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Chronique | Le Crime des anges de Bania Medjbar

Cité des anges

 

La réalisatrice marseillaise Bania Medjbar sort en salles son premier long métrage, Le Crime des anges, qui va connaître un certain nombre d’avant-premières régionales, suivies d’une exploitation en salles. Un film puissant et rare, à découvrir sans tarder !

 

Pour le pire (Taxi, Marseille) et le meilleur (Le Rendez-vous des quais, Je t’ai dans la peau), la cité phocéenne est, de manière quasi tellurique, indéniablement liée à l’image en mouvement. Plus qu’une question de décors somptueux — c’est là souvent le rare argument attirant de nombreux tournages internationaux dans la deuxième ville de France –, c’est bel et bien sa puissance entropique, urbaine donc sociale, qui laisse un champ des possibles cinématographiques où l’urgence, la puissance, le refus des codes établis, l’altérité, une autre façon de placer et déplacer sa caméra ont produit un corpus filmique passionnant, à nulle autre ville hexagonale identique, qui continue de faire évoluer au fil des ans ce croisement des regards protéiforme, et de nous offrir de vivifiantes pages de cinéma. Un nouveau chapitre s’écrit ce mois-ci, avec la sortie en salles du premier long métrage de Bania Medjbar, cinéaste phocéenne de grand talent, dont on connaissait jusque-là les courts-métrages et documentaires de création. Le Crime des anges vient rendre compte du geste instinctif — qui ne signifie nullement irréfléchi ! — et de l’incoercible liberté qui imprime chaque plan de la réalisatrice, dont le cinéma dynamite quelque peu ce lénifiant robinet d’eau tiède qu’est devenue la production cinématographique française — hormis une poignée d’exceptions. Produit en tandem au sein des Films du Goéland, Le Crime des anges s’inspire pour son titre d’un texte du grand Fernando Pessoa, et nous plonge au cœur d’une cité bien familière de la cinéaste, qui y a grandi. Il ne s’agit nullement ici d’y tisser un énième opus sur le genre, mais d’atteindre, par l’aura quasi mythique, l’universel, en visant le cœur même de ce qui nous est si proche. La question du jeu des acteurs et actrices (quelle puissance naturelle chez les plus jeunes d’entre eux !) ne se pose ainsi plus de la même façon : on ne distingue plus la frontière devenue poreuse entre professionnels ou non professionnels, mais à l’instar d’un Accattone pasolinien, seule l’énergie apportée au film — cette masse en jeu dont on fait matière — tend à atteindre son but : celui d’une œuvre noire et lumineuse, forcément politique, forcément humaniste, fortement réussie. Dans cette histoire où se scindent les parcours de chacun selon les choix — ou plutôt les non choix — assumés, il faut cesser de parler de cinéma guérilla, sous le seul prétexte que les modes de productions diffèrent de la norme. Il s’agit bel et bien de cinéma, de cinéma puissant, vivant, où le futile peut parfois sourire à l’existentiel, et, à l’instar de ce qu’est Marseille, sans jamais tenter d’en maîtriser tous les visages. Le film sera présenté ces prochains jours en avant-première, et débutera une exploitation en salles qu’on lui souhaite riche et belle : restez donc vigilants sur les séances à venir de ce film dont la fureur de vivre ne manquera pas de marquer le spectateur.

 

Emmanuel Vigne

 

Pour en (sa)voir plus : lecrimedesanges.fr