The Mask

Photos de Alejandra Carles, Tolra Wiktoria Wojciechowska, Marie Hudelot, Shinji Nagabe et Nicola Lo Calzo. Commissariat : Christophe Asso

Ils en ont commun d’avoir été tous lauréats du Prix Maison Blanche et d’avoir abordé dans leurs travaux la thématique du masque, du costume. Pour des raisons météorologiques ou environnementales en Asie, pour des célébrations culturelles à Cuba et au Brésil ou dans le but d’une interrogation identitaire, ces portraits d’hommes et de femmes nous montrent la diversité des accoutrements que nous pouvons revêtir.

ALEJANDRA CARLES TOLRA - SAVING FACE
Saving Face est un recueil de portraits pris dans les rues du Vietnam qui vise à commenter les préoccupations environnementales, esthétiques et de classe qui se posent dans la conscience changeante du Vietnam. Dans les rues des principales villes, de jeunes hommes et de jeunes femmes se promènent avec des masques. Avec la majeure partie de leurs visages couverts, ils se ressemblent tous, ils ne font plus qu’un. Pourtant, la gamme de motifs et de formes révèle des indices de personnalité qui mettent en évidence l’individualité, rapprochant le spectateur de la personne qui se trouve sous le masque. Au cours de la transition vers un pays en développement rapide, le Vietnam a connu un flux énorme de personnes qui migrent des campagnes vers les grandes villes. Par conséquent, le nombre de véhicules à moteur qui ont bloqué ses villes a considérablement augmenté, entraînant un taux de pollution alarmant. La nouvelle génération a décidé d’agir et de se protéger contre l’exposition quotidienne à l’air contaminé avec le masque. Cependant, le masque joue un double rôle, car sa popularité a également augmenté en raison de la préoccupation croissante des jeunes à avoir une peau pâle. L’obsession de la peau blanche - un signe de beauté parmi de nombreuses cultures asiatiques, en particulier les femmes - a finalement atteint la classe moyenne grandissante du Vietnam.

WIKTORIA WOJCIECHOWSKA - SHORT FLASHES
«Je porte en moi beaucoup de ces visages. Conçu en de courts éclairs. Je ne sais pas qui, où, ou quand. Je ne sais rien d’eux. Mais ils vivent en moi. Pensée plénitude, regards, peines, pâleur, grimaces, amertume - ils vivent en moi, retenus comme sur des photographies.» Wiesław Mysliwski, Traité sur les haricots 
Chaque année en Chine des milliers de personnes migrent vers les grandes villes à la recherche d’emplois. Ils laissent derrière eux leurs villages, leurs mon- tagnes. La plupart des Occidentaux voit la nation Chinoise comme une masse sans individualités. Des centaines de Chinois qui filent dans les rues à vélo et à scooter, j’ai voulu capturer les expressions sur les visages, les différentes émotions, les imperméables colorés fouettés par le vent... Alors j’ai commencé à isoler de la masse des individualités qui se sont im- primées dans mon esprit pour créer cet album unique de diversité. Un flash peut figer le moment - un moment de présence.

MARIE HUDELOT - HÉRITAGE
En me nourrissant d’éléments autobiographiques, mon travail questionne les notions d’identité, de mixité et de filiation culturelle. J’ai réalisé la série Héritage dans une volonté de construire un en- semble de portraits symboliques en m’inspirant des différents attributs de mon héritage familial partagé entre Orient et Occident, et plus précisément entre la France et l’Algérie. Traitée à la manière de la tradition picturale des natures mortes, j’ai choisi de mettre en avant des personnages au visage recouvert, où la nature et différents objets significatifs de rites et coutumes prennent l’ascendant sur l’individu dans une ré-interprétation de la transmission. Ici les bijoux, plumes, branches, racines, fleurs, cha- peaux, rubans décoratifs et fourragères deviennent symboles évocateurs de mémoire, combat, séduc- tion, féminité, jeunesse, vie et mort. En jouant sur l’accumulation, la profusion voire l’exagération et la proximité de ces objets, les sujets se transforment en nature morte semblables à des totems ou em- blèmes familiaux et mettent en avant mon ques- tionnement sur la complexité de l’identité à travers l’héritage familial.

SHINJI NAGABE - ESPINHA
Espinha (colonne vertébrale) est un ensemble d’os et de cartilage qui supporte le corps. Mais il peut également être utilisé en référence à une structure, à un support de construction. Espinha est un ensemble de sept séries que a été prise dans cinq états brésiliens : Bahia, São Paulo, Pernambuco, Alagoas et Sergipe entre 2015 et 2017 et est une invitation à visiter l’univers créé par le photographe brésilien, qui a grandi dans une famille japonaise traditionnelle. Le travail de Shinji a toujours été guidé par ces deux cultures et par un mélange de réalité et de fantaisie. Ce qui peut être observé dans ces images est une combinaison de poses formelles et statiques évoquant l’univers pictural japonais avec des couleurs tropicales et des accessoires typiques du culte syncrétiste brésilien. Journaliste de formation et bien qu’il ne travaille pas dans le domaine du journalisme, Shinji crée une symbiose intrigante entre réalité et fantaisie. Ses photos sont l’espace où les symboles du candomblé africain et du carnaval brésilien se combinent tout en conservant un formalisme asiatique typique.

NICOLA LO CALZO - REGLA
La liberté à l’épreuve du dogme révolutionnaire : les héritages afro-cubains entre pratiques d’émancipation et mémoires coloniales. Le mot «Regla» désigne à la fois le nom d’une ville, située sur l’autre rive de la baie de la Havane, haut lieu religieux, siège de la Virgen de Regla et lieu fondateur de la société Abakua. Il fait également référence aux trois principaux systèmes religieux cubains (la Regla de Ocha, la Regla del Palo et la Regla Abakua). Par ailleurs, il prend le sens commun de principe, mesure, précepte, discipline, voire de dogme. Pour la première fois dans l’histoire de l’approche photographique de l’île, le projet REGLA interroge, par-delà les contradictions et les discontinuités propres à chacun de ces acteurs sociaux, les connexions existantes entre l’exercice de la liberté dans la Cuba contemporaine et les stratégies de résistance et de survie des africains esclaves ou libres au temps de la colonisation. Il inscrit également, dans une perspective historique, le rôle fondamental joué par les afro-descendants dans l’élaboration de ces espaces marginaux de liberté qui contribuent sensiblement à la définition de la société cubaine contemporaine.

Une exposition organisée dans le cadre d’un partenariat entre l’Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et le festival La Photographie Marseille, né d’une volonté commune de permettre à tous, patients, visiteurs, personnels hospitaliers, d’ouvrir l’hôpital sur la vie culturelle de la cité.


Hôpital de la Timone
Du 25 octobre 2018 au samedi 26 janvier 2019 Horaires NC
Entrée libre. Entrée libre
www.laphotographie-marseille.com
264 rue Saint Pierre
13005 Marseille