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La web-série Beard Club

Enquête à rebrousse-poil

 

Nouvelle arrivée sur les écrans 15 pouces, Beard Club revisite la série policière entre visions marseillaises et délire barbu. Vivement la suite !

 

C’est comme une évanescence, quinze minutes de flottement suspendu. Des jolies filles sont assassinées puis affublées d’une barbe. Sur le coup, un duo comique de flics barbus et une intrigue à deux niveaux, tel est le pitch simplifié de la web-série marseillaise pleine de promesses Beard Club.
Au commencement, une rencontre. « J’aime beaucoup ce que vous faites » : on ne sait pas bien qui a dit cela à l’autre tellement la connivence, l’entente artistique semble être fine entre le photographe Sébastien Nadau et le directeur artistique Pablo Pinasco. Acteurs, réalisateurs et barbus, donc, ils collaborent depuis 2012 à la création de films diffusés sur les internets sous le label We Are All Colors Blind. Courtes ou commerciales, leurs vidéos ont toutes cette exigeante beauté qui fait leur patte.
Pour Beard Club, l’absence de financement et d’un système de production trop contraignant s’avère être un mal pour un bien : sans budget extérieur et sans compte à rendre, la liberté est totale. Ecriture, caméra, montage et bientôt musique, tout est fait maison, pour un projet drôle et rafraîchissant qui leur appartient intégralement. Les images, construites comme des œuvres en soi, sont hypnotiques : couleurs solaires, lumière électrique, cadrage juste et précis. La haute qualité esthétique qui pourrait faire basculer dans une certaine idée de la hype est cependant dédramatisée par l’apparition du binôme à la gueule — et aux chemises — d’Hunter S. Thompson période Las Vegas Parano, la barbe en plus.
Personnage secondaire, Marseille est comme une lame de fond, elle inonde l’écran de sa luminosité si emblématique. La ville est perçue dans ses détails infimes, infusant la série de ses décors plastiques entre calanques et boulevards urbains. Jusqu’à inspirer le scénario : l’image construit le texte, la narration est parfois décousue et si une trame narrative existe (meurtre, retour sur les lieux du crime, course-poursuite et interrogatoire), on ne sait pas trop où l’on va — et les deux flics à barbe non plus. La voix lancinante comme un leitmotiv raconte l’intrigue à l’imparfait du subjonctif, la transforme en conte. Le texte fait preuve d’une poétique de l’absurde, confortée par les morceaux choisis d’une B.O. à la qualité rigoureuse.
Si la finesse de l’ensemble mérite une projection en grand écran, le format web permet néanmoins d’avoir sur son ordinateur ou son téléphone ces visions lumineuses à l’envi, alternative de choix à la banalité des images que l’on nous impose quotidiennement.
Le deuxième épisode fera l’objet d’une projection le 27 juin au Fantastique (76 boulevard Baille), tandis qu’une opération de crowdfunding permettra d’enrichir d’avantage ce travail d’orfèvre.
Ni vraiment web-série (trop longue), ni seulement court métrage, Beard Club est un très bel objet à part, une exception marseillaise.

Bérengère Chauffeté

 

Rens. : www.wearebeardclub.com / www.facebook.com/wearebeardclub?fref=ts