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Identité remarquable | Oh! Tiger Mountain

Ok Computer

 

Jusque-là, Oh! Tiger Mountain, le projet solo de Mathieu Poulain, en avait montré la dimension classique, directe, héritée d’un autre âge. Et puis patatras : le voici qui sort un troisième album exubérant, hybride… et composé essentiellement par ordinateur. Quelle mouche l’a donc piqué ? Les réponses ci-dessous.

 

Penchez-vous un peu à la fenêtre : vous le sentez, ce petit vent qui tourne ? Non, ce n’est pas le mistral. Enfin, ça ne l’est plus. C’est autre chose : une rafale qui remonte bien plus au nord. Une grande bouffée d’air frais, comme un appel du large. À Marseille, la pop se porte mieux, merci. Elle commence à faire parler d’elle, jusque dans les pages de Libé. Tout semble partir d’un petit studio situé en centre-ville, où s’est regroupée une bonne partie des forces vives du mouvement (ascendant). C’est French 79 qui enfile les bookings comme des perles (tournée à venir en Chine, tournée des grands raouts estivaux). C’est le label Tcheaz qui accélère son rythme de sorties. C’est Date With Elvis qui va électriser le mois d’avril avec son premier album. C’est Kid Francescoli en tête de gondole à la Fnac, après avoir rempli le Café de la Danse à Paris. Et enfin… parce que le geste est plus que jamais téméraire, parce que le timing est bon, parce que justice doit être faite : c’est Oh! Tiger Mountain, l’une des figures de proue de cette équipée. Que l’on ne présente plus ici — ou alors, il y a nos archives pour ça. Mathieu qui sort aujourd’hui un troisième album déroutant, couillu, baroque, enfin pour qui a suivi jusque-là sa trajectoire de songwriter bohème, talentueux mais cantonné à l’ombre de son soleil de Provence, une hérésie qui a presque fini par faire de lui une sorte de loser magnifique — et ce serait un putain de compliment. Un statut autrement plus enviable, convenons-en, que celui de winner pathétique.

 

Faux vintage du futur

Lors de notre précédente rencontre, pour la sortie de son deuxième album co-réalisé avec ses collègues de Husbands (French 79 et Kid Francescoli), Mathieu avait eu cette phrase un peu prophétique : « J’ai découvert avec eux ce que c’est que de produire de la musique, et j’adore ça. » Petit rappel : Mathieu écrit, compose, interprète et performe ses chansons comme peu d’autres, mais il a toujours fait ça « à l’ancienne », avec une guitare et une voix (reconnaissable entre mille). Seulement, réaliser un disque, le fignoler jusqu’à son terme… c’est une autre affaire. Peu de temps après prenait forme, concrètement, l’aventure Husbands : collective, pensée à l’origine comme une récréation, et au final récompensée du succès public que l’on sait. Un déclencheur ? « L’apport de l’expérience Husbands a joué, c’est certain, techniquement surtout. Altered Man est un disque que j’ai voulu faire comme mes camarades : avec un ordinateur comme instrument principal. Une méthode qui est presque devenue la norme… » Certes, mais quand on a la chance d’avoir une certaine aisance avec le « songwriting », n’est-il pas risqué de se laisser happer par le « soundwriting » ? Étonnante réponse par la négative : partant du principe que ses meilleures chansons étaient (peut-être) derrière lui, Mathieu a préféré tout reprendre à zéro pour aller de l’avant. Son dernier disque était millésimé 60’s, produit avec le chouette matériel de ses potes ? Le nouveau serait ancré dans son époque, et conçu en toute autonomie avec un simple ordinateur. « C’était presque une contrainte imposée, d’abord parce que je voulais tout faire sans rien demander à personne et apprendre le plus possible de nouvelles choses. Et puis c’est devenu une espèce de concept à la Philip K. Dick, un “faux vintage du futur”… Aujourd’hui, en termes de production, on peut tout imiter : garage 60’s, pop ligne claire 80’s, techno des 90’s… Et moi ce que je voulais, c’était éviter le plus possible le son vintage, la composition l’étant déjà bien assez. J’ai fait le disque avec un Macbook et ça parle d’internet, alors je ne voyais pas l’intérêt de le faire avec du super matériel. C’est bizarre, mais c’est devenu une obsession. » Délaissant sa guitare (il en a quand même joué les parties avant de les retravailler), le grand blond aux bottines noires s’est installé devant son écran pour travailler souvent à partir d’une simple accroche (une rythmique, un marmonnement mélodique sur son téléphone), puis a assemblé ses chansons avec des « petites briques ». Il confie qu’après, le travail de post-production a été un véritable calvaire… On veut bien le croire : Altered Man est extrêmement dense malgré son format court. Cet album aurait d’ailleurs pu réemprunter son titre à son prédécesseur (The Start Of Whatever) : c’est un disque de transition qui part dans l’inconnu, assez indéfinissable, dans lequel Mathieu a voulu synthétiser toutes les influences (pop, glam, prog’, pré-machin et post-bidule) qui l’obsèdent depuis ses quatorze ans. C’est souvent brillant (l’écriture est intacte) et parfois un peu limite (la flamboyance a un prix). Chose inouïe : il y a une chanson en français (hein ?)… qui tourne par chance à plein régime. Un cheval de Troie pour les radios ? « Oui, mais alors un bon gros cheval de Detroit ! Ce titre est là car comme j’avais décidé de tout mettre dans ce disque, il fallait aussi que j’inclue un peu de musique de France : c’est nouveau pour moi d’en écouter. »

