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Portrait | Johnny Hawaii Johnny Hawaii par Supa Rill

Portrait | Johnny Hawaii

Soulèvement pacifique

 

« L’univers de Johnny Hawaii est une vision altérée de la réalité, comme dans un rêve. On ressent les choses, mais on ne peut ni les décrire de manière précise, ni les attraper. » L’interview accordée à Ventilo il y a deux ans posait déjà les bases de celui qui réinvente la surf music depuis Marseille. On a repris contact à l’heure de Southern Lights, son premier album.

L’imaginaire lié à la mer est insondable. Voilà probablement toute sa force. Quelque part, l’inconscient doit investir le même rôle dans nos vies : une sorte de mer intérieure qui, par-delà ses ressacs incessants, jouerait constamment avec notre perception. Petit saut dans le temps : en 2009, David Keenan, alors journaliste pour le magazine The Wire, évoque le terme « pop hypnagogique » afin de décrire cette musique lo-fi tirée des sensations perçues au moment où l’on s’endort durant l’enfance. En d’autres termes, ce moment où notre cerveau connaît son rayon vert, ce bref instant qui le voit basculer dans les abysses de l’inconscience, et imprimer des sensations qui rejailliront peut-être à l’âge adulte. De façon inattendue. Sous des formes hybrides. Bref.

Mer intérieure
« L’origine de tout, c’est le générique de Cocoshaker, un dessin animé qui passait sur FR3 le dimanche soir, juste avant Benny Hill. Un palmier apparaît, le sable, le soleil, les guitares slide hawaïennes… Après, la musique surf m’attire sans trop savoir pourquoi. Une part de ma personnalité est là-dedans. Je ne l’ai pas décidé, ça me vient naturellement. Si j’utilise ces sons, c’est parce que j’aime vraiment ça au premier degré, il n’y a pas de concept derrière. Je ne suis pas un théoricien. Le but, c’est les sensations. C’est juste de la musique cool, de « dude », c’est tout simple… Je ne ferai jamais un album froid, qui évoquerait des glaciers  », nous confie-t-il en terrasse d’un café à la Plaine.
Sans théorisation parasitaire donc, les longues plages qui composent Southern Lights apparaissent littéralement baignées d’esprits. Des lumières ? Probablement ces échantillons ressurgis du passé. Ou ces boucles de guitares psychédéliques. Cette légèreté traversant les décennies avec la fluidité d’une eau turquoise et la moiteur d’une jungle… Si certains morceaux peuvent verser dans une forme de nostalgie, sous les palmiers, dans la douceur d’un été sans fin, le cadre n’en demeure pas moins idyllique. Quelque part, à l’heure où la pop s’érige elle-même en nouvelle mythologie, la musique de Johnny Hawaii en serait l’enfant d’un genre nouveau, agitant au soleil couchant les spectres d’un exotisme fantasmé. « La nostalgie de quelque chose que l’on a rêvé. Non pas quelque chose de réel. La reformulation d’un âge d’or que l’on n’a pas connu et que l’on s’imagine. Des souvenirs qui ne se sont pas forcément produits. Des souvenirs de souvenirs. Des souvenirs qui s’effacent, dont on essaie de retrouver la piste en musique. »

