Festival des Cinémas d'Afrique du Pays d'Apt (V.O.)

18e édition, en ligne : projections, débats, marathon vidéo...


 

Contre vents et covid

Après moult hésitations et différents scénarios (en présentiel ou pas en présentiel ? partiellement ou totalement en ligne ?), voilà l’équipe du Festival des Cinémas d’Afrique finalement fixée : à la lumière des dernières restrictions annoncées, la décision est prise : la 18e édition se tiendra exclusivement en ligne.

Un film par jour et deux le samedi et le dimanche. Pas de salle donc, pas de public en chair et en os, mais la diffusion se fera via internet, accessible gratuitement à tous, en direct et en replay. L’inconvénient, c’est d’abord la perte de la chaleur que seul permet le contact direct, et, plus important encore, l’impossibilité d’obtenir des films, essentiellement des fictions, dont les distributeurs ne se permettraient pas, pour des raisons évidentes, de brûler la carrière commerciale.

L’avantage, c’est l’acquisition, souhaitée et très probable, d’un nouveau public, sans doute plus jeune, et plus large, les films étant visibles à l’échelle planétaire. L’équipe se réjouit de pouvoir orienter son offre vers les spectateurs africains, destinataires premiers de la matière proposée. Neuf programmes donc, sept longs métrages, et huit courts, documentaires et fictions, onze pays représentés. Et une dizaine d’invités sur place. Les projections en ligne seront systématiquement suivies d’un débat retransmis en direct à partir d’un plateau ingénieusement installé à la chapelle des Carmes.

S’ajoutent à cela deux tables rondes, retransmises également en direct, autour des questions de l’apport des femmes cinéastes africaines et des défis de la diffusion en ligne. Autre consolation : les séances scolaires se dérouleront tous les matins dans les différents établissements scolaires, en présence des cinéastes et/ou des animateurs. On ne dérogera pas non plus au célébrissime marathon vidéo qui, autre fruit de la contrainte, sera ouvert à l’international.

Rappelons que la présence des jeunes scolaires, désormais et définitivement rebaptisés FCAPA junior, n’en demeure pas moins forte : se poursuivent, comme de coutume, gazette, émissions radios, présentations de films, jurys et, pour la deuxième année consécutive, une programmation de séance courts métrages organisée en collaboration avec le Vélo Théâtre. La détermination de l’équipe, certes contrariée, demeure, contre vents et covid, bien forte car l’aventure se poursuivra aussitôt l’édition terminée avec, jusqu’à juillet, un programme de projections, de rencontres, de débats, dans les mairies environnantes et les villes de la région, à la faveur de la célébration des cultures africaines dans le cadre d’Africa2020. Bon vent…

Tahar Chikhaoui, commissaire de la saison Africa2020 au Festival des Cinémas d’Afrique du pays d’Apt

En ligne
Du 22 janvier au 28 janvier
Gratuit
Rens. 07 82 64 84 99 - fcapacom@gmail.com
https://africapt-festival.fr/ 

Article paru le samedi 23 janvier 2021 dans Ventilo n° 447

En ligne | Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt

Impressions d’Afrique

 

L’équipe du Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt, rendez-vous incontournable attaché à l’une des plus puissantes cinématographies qui soient — comme nous le rappelons souvent dans ces colonnes — a pris le parti, à l’instar d’une petite poignée d’autres festivals, de proposer une édition en ligne et gratuite. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !

