JJ Peet - Sorcery Scanner, Waiting Room

Photos, dessins, vidéo, peintures, sculptures, céramiques.... Commissariat : Laura Morsch-Kihn

Amsterdam, novembre 2017.
Nous sommes dans l’arrondissement Oud West, le long du canal Kostverlorenvaart. La nuit tombe. L’obscurité commence à se confondre avec Sorcery Scanner, un corps vêtu d’un long manteau noir, aux éclats de miroirs et au visage anonyme. Il se déplace rapidement, balayant d’un regard, périphérique, l’environnement immédiat, au rythme de 100 images par seconde. Il est à la recherche de ce qu’il nomme des Times collectors, les dispositifs optiques de sécurité essaimé dans l’espace public. Et, les appareils photos & vidéos, individuels, qui, à l’ère numérique, se sont mués en instruments d’auto-contrôle et d’auto-surveillance tout en modifiant l’usage de nos sens et de notre mémoire car pour Sorcery Scanner, ils "prennent en charge ces moments dont on ne sait plus se souvenir, que l’on peut simplement voir à travers une image ou un écran." Sorcery Scanner est en action. Il porte sur son dos un gros sac noir contenant, certainement, quelques unes de ses prises d’otages. Soudainement, il traverse la route et entre au rez-de-chaussée d’un immeuble. Il sort son outil d’observation Eyeball (1), un globe oculaire, démesuré, fait main, à partir de terre et de feu. Le lance au sol. Il roule, bruyamment sur quelques mètres, avant de tournoyer sur lui-même et de se stopper net face à une assemblée de témoins. Le silence tombe. La lumière s’éteint. La voie est libre. Il franchit la porte et pénètre l’espace en trainant au sol un appareil photo puis le laisse glisser jusqu’à ce qu’il se heurte à un mur.
Le rituel commence.
Avec ses mains agiles, vecteurs de l’action, recouvertes d’une paire de gants rose-noir délavés, usés et gravés de deux symboles : un X et un cercle, il sort de son sac une petite toile de jute. La dispose au sol et y installe soigneusement ses objets d’action : un émetteur radio cibi, une Proxy Cup (2) et une guillotine portative. Seule sa petite lumière inactinique, frontale, de couleur rouge, éclaire l’action. Il arpente la salle portant d’une seule main son Eyeball. Il l’approche devant chaque visage pour y transmettre une vision sensible et un regard bienveillant. Il chasse "l’œil du pouvoir" (Michel Foucault). Cet organe optique de contrôle et de surveillance. Puis de sa poche, Sorcery Scanner sort une petite planche à dessin métallique, scrute de son regard l’assemblée. Et, transmet ses sensations à même le papier, telle la production d’une preuve en direct. Son dessin achevé, il attrape le time capture par sa courroie, enlève l’objectif, le jette brutalement alors que délicatement il en retire son miroir pour le glisser dans sa poche. Sa guillotine vrombis. En moins de trois secondes, un genou à terre, il tranche le boitier photographique en deux. Dans l’assemblée, une femme prend des photographies avec son téléphone portable. Il s’avance vers elle, lui arrache des mains et lui tend délicatement, en échange, une Proxy Cup. Une tasse faite main à partir de terre et de feu. Sa fonction est de produire des connexions entre Sorcery Scanner, la nature et le regardeur. Créant ainsi des craquements dans le cycle naturel des phénomènes où se glisse la magie. Tandis qu’il découpe le téléphone portable, la fréquence de la radio cibi s’agite. Le temps s’accélère. Il réunit les morceaux de Time collector destinés à une collection. Ils seront recyclés pour construire des objets optiques incapable de capturer le temps. Sorcery Scanner disparaît comme par magie.
L’action aura duré 18 min.
Arles, juillet 2018.
Sorcery Scanner a rejoint un univers, indépendant, sans images enregistrées, disposant d’un langage codé et habité par ses outils de survie, de perception et de mémoire. Ici le temps est latent, propice à la lenteur, au faire, et à la contemplation. Cette anti-chambre, noire, se situe entre le visible et l’invisible, l’attente et l’action, le réel et l’anticipation. Ce monde parallèle, à la fois mystérieux et magique, situé sous la surface de notre monde contemporain, surexposé et transparent, se nomme Waiting room. Laura Morsch-Kihn, commissaire de l’exposition.

(1) Eyeball est un outil dont la fonction permet l’observation de notre univers et de se déplacer de lieu en lieu, de moment en moment, d’un temps à l’autre.
(2) Proxy Cup est le transfert d’une forme de vie dans une vaisselle.


Galerie Quatre
Du 1 au28 juil. : mer, jeu, ven, sam 14h-19h - dim 16h-21h Mer-sam 14h-19h + sur RDV au 06 09 75 36 50
Entrée libre. Entrée libre
www.immediats.fr
67 rue du Quatre Septembre
13200 Arles
06 09 75 36 50