène internationale. Je pense que la Micromusic est une culture underground qui véhicule un esprit alternatif. C’est une histoire de détournement et de culture libre, un pied de nez à la société marchande et une invitation à se poser des questions sur l’ère numérique dans laquelle nous vivons. La plupart de ses artistes travaillent dans la lignée de l’esprit du « libre », du copyleft, du do it yourself (fais le toi-même)… Autant de valeurs essentielles à la démocratisation de l’art, de la culture et de la technique.

Qu’est ce qui t’attire tout particulièrement dans le circuit bending et le recyclage de jouets ? Comment es-tu entré dans cet univers ?
Le circuit bending (bricolage et le détournement de machines électroniques pour les transformer en instruments de musique, ou audio-visuels…) est pour moi une forme de création de lutherie numérique contemporaine. J’aime par-dessus tout l’idée de pouvoir créer soi-même son instrument avec un son et une manière d’en jouer uniques. En tant qu’artiste, le bending est une mine d’or de possibilités pour alimenter mon univers et me permet d’avoir de multiples configurations sur scène, au fil de mes envies et de l’arrivée de nouveaux instruments dans ma collection.
J’ai découvert le circuit bending lorsque j’étais étudiant aux beaux-arts. A cette époque, je programmais déjà mes propres logiciels et instruments sur mon ordinateur, mais c’est par la suite, en fréquentant des artistes de la locale et internationale comme Confipop, Eat-rabbit, Bitcrusher, Gijs Gieskes et aussi Archeopterix (NDLR : collectionneur/fournisseur d’instruments, qui expose ses machines à l’Alcazar et à la bibliothèque de Bonneveine jusqu’au 22 avril), que j’ai eu l’envie d’aller plus loin et commencé à produire des instruments plus aboutis.

Qu’elle est ta définition du Do it Yourself ? Est-il l’essence même de la Micromusic ?
Le Do it Yourself est une philosophie d’action qui encourage à cesser d’être consommateur ou spectateur de ce qui se passe autour de soi, afin de se dégager de la mouvance mainstream, mercantile, écologiquement et humainement stérile. Participer, débattre, échanger les savoirs et les connaissances, diffuser et partager librement la culture sont des aspects caractéristiques que l’on retrouvait, je pense, dans le mouvement punk originel, les débuts du hip-hop ou la première vague de free parties. Et que l’on retrouve également à l’ère du numérique dans la culture du libre, dans la micromusic, comme dans une multitude d’autres mouvements alternatifs actuels.

Micromusic #5 est un festival 8bit mais pas que : à l’image de Räuberhöhle, il contient également un esprit de carnaval punk décalé, un brin cosplay (1), amené par l’équipe Freesson… Peux-tu m’en dire un peu plus à ce sujet, ainsi que sur la genèse du festival ?
A l’origine, ce festival est un projet amené dans le collectif Freesson par Confipop (activiste 8bit, organisateur de soirées et fondateur du Micromusic Marseille HQ) et Vj Kissdub. Ils étaient tous les deux membres du collectif depuis des années et souhaitaient relayer la culture micromusic dans le Vaucluse. Comme dans tous les événements Freesson, on cherche à mélanger les esthétiques, à ne pas s’enfermer dans des cases, c’est donc naturellement qu’on a fait des liens entre la micromusic et d’autres scènes. En fait, à travers ce festival, on ne s’intéresse pas seulement à la micro mais également à des projets qui abordent les questions du détournement, du bricolage et du recyclage dans la création numérique contemporaine, et plus particulièrement dans le domaine du spectacle vivant et des musiques électroniques.

Sur le site du festival, on peut lire que « Jankenpopp est sans doute un des rares artistes qu’on pourra croiser un soir dans une cave mal famée dédiée aux punks de tous bords, et le lendemain au très select Centre Pompidou. » La micromusic est-elle à cette image, à la fois brute, roots et « plus branchée que le branché » ?
J’aime énormément cette culture et j’ai envie de la faire partager pour tout ce qu’elle véhicule. En revanche, je ne pense pas en être un artiste vraiment représentatif car je suis également bercé par d’autres influences très différentes. Ta question peut renvoyer à la devise de la micromusic, « Low-tech music for high-tech people », dans le sens où l’innovation, la richesse de cette scène réside d’avantage dans la créativité de ses acteurs que dans la surenchère de moyens technologiques dernier cri. L’anglicisme low-tech (basse technologie), par opposition à high-tech, est attribué à des technologies apparemment simples, économiques et populaires. Elles peuvent faire appel au recyclage de machines récemment tombées en désuétude.

Comment vois-tu l’avenir de la micromusic ?

Il y a actuellement une reconnaissance de cette scène qui s’accompagne aussi de récupérations commerciales, comme c’est souvent le cas dans l’évolution d’une mouvance culturelle. Je pense que les artistes micromusic continueront d’inventer des propositions alternatives. Je fais confiance à tous ses acteurs, les artistes, les labels indépendants, les amateurs de l’esthétique et de l’éthique chip, pour ouvrir ensemble d’autres horizons. La création naît souvent dans les marges.

Propos recueillis par Jordan Saïsset

Micromusic #5 Do it yourself : jusqu’au 27/03 à La Gare de Coustellet, au pub Z à Avignon et à l’Akwaba à Chateauneuf
de Gadagne (105 Quai des Entreprises, Maubec). Rens. 04 90 02 69 81 / www.aveclagare.org/micromusic

  1. Le cosplay est un mot-valise composé des mots anglais « costume » et « playin », une sous-culture japonaise et une pratique consistant à jouer le rôle de personnages (héros de mangas, de films, ou de jeux vidéo) en adoptant leur costume, leurs cheveux (avec une perruque) et leur maquillage. []