Ventilo n°293
du 8 au 21 février
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF
Publié le 07 fév 12 dans Expo

LAME de fond
Avec la Méditerranée pour cadre et l’âme voyageuse, la Galerie LAME entend faire bouillonner humblement le milieu de la photographie contemporaine.
Le lieu vient de naître. Dans cet espace sobre et modeste, les petits formats font le tour de la galerie comme autant d’escales du pourtour méditerranéen : Egypte, Syrie, Liban… Aux murs se mêlent, entre autres, les contemplations urbaines du photographe marseillais Geoffroy Mathieu, les femmes libyennes d’Axelle de Russé ou encore les questionnements de la Libanaise Dima Hajjar. De ces points d’ancrages et de réflexions se dégage la volonté affirmée des hôtes des lieux, Catherine Coudurier et Hervé Matras, de mettre à l’honneur la photographie contemporaine méditerranéenne, via cet espace d’exposition et d’échanges ouvert à chaque individualité et à la portée de tous. Ici, la photographie s’entend comme un art de proximité, un art populaire en somme…
LAME naissante est déjà tournée vers l’avenir : les futures expositions (qui devraient se succéder au rythme d’une par mois) portent déjà de belles promesses. On pourra ainsi y découvrir le photoreportage insolite de Vincent Lucas sur les Picasso noirs de Cuba. Parti sur les traces des cousins métisses du maître, le photographe est revenu avec une véritable aventure romanesque sur pellicule. Une façon de mettre en scène la face cachée du peintre en jouant sur sa ressemblance avec son descendant cubain aujourd’hui âgé de 79 ans, Juan Antonio Pascual Picassso, surnommé « Il Negativo ». La galerie mettra en avant la qualité de ce travail avec des tirages grand format sur bâches. Autre territoire à découvrir, celui des punks et des cagoles : vaste programme en perspective !
Du fond, de l’attraction et de la forme dès l’ouverture : la petite vague LAME est amenée à devenir grande.
Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Geoffroy Mathieu
La Méditerranée : jusqu’au 15/02 à la Galerie LAME – Lieux Arts Méditerranée Europe (81 rue St Jacques, 6e).
Rens. 06 63 03 36 41 / www.galerielame.com
Publié le 07 fév 12 dans Expo

Nouvelle donne
RLBQ renaît de ses cendres (ou presque) sous le nom de Tapis Vert Gallery. Pour inaugurer cette nouvelle ère/aire, David Oppetit invite la bande de Gilles Oleksiuk, Laura Laguillaumie, Balthazar Leys et Maxime Lacôme, j’ai nommé les Hérétiques Karting Buvard. Une exposition de bric et de broc, mais pas bancale du tout.
La ligne artistique de la Tapis Vert Gallery n’aura pas grand-chose à voir avec ce que l’on connaissait du temps de RLBQ (pour Reposer la bonne question). Désormais, le lieu se veut plus alternatif, mixant expositions et concerts.
Premier rendez-vous de cette nouvelle aventure, HKB IN TVG réunit donc les œuvres des quatre artistes de la rue Biskra, qui se partagent la première salle et font œuvre commune dans l’autre. En vrac et pêle-mêle, on y retrouve les peintures de Laura Laguillaumie, récemment vues à la Tangente, dans lesquelles taches et coulures colorées émergent de multiples couches de peinture grise. A côté, un dessin moins sobre donne une idée de ce qui se passe avant la phase de recouvrement. Maxime Lacôme accroche une série de dossiers de chaises et un grandiose totem/sapin de Noël élaboré avec des sacs de poulets rôtis. Quant à Gilles Oleksiuk, dont nous avions découvert l’an passé à Servières les si jolis Sexy Sushi (minutieuses brindilles pailletées), il dissémine un peu partout ses petites sculptures réalisées à partir d’objets du quotidien, défraîchis de préférence mais au potentiel plastique indéniable.
Au milieu de ce foutoir esthétique d’objets usuels détournés, récupérés, réinventés, Balthazar Leys ferait presque figure de peintre pompier avec deux toiles. La première décrit un passage avec une caravane ; l’autre, moins bigarrée, une piscine aux tons sourds, évoque plus le décor d’un film d’horreur que les piscines pop de David Hockney. Dans l’autre salle, on essaye de jouer au « qui a fait quoi » devant la sculpture géante et protéiforme que la bande des quatre a accrochée sur des cimaises de fortune : le lit qui se trouvait là, le vieux portemanteau du placard, etc. Une œuvre où se côtoient L’Origine du monde en tapisserie, les deux pandas chinois récemment arrivés en France, un 45 tours du groupe Téléphone, une croûte représentant un coucher de soleil (vraisemblablement) et, surtout, un portrait de Gilles Oleksiuk en petite tenue !
Texte : Céline Ghisleri
Photo : peinture de Laura Laguillaumie
Hérétiques Karting Buvard – HKB in TGV : jusqu’au 11/02 à la Tapis Vert Gallery (41 rue du Tapis Vert, 1er).
Rens. 06 77 61 09 97
Finissage le 11/02 à 19h avec un concert du Groupe de Bamako et de Moondawn
Publié le 07 fév 12 dans Expo

