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William Eggleston, Mark Lyon et Vincent Gérard – <em>American Journey</em> au laboratoire Rétine Mark Lyon

William Eggleston, Mark Lyon et Vincent Gérard – American Journey au laboratoire Rétine

Banal plus

 

Le voyage nécessite au moins une personne, un point de départ, une destination et du temps pour se rendre sur place et se souvenir. La photographie a la particularité de nous inviter à un voyage éternel, capable de s’affranchir du temps comme de la géographie. L’exposition American Journey en est un parfait exemple.

 

En venant à Marseille, les œuvres présentées sont allées d’un port à l’autre pour les photographies de Dunkerque par William Eggleston, d’une région ensoleillée à l’autre pour celles de Mark Lyon en Californie du Sud, et d’une métropole à l’autre pour les dessins numériques de Vincent Gérard, réalisés à Paris par ce co-commissaire de l’exposition. La ville, le climat, le support de l’œuvre ou même le fait que Mark Lyon ait rencontré et photographié William Eggleston ne constituent pourtant pas le liant de cette traversée d’images. Il s’agirait plutôt des frontières floues entre présent et futur et de la sublimation esthétique de la banalité.
Dans une première série, signée Eggleston, la froideur des bâtiments dans un décor post-apocalyptique fait de rouge et d’ocre insuffle une étrange saisonnalité estivale. Faux futur et vrai quotidien s’y côtoient étrangement. L’animal Lyon humanise ensuite plus directement ses images avec des situations dans lesquelles le futur est annoncé plus que reflété. Qu’ils s’agissent d’un concert, d’une rencontre qui tourne mal ou d’une famille à la chasse, les émotions déclinées nous poussent à imaginer ce qui va suivre : un groupe de musique qui reprend une chanson, une bagarre, ou la recherche du gibier abattu. Avec les séries suivantes, la relation entre les deux photographes se précise. L’étrangeté se niche dans la banalité, à l’aide d’angles de vue improbables qui focalisent notre attention sur l’anodin révélateur d’Eggleston (une porte, une terrasse) ou sur nous-mêmes avec le rocker de Lyon qui nous prend de haut (cf. couverture Ventilo #355). Notre imaginaire est ainsi titillé par un futur elliptique ou par la direction originale qu’adopte le regard. En allant au-delà du temps figé dans l’image, nous sommes invités à nous interroger sur un futur absent et sur une société au présent. Qu’attend cette jeune fille contre la barrière d’un enclos à chevaux, et que se murmurent ces nageuses au bord de la piscine ? Ce futur au présent est d’ailleurs renforcé par les dessins numériques de Vincent Gérard qui officient tel un surtitre à la pixellisation robotisée au-dessus des photographies, tout en intégrant des textes comme autant de balises du quotidien (Sortie de secours, Protection sociale).
Tout est donc commun sans l’être. Chaque photographie pourrait avoir été prise dans n’importe quelle ville, américaine ou française, et nous pourrions interpréter ces œuvres de façon similaire que l’on soit de Marseille ou de Dunkerque. Et pourtant, chaque lieu et chaque situation photographiés sont bien personnalisés. Derrière l’universalité du cliché, de la banalité, se cache une modernité qui se distingue et remet en cause la vision immuable que nous pourrions avoir de la ville ou d’un pays, ici les Etats-Unis.
L’agencement des œuvres joue aussi un rôle primordial dans l’évolution du regard que nous posons sur elles. Les tirages de chaque photographe, sous cadre blanc ou noir pour distinguer l’auteur, se succèdent en petites séries assemblées sur un plan horizontal linéaire. Si l’on suit un sens de lecture de gauche à droite, l’exposition se termine par un assemblage de cadres en un même carré qui semble répondre à la planche-contact démarrant l’exposition et montrant Lyon et Eggleston se photographiant l’un l’autre. Après une plongée dans une même photographie, c’est donc une extraction, une remontée hors cadre à laquelle nous sommes conviés ; peut-être pour une relecture, différente, de l’exposition dans l’autre sens. Preuve que la photographie à sens unique n’existe pas.

Guillaume Arias

 

William Eggleston, Mark Lyon et Vincent Gérard – American Journey : jusqu’au 22/05 (prolongation envisagée) au laboratoire photo Rétine Argentique (85, rue d’Italie, 6e).
Rens. : 0491429815 / www.retineargentique.com