 

Lonesome Cowboy ?

Son véritable hameçon pour les radios, bien sûr, c’est A Cowboy, premier extrait de l’album dont la vidéo a été confiée au team… Cauboyz (ça ne s’invente pas), déjà remarqué pour son travail avec Husbands. Un morceau qui se démarque de l’album par son évidence mélodique, mais qui en résume bien la substance : toute l’histoire musicale de Mathieu (ou presque) encapsulée dans une technologie un peu cheap. C’est Mathieu moitié à poil, moitié cyborg, qui donne tout. Il a d’ailleurs tout piloté avec son frère sur leur label (Microphone), en mode total DIY. Ce n’est qu’ensuite qu’est intervenu Sounds Like Yeah (le label du festival Yeah — qui héberge aussi Husbands) pour leur faciliter l’accès à une distribution décente. Très logiquement, Oh! Tiger Mountain est donc programmé en juin pour l’ouverture du festival sis à Lourmarin, et l’on a hâte de découvrir sa nouvelle formule live (avec un batteur et son fidèle partenaire Pedro Lopez), qui devrait donner à entendre des versions transfigurées de son répertoire — une habitude. Ce sera une belle exposition : le festival affiche déjà complet. Dans le public, on comptera beaucoup de gens à la cool (c’est l’une des caractéristiques du Yeah) et sans doute quelques journalistes parisiens venus couvrir l’événement… Espérons qu’ils aient enfin l’œil du tigre : pour Oh! Tiger Mountain, c’est maintenant que ça se joue. Car si, malgré tous les élans placés en lui, cet album ne marche pas, Mathieu sait déjà qu’il passera à autre chose. Et il a plein de petits projets — alternatifs, collaboratifs. Dans la culture de légumes bio ? On vous laisse deviner.

 

PLX

 

  • Dans les bacs : Altered Man (Microphone Recordings / Sounds Like Yeah ! / PIAS)
  • Release Party le 5/04 à Montévidéo (3 impasse Montévidéo, 6e).
    Rens. : 04 91 37 97 35 / www.montevideo-marseille.com/
  • À venir : le 22/04 au Cabaret Aléatoire dans le cadre du Disquaire Day, le 2/06 à Lourmarin dans le cadre du Festival Yeah ! (complet), le 8/06 au Théâtre Silvain avec Metronomy et Isaac Dellusion dans le cadre de L’Édition Festival
Pour en (sa)voir plus : ohtigermountain.wordpress.com / ohtigermountain.bandcamp.com/ smarturl.it/alteredman