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identités remarquables | Duo Impressionniste Duo Impressionniste © Camille Perrin

identités remarquables | Duo Impressionniste

Des cordes à l’ouvrage

 

La première est bretonne, circassienne, harpiste classique. Le second est corse, attaché à ses racines, bassiste dans de nombreux groupes de blues, jazz, électro… Ils se sont embarqués ensemble dans la périlleuse aventure de la composition musicale après s’être essayés au cirque. En aparté, chez eux, Katell Boisneau et Matthieu Tomi ont présenté leur tout jeune Duo Impressionniste.

 

Vu en début d’année aux Impromptus du Magic Mirror de la BIAC, le Duo Impressionniste a aussi enchanté le nouveau lieu de la rue Consolat, Au Pied de Poule, lors du récent Festival POC… Mais faute de lieu, le 28 octobre dernier, c’est à la maison que Katell et Matthieu ont eu l’heureuse idée de jouer pour quelques privilégiés. Une forme intimiste qui convient très bien à la musique de leur duo, douce et inclassable, parsemée d’improvisations mais somme toute résolument jazz, puisque nourrie de toutes les autres.

Katell Boisneau est circassienne, mais n’ayant pas qu’une corde à son arc, elle charme à merveille celles de sa harpe. Sans oublier un saut du côté de la danse et du théâtre, en passant par la formation « De l’interprète à l’auteur » conçue par Maguy Marin.

En 2004, à Conakry, elle rencontre deux artistes du Circus Baobab : Abdoulaye Kouyaté, musicien avec qui elle fondera en 2009 Lá Y Ká, et Otto Camara, qui deviendra son partenaire de création pour Crash Again, sous l’œil avisé de Guy Cararra. Un spectacle où de vieux pneus utilisés comme supports sonores et acrobatiques sont prétextes pour jouer avec le vide. Il leur faut un musicien, ce sera Matthieu Tomi, qui démarre là sa carrière de compositeur pour des spectacles de cirque (avec les compagnies S’évapore, Azeïn, Mine de rien en Corse).

Bassiste et contrebassiste, Matthieu Tomi a connu bien des scènes de la région et des nuits marseillaises au son des guitares, avant de parcourir le monde pendant dix ans avec le groupe électro-dub Watcha Clan, du temps où il était Matt la Bess… Également membre d’autres formations blues, jazz, électro et reggae comme Hatman Session, il est actuellement le bassiste du guitariste chanteur de blues Nasser Ben Dadoo.

Le dernier opus de Watcha Clan, Radio Babel, militait pour la suppression de toutes les frontières, réelles ou artistiques. Tomi a continué à suivre ce chemin en alliant le son profond, terrien, de sa basse six cordes, à la harpe celtique aérienne, lunaire, de Katell. Avec son habituel humour, Matthieu commente : « Fatigué de composer de la musique pour quelque chose, j’ai décidé de composer pour rien. »

Comme toute musique impressionniste, celle du Duo renvoie à la poétique de l’instant, au mystère, incite à la rêverie, à la suggestion d’images servies par les envolées lyriques de la basse et les riffs de harpe (si si !). Car ici, les genres se mélangent et peuvent même s’inverser.

Féerique, si légère et spécialement conçue par un luthier écossais, la harpe de Katell lui permet de faire totalement corps avec l’instrument. Avec sa harpe, elle peut s’envoler. Elle en joue comme elle grimpe sur son mât chinois, avec dextérité et grâce, électrisée par l’énergie du mouvement. Très attentive à la musique mandingue (Afrique de l’Ouest), Katell s’inspire spécialement de la manière dont on joue de la kora et du n’goni, dans la façon de faire sonner et d’étouffer les cordes, de façon à créer une pulsation rythmique.

Les basses profondes et suaves de Matthieu ont remplacé les pulsations puissantes jouées avec Watcha Clan. Avec le Duo Impressionniste, le ciel rencontre la terre, le classique épouse le jazz, le sole (soleil en corse) se mélange au thé à la menthe. Dans leur morceau Éclats, les cordes de Katell en pincent pour le rythmn’n’blues, et la basse se fait velours, avant de se solder par un accord majeur parfait. Une alchimie douce amère qui vous prend les tripes.

Le titre L’Homme qui file illustre bien comment chacun puise dans son propre imaginaire pour servir l’harmonie commune. Matthieu y voit l’homme sur son métier à tisser, et Katell l’homme qui s’éclipse. C’est justement ce point de rencontre, cette recherche d’un tempo collectif, cette façon de s’accorder qui est belle aux yeux et aux oreilles.

Ils puisent parfois dans leur intime, comme pour Suspendu, qui inclut une bande son d’un poème d’Éluard déclamé en corse par François, le grand-père du bassiste. « Pour écrire, je m’appuie sur les sensations d’un moment présent : la chaleur, le poids, la matière de l’air. C’est concret, ça passe par le corps avant de produire un son », commente Katell.

En définitive, la meilleure définition de ce Duo est celle donnée par Matthieu : « Une musique impressionniste, comme notre nom de groupe l’indique, composée à travers le prisme de Bill Evans. » Un disque devrait voir le jour début 2018….

Une des caractéristiques du Duo est d’étirer le moment dans leur musique. Le public présent samedi soir l’aurait bien amplifié, tant il a été dur de quitter leur univers si fécond. Et si la mamie Clorette de Matthieu a raison en disant que « la musique c’est le téléphone de Dieu », nous sommes à peu près sûrs d’avoir été entendus.

 

Marie Anezin

 

Rens. : http://www.compagniesevapore.com/concerts/