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Identité remarquable | Wake The Dead

Hardcore à l’ouvrage

 

Cela fait quelques années maintenant que l’on suit Wake The Dead. Dans la scène alternative locale, les groupes se font et se défont dans un mouvement perpétuel… peut-être plus vite qu’ailleurs. Ainsi, sept ans d’existence méritaient bien que l’on s’attarde un peu sur le phénomène, à la veille de la sortie de leur nouveau clip. Rencontre avec Nicolas et Guillaume, guitaristes fondateurs du groupe.

 

On ne peut pas dire que le punk hardcore soit un genre musical qui attire les foules… Pourtant, les tatouages sont maintenant à l’honneur, les chemises de bûcherons aussi. Ça doit être à cause du bruit. Les amateurs vous le diront, ce qui les rend accros, c’est l’énergie. Et écouter Wake The Dead, c’est prendre son shoot de taurine quotidien. On commence très jeune, puis c’est l’addiction. Bien que ses membres soient issus de l’activisme local (l’association Chavana pour l’organisation de concerts, le label/distro Bad Mood) et de groupes (Menpenti, The Anonymous Pregnants et Water Mane), ils veulent aller plus loin, plus vite, au sens propre comme au figuré : de la formation en septembre 2009 à la première tournée, il se passe à peine six mois. Depuis, les Wake The Dead ne sont toujours pas endormis et, avec ce patronyme, promettent même l’éternité. Une vitalité qui les voit revenir tout juste d’une tournée à Cuba. Marseille, l’Europe, l’Asie du Sud-Est, la Chine, le Japon… Le groupe a décidé d’évangéliser son hardcore aux quatre coins du monde : « Nous échangeons des plans et des contacts de booking auprès des groupes avec lesquels nous avons partagé la scène. Dans cet univers, la philosophie, c’est le DIY. Nous sommes en veille permanente à travers les concerts et les réseaux sociaux, et lorsqu’on a une actualité, on la diffuse au maximum dans l’objectif de monter des projets de tournées. On aime bien partir assez loin, dans des cultures différentes où, de prime abord, on pense que le punk hardcore n’existe pas, mais en fait, cette musique est écoutée et jouée dans le monde entier. Ça reste à un niveau underground, c’est le style qui veut ça, mais on trouve toujours des gens passionnés qui organisent des tournées. » DIY oblige, les membres du groupe s’autofinancent et partent durant leurs congés. « C’est nos boulots qui financent tout ça : il y a des gens qui se payent des voitures ou des vacances, nous, on investit dans notre passion et on fait de la musique. » Précisons que même en tournant beaucoup, le fameux régime d’intermittence concerne uniquement les dates payées en France, qui ont fait l’objet de cotisations de la part de l’organisateur (ce qui fait monter le cachet de l’artiste pratiquement du simple au double). Cela favorise évidemment les sphères musicales « bankables ». Dans le milieu underground, question de moyens, il est plutôt d’usage de rétribuer les groupes sans cotiser au régime. Vous l’aurez compris, dans cette zone grise, pas question d’espérer de résidences en SMAC, d’intermittence, de subventions. Qu’importe, le milieu punk et hardcore s’est fédéré autour de l’idée que, pour avancer, mieux vaut compter sur soi-même (et le réseau), et en fait même un gage de sincérité et d’indépendance.

 

Wake The Dead a sorti un premier album suivi d’un EP, en autoproduction, « avec l’aide de micro labels français ou européens qui participent à la production en échange d’une quantité de disques. Chaque label ayant son réseau, cela permet une diffusion étendue accompagnée d’une aide pour la sortie du disque. » Deux efforts qui s’ancrent de plus en plus dans la terminologie « modern hardcore », moins linéaire et abrupte que ses ancêtres old puis new school. Le modern hardcore aborde des sujets plus personnels et emprunte à l’emo des inclinaisons mélodiques dans la grande tradition de leurs mentors Comeback Kid (Wake the Dead est le titre d’une de leurs chansons). Une tendance qui s’impose sur Under The Mask, sorti l’année dernière. Douze titres qui oscillent entre énergie et introspection, propos personnels et sociétaux portés par la production de Polar Deer Recordings (un studio marseillais qui commence à faire du bruit, au sens propre comme au figuré) avec, en prime, une signature exclusive sur le label allemand Demons Run Amok. Pour son nouveau clip Song Of Storm, Wake The Dead a fait une fois de plus appel à Théo Sauvage, qui dynamise une simple balade urbaine (à la Friche) en mettant à profit son sens du cadrage, un travail sur l’image et le montage. Depuis ses débuts, le groupe a produit neuf clips, quatre avec le réalisateur montpelliérain « qui fait partie du réseau punk rock », comme autant d’outils utiles à la diffusion de leur musique. Parenthèse : dans un contexte de mondialisation des contenus, il n’est pas rare qu’un groupe puisse commencer à gagner de l’argent uniquement avec la diffusion de ses vidéos (sur Youtube, entre 0,5 et 2 euros toutes les mille vues), sans même avoir sorti de disques, ni fait de concerts (un fait bien illustré dans le documentaire de Viceland sur le rap marseillais). Une situation qui peut paraître aberrante mais qui, en même temps, court-circuite une industrie du disque frileuse et centralisée. De son côté, Wake The Dead utilise ces outils pour prendre la tangente. Ces vidéos ultra léchées et les réseaux sociaux permettent des connexions transcontinentales indispensables à l’organisation des tournées. Mais pas besoin de prendre l’avion pour les voir, il suffit d’être le bon jour au bon endroit : au Molotov ou dans la moiteur de la Salle Gueule…

 

Damien Bœuf

 

Dans les bacs : Under The Mask (Demons Run Amok)
Rens. : wakethedeadhardcore.bandcamp.com
www.youtube.com/user/wakethedeadhardcore