Le grand bain
Les références de Johnny Hawaii traversent l’histoire de la pop : de I Hear A New World (1960) piloté par Joe Meek (« une sorte de sorcier, de Spector fou qui fabriquait lui-même ses effets ») en passant par les Beach Boys, More ou Meddle des Floyd, jusqu’aux récents Ducktails, Sun Araw, Cankun… Mais ils peuvent toujours essayer, rien ne vaudra jamais le pseudonyme de notre homme. « Le nom Johnny Hawaii fait malheureseument penser, en France, à Johnny Halliday. On imagine toujours un vieux rocker. C’est léger, un peu loufoque, et finalement très bien car ça permet de désamorcer la démarche : les musiques planantes, un peu drone, se prennent parfois trop au sérieux. » Après avoir été bassiste pendant six ou sept ans pour Kid Francescoli et The Wilson Drama (« avec quasiment les mêmes membres, très pop sixties »), Johnny Hawaii se lance à trente ans dans l’enregistrement en solo et le partage en postant quelques titres sur Internet (le Smurfs Up Ep, une démo distribuée à la fin des concerts), en 2011. L’année suivante, les labels Hands In The Dark, Ateliers Ciseaux et La Station Radar (voir encadré) officialisent les choses en l’augmentant de trois nouveaux morceaux, sur la face B de la fameuse Split Tape (le format cassette faisant son grand retour dans les sphères indé), tandis que le duo pop américain Cough Cool squatte la face A. Malgré les concerts et les réseaux d’amis (principalement Oh! Tiger Mountain et Kid Francescoli, qui l’accompagnent souvent sur scène), l’entreprise demeure encore relativement confidentielle. Bien qu’elle semble d’ores et déjà prendre de l’ampleur avec ce long format. Et que l’enjeu soit ailleurs : « Je souhaite que l’auditeur ressente une forme de bien-être. J’aime bien le fait d’écouter l’album d’un trait et d’en ressortir un peu engourdiPour la première cassette, je projetais des images d’extérieur, là, c’est plus intériorisé, tout se passe dans ma tête. » Et ça ne quitte plus la nôtre.

Jordan Saïsset

 

Southern Lights (Hands In The Dark/La Station Radar), dans les bacs dès le 30 septembre.
Rens. www.johnnyhawaii.bandcamp.com / www.handsinthedarkrecords.com / www.lastationradar.com

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La Station Radar

Les années 2000 ont vu naître bon nombre de petits labels indépendants à travers le monde, à échelle humaine, à proposer des formats insolites dans la débrouille, engagés aux côtés de leurs artistes. Présent depuis 2008 entre Marseille et le Luberon, piloté par deux passionés (Fleur Descaillot et Jérôme Buchaca), La Station Radar balise un large spectre : pop, psyché, exprimental, noise, drone… peu importe, les artistes ne sont pas sélectionnés en fonction des genres. De la gravure maison de CD à l’édition de vinyles en passant par la cassette, l’impression de fanzines ou les sérigraphies d’artistes (première édition par Lee Noble et Amy Fortunato), l’association multiplie les signatures en affichant brillament son savoir-faire artisanal : graphisme organique, collages, grain vintage, onirisme psychédélique, ésotérisme et fantômes surgissants de souvenirs retrouvés au fond d’un tiroir. Des noms ? Blanche Blanche Blanche, Ela Orleans, Skitter, The Garmen District, Alastair Galbraith, Dirty Beaches, Dead Gaze, Smegma, Je suis le petit chevalier ou… Johnny Hawaii. A suivre de près.

Rens. www.lastationradar.com

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 Les cinq albums pour appréhender Southern Lights, commentés par Johnny Hawaii

 

The_Olivia_Tremor_Control_-_Dusk_at_the_Cubist_CastleOlivia Tremor Control – Dusk At Cubist Castle

C’est comme les Beatles, mais en mieux.

 

 

 

em32o The Blue Men – I Hear A New World

La conquête de l’espace orchestrée par Joe Meek, du surf galactique datant de 1959.

 

 

 

724383563128Pink Floyd – More

Une BO tantôt apaisante tantôt angoissante, entre rêveries et cauchemar hippie.

 

 

 

img_3_prPixies – Bossanova

Encore une fois entre surf et science-fiction. Plus qu’un guitariste, ce sont toujours les paires de guitaristes qui m’ont intéressé, l’interaction entre deux guitares. Ici c’est Black Francis/Joey Santiago… ça aurait pu être Lou Reed/Sterling Morrison ou Thurston Moore/Lee Ranaldo…

 

cst026hiresPolmo Polpo – Like hearts swelling

De la guitare slide ascensionnelle.