  Si au fil des mois, l’inquiétude est grandissante quant à l’avenir du modèle industriel cinématographique tel que nous le connaissons (production, distribution, diffusion), sujet central de tous les échanges professionnels et autres articles de presse qui peinent à imaginer un autre rapport à l’œuvre filmique, il est nécessaire par ailleurs de rappeler ce que cette crise sanitaire aura produit sur la création cinématographique, fait rarissime dans son histoire : un espace quasi-vide durant de longs mois, une absence de récits. Or, c’est de cela dont se nourrit l’imagination, l’acte créatif, y compris aux endroits de diffusion, que sont entre autres les salles et les festivals. Ou l’idée du sillon du mythe, dans sa vision heideggérienne. Fort heureusement, et l’on parle là de geste salutaire, une poignée de festivals a décidé de construire d’autres propositions, remplaçant leurs rencontres habituelles, via les outils numériques. Substituer la force originelle du hic et nunc qui porte en lui la dynamique festivalière par la reproductibilité des réseaux reste un choix difficile, dans la transformation radicale du paradigme qu’il sous-entend. Mais c’est là une voie qui peut également ouvrir d’autres perspectives — et concentrons-nous sur ces aspects positifs —, en l’occurrence celle d’élargir son audience bien au-delà des frontières finies du territoire. C’est ce qu’évoque l’équipe du Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt lors de la présentation de sa dix-huitième édition : contre vents et Covid, maintenir une programmation toujours aussi pertinente, rappeler la force créative de la production cinématographique des nombreux pays africains, toujours trop peu diffusée, et permettre cette année l’accès aux films aux spectateurs internationaux, principalement africains. Durant sept jours, l’équipe organisatrice nous donne donc rendez-vous sur son site afin de découvrir un film par jour (deux les samedi et dimanche), accompagnés entre autres de deux tables rondes et maints débats en direct. Onze pays seront ainsi représentés au sein de cette programmation, mêlant fictions, documentaires, longs et courts-métrages. À commencer par Tilo Koto (sous le soleil), film franco-algérien de Sophie Bachelier et Valérie Malek, qui suit le rêve brisé du jeune sénégalais Yancouba, dont les désirs d’une vie meilleure échouent dans le Sud tunisien, le corps brûlé par les stigmates des terribles traversées qu’il transcendera par le geste pictural. Une séance virtuelle qui sera suivie d’un échange avec les deux réalisatrices, et précédée de la première table ronde, « Que nous disent-elles, que nous dites-vous, femmes cinéastes d’Afrique ? », en présence de Nina Khada, Wided Zoghlami et Yosr Gasmi, et animée par l’excellent Tahar Chikhaoui, commissaire de la saison Africa2020. Suivra au sein de cette programmation l’opus de Karim Dridi et Julien Gaertner, Hakawati, qui retrace la tournée entre Israël et Palestine d’un couple de marionnettistes. Karim Dridi est bien connu du public phocéen pour avoir tourné à Marseille, entre autres, son magnifique Bye bye : un cinéaste dont la reconnaissance n’est pas à la hauteur d’une œuvre magnifique et radicale, à l’écriture ciselée et puissante. Les autres films programmés durant cette édition sont à découvrir — gratuitement — sans réserve, de Granma Nineteen and The Soviet’s Secret de Joao Ribiero au Choix d’Ali d’Amor Hakkar, en passant par Ntarabana de François L. Woukoache ou Buddha in Africa de Nicole Schafer. L’autre table ronde, proposée le dimanche 24 janvier à 14h, viendra justement interroger cette question centrale du défi numérique dans la découverte des œuvres : « Circulation immatérielle des films. Les Défis » réunira Amor Hakkar, Angèle Diabang, Mohamed Frini, Karim Dridi et Berni Goldblat, pour un échange des plus passionnants. Si l’on ajoute à ces propositions la séance de courts-métrages et les projections scolaires maintenues dans les établissements, nous ne pouvons que féliciter l’équipe du festival d’avoir su construire cet événement hors des sentiers habituellement battus, et inviter tout passionné de cinéma(s) à encourager ces regards portés sur l’une des plus belles cinématographies mondiales.  

Emmanuel Vigne

 

Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt : jusqu’au 28/01 sur le site www.africapt-festival.fr/

Pour en (sa)voir plus : www.facebook.com/afriqueaptfestival /