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Retour sur… <em>Ne laisse personne te voler les mots</em> de Michel André et Selman Reda Ne laisse personne te voler tes mots de Michel André et Selma Redan, en collaboration avec Rachid Benzine © Sigrun Sauerzapfe

Retour sur… Ne laisse personne te voler les mots de Michel André et Selman Reda

Le temps de la parole

 

Au confluent de l’autobiographie du comédien Selman Reda et des connaissances historiques de l’islamologue Rachid Benzine, le Théâtre La Cité propose un regard anthropologique sur le Coran. L’occasion d’aborder ce texte religieux de manière concrète et analytique, et d’échapper aux stigmates et méta-discours qui le plombent.

 

Les paroles de Rachid Benzine ouvrent le spectacle. Avec une grande clarté, il décrit le processus d’écriture du Coran et le contexte sociologique durant lequel il s’est produit. Il rappelle l’origine orale du texte qui, en basculant dans le domaine de l’écrit, se fige et s’immortalise. Seulement, « les univers de sens changent » au fil du temps, nous interprétons bien différemment aujourd’hui un texte écrit il y a quinze siècles. Il s’agit donc de replacer le livre dans les circonstances de sa création : il a été rédigé au septième siècle, en Arabie occidentale, dans un immense désert de cailloux. Ces mots ont été énoncés autour de la vie des Bédouins et leurs réalités : leurs connaissances aiguës du désert afin de trouver la trace de l’eau, les échanges marchands d’une tribu à l’autre, l’élevage précieux des dromadaires… Par une remarquable miniaturisation d’un campement bédouin, Selman Reda nous raconte leur quotidien. Il souffle ponctuellement en arabe des sourates inscrites dans le livre sacré, relatives aux préoccupations coutumières de ces peuples nomades. Les spectateurs jaugent alors le décalage existant entre le contexte socio-économique pendant lequel a été écrit le Coran et aujourd’hui, et sont invités à réfléchir au passage du temps sur les mots : « Les mots du présent n’ont plus la signification du passé. » Le comédien dévoile la relation intime qu’il a vécu avec l’islam. Un père croyant et très pratiquant qui a souhaité lui transmettre cette foi à tout prix. Son extrême exigence a fini par éloigner Selman de la maison et de la religion… Par une présence sensible, travaillée aux côtés du metteur en scène Michel André, l’acteur s’adresse au public, le questionne et lui offre quelques dattes fraîches. Très documenté, le spectacle est une réelle ouverture vers le texte, et invite à sa lecture. Ne Laisse personne te voler les mots sera prochainement proposé dans plusieurs établissements scolaires de la région, suivi d’un débat avec les adolescents qui, à coup sûr, sauront saisir l’occasion pour briser les tabous que le sujet transporte. Selon l’écrivain Kamel Daoud, « le livre sacré est un livre à qui l’on fait tout dire ». D’ou l’intérêt, chaque jour grandissant, d’y voir en lui cette formidable source de connaissances.

 

Suzanne Micha

 

Ne laisse personne te voler les mots de Michel André et Selman Reda était présenté du 9/11 au 2/12 au Théâtre La Cité. Il sera en tournée dans des lycées de Marseille en 2017/2018