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Retour sur <em>La Esclava</em> par la C<sup>ie</sup> RUDA (Les Hivernales) La Esclava © Thibault Gregoire

Retour sur La Esclava par la Cie RUDA (Les Hivernales)

A fleur de corps

 

Ayelen Parolin et Lisi Estaràs, deux artistes argentines vivant en Belgique, ont chorégraphié ensemble une autofiction, La Esclava, qu’on a pu voir au Théâtre des Doms en Avignon, dans le cadre des Hivernales. Un spectacle éminemment troublant entre dialogue intérieur et enfermements.

 

La Esclava réunit le vécu et les imaginaires de deux danseuses chorégraphes, Lisi Estaràs et Ayelen Parolin. La première travaille avec Alain Platel depuis plus de vingt ans au sein des Ballets C de la B, à la fois comme danseuse et chorégraphe. La seconde passe pour la nouvelle reine de la danse contemporaine belge et le titre n’est aucunement usurpé.
L’une et l’autre sont argentines et résident en Belgique. Pourtant, malgré ces points communs, leur collaboration a d’abord été de circonstance : Lisi a interprété 25.06.76, le solo autobiographique d’Ayelen, pendant que cette dernière était enceinte. La collaboration s’est ainsi transformée en une vraie rencontre, de celles où l’on se découvre au fur et à mesure que l’autre se révèle.
De là est née La Esclava, une pièce dans laquelle leurs deux univers entrent en fusion, créée à la Biennale de Charleroi Danses, en octobre 2015.
Ayelen Parolin aime la contrainte et ses effets. Ceux qui ont vu Hérétiques (aux Hivernales 2015 ou à Actoral cet automne) n’ont sans doute pas oublié ces phrases chorégraphiques qui s’enchainent et se répètent à l’infini sur une musique en live de l’incroyable compositrice et pianiste Lea Petra. Une forme de combat gestuel basculant du côté de la performance physique et musicale dans une endurance qui se frotte aux limites des corps. Hérétiques et La Esclava adoptent le même dispositif : un cadre si strict qu’il pousse le mouvement à son paroxysme, transcendé par la musique, déchirant de beauté.
De son côté, Lisi Estaràs irradie la scène par une danse entre empêchement et images nostalgiques. Inscrivant la danse sur son visage autant que dans son corps, elle réinvente une gestuelle proche à la fois du burlesque et des danseuses des années 20. De contrainte, l’imposante structure en forme d’étoile qu’elle porte sur son dos, que l’on peut ou non rattacher à son origine juive, devient élément de recherche, prétexte à retrouver l’ampleur du mouvement, motif à rire. Purcell, Bach, Dumbala Dumba de Taraf de Haïdouk, de vieux standards de Sinatra, un peu de techno (signée Bartold Uyttersprot) convoquent la mémoire de Lisi. On peut retrouver dans ce travail l’empreinte laissée par certaines pièces notoires qu’elle a interprétées, notamment C(h)oeurs ou VSPRS de Platel. Elle apparaît totalement hantée par le passé, possédée par un désir de liberté qui semble ne jamais la laisser en paix. Le plateau est la maison de cette tragédienne et ses yeux disent sa vie sans besoin de la raconter.
Un spectacle envoûtant comme le mystère.

Marie Anezin

 

La Esclava était présenté le 25 février au Théâtre des Doms (Avignon), dans le cadre du festival Les Hivernales.
Rens. : www.ayelenparolin.be
Ayelen Parolin retournera cet été dans la Cité des Papes, toujours au Théâtre des Doms, pour présenter, dans le Off, une pièce pour quatre danseurs coréens, Nativos. Entretemps, elle aura fait escale au Festival Montpellier Danse avec sa dernière création, Autoctonos, et en juin au Festival de Marseille pour le projet 7Even.
Lisi Estaràs sera dans la prochaine création de Benny Claessens, On learning how to walk, et en tournée avec MonkeyMind, sa dernière pièce mettant en scène des danseurs professionnels et des personnes atteintes du syndrome de Down.