Paysrare
Le paysage traverse l’histoire de l’art tout en racontant celle des hommes. L’exposition C’était pas gai mais pas non plus triste, c’était beau se veut une traversée en territoire méconnu.
« Certains lieux, certains moments nous “inclinent”, il y a comme une pression de la main, d’une main invisible, qui nous incite à changer de direction (des pas, du regard, de la pensée) ; cette main pourrait être aussi un souffle, comme celui qui oriente les feuilles, les nuages, les voiliers. Une insinuation, à voix très basse, comme de qui murmure : regarde, ou écoute, ou simplement : attends.1) » Rester à l’écoute du sensible signifie, dans le dévoilement du sens des lieux, rendre compte de la perception, de la sensation, et non pas seulement par les sens, mais aussi par l’intellect (aisthesis). En effet, comment parvenir à renouveler ce genre autonome qu’est le paysage ? Eviter le cliché, le déjà-vu, l’insipide, et permettre de voir autrement, nous mettre face à une présence. Poser et présenter après s’être recueilli et avoir accueilli. A qui sait écouter, toute rumeur d’espace fait signe. Il s’agit en somme de parvenir à réaliser ce que Pasolini nommait « l’amitié des hommes et des lieux ». Parfois cela se dit ruine, ailleurs, cela peut se dire grâce. Grâce retrouvée avec Caroline Duchatelet et sa série sur les aubes, plans fixes dont le mouvement est donné par une lumière filmée qui vient dessiner et transformer le paysage. Lundi 8 décembre, l’enregistrement effectué ce jour-là, n’a pas été monté et ne sera pas présenté sous la forme d’un film. Seules cinq images en ont été extraites, cinq moments d’un lever de jour sur un champ, dont trois sont ici exposées. Autant d’images en devenir qui ne sont pas sans évoquer la pensée de Baudrillard : « Dans une image, certaines parties sont visibles, d’autres non, les parties visibles rendent les autres invisibles, il s’installe un rythme de l’émergence du secret, une ligne de flottaison de l’imaginaire.2 » Et l’image ainsi imprimée, plus qu’elle ne le fixe, vient immobiliser fragilement un mouvement. Des tirages numériques en noir et blanc, des images presque abstraites : deux masses horizontales, celle très obscure de la terre, celle plus claire du ciel, à différents moments de l’aube. Le papier mat, saturé d’encre pigmentaire, est proche d’un pigment pur, peu lié, fragile et peu fixé. Absorbée par le papier, l’encre devient poussière. De cette exposition collective, on retiendra Caroline Duchatelet, chez qui la perception et le sentiment de la nature sont d’une extrême délicatesse, véritable rituel d’accueil et d’attention. Elle renouvelle l’approche du paysage, s’inscrivant dans la pensée de René Char : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.3 »
Texte : Nathalie Boisson
Photo : Sans titre de Alexandra Pellissier (à gauche)
L île de Pierre Ardouvin (au centre)
A direct affront to a natural waterway de Lawrence Weiner (à droite)
C’était pas gai mais non plus triste, c’était beau, proposée par Sextant et plus et la Fondation Vincent Van Gogh : jusqu’au 10/03 à l’Espace Van Gogh (place Félix Rey, Arles). Rens. 04 90 49 94 04 / www.sextantetplus.org