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Musiques Parallèles pour Sentiments Perpendiculaires III

Parallel Musics for Perpendicular Feelings se veut être une colonne de chroniques d’albums récents : coups-de-coeur soniques que j’ai envie de partager avec vous.

 

Autant jouer franc jeu en débutant cette chronique par l’aveu de ma partialité en faveur du groupe américain Oxbow, que je connais personnellement et admire depuis leur première venue sur notre continent, au début des années 90. Peut-être m’accorderez-vous le bon goût de ne pas m’en être rapproché pour rien ?! En ce temps là, leur blues était vicieux, lourd, hargneux et emmené par la présence du chanteur Eugene S. Robinson, qui continue d’être mon parolier/chanteur favori. En trente ans, Oxbow n’a publié que sept albums, mais quelles œuvres, sans-cesse parvenant à se renouveler, poser ses jalons plus en avant et nous surprendre en dynamitant les formats rock noisy habituels. Thin Black Duke : un Bowie sombre ?! Référence assumée par Eugene, le costaud lutteur black aux antipodes du chétif personnage blond.  Sa voix se pose parfois en douceur, susurre, nous berce pour mieux nous déstabiliser lorsqu’il choisit de hurler ses histoires, tranches de vie troublantes collant parfaitement aux compositions de Niko Wenner, guitariste hors-pair et tellement inventif qui sait mêler noise rock, blues et musique classique contemporaine dans un tout où règne une tension constante, une inquiétante menace. ALBUM DE L’ANNEE !!!
Avec Atonalism, Atonalist nous plonge d’entrée dans un univers sombre et beau à la fois qui n’est pas sans évoquer les Strings Of Consciousness épaulés au chant par Black Sifichi ou Barry Adamson, et justement pas si loin puisque le chant suave sur ce premier album est interprété par Gavin Friday que l’on connu il y a des décennies dans le mythique Virgin Prunes… Different To The Others pose la barre très haute et va encore plus loin dès le second morceau, The Road To Perdition, sorte de tube qui nous emporte au loin. Spin résonne telle une éructation free jazz qui s’étend vers une atmosphère qui fait penser aux plus beaux morceaux immersifs de Hint. Lien fort à-propos puisque le saxophoniste du groupe n’est autre qu’Arnaud Fournier qui fonda Hint dans les années 90. Ici on le trouve en duo avec un autre angevin, Renaud-Gabriel Pion qui collabora avec Christophe, John Cale, Bjork, Siouxsie, Arto Lindsay… Excusez du peu, et ce n’est pas étonnant tant son génie de la programmation électronique saute aux oreilles. Premier essai très réussi et à suivre.
Un musicien que je suis depuis fort longtemps est le cornettiste/trompettiste Rob Mazurek qui se fait remarquer à Chicago depuis plus d’une vingtaine d’années, notamment au sein de son Chicago Underground Collective aux côtés de Jeff Parker de Tortoise, mais aussi au travers de collaborations avec Gastr Del Sol, Jim O’Rourke, Isotope 217, Pharoah Sanders, Mike Ladd ou Stereolab… Et depuis 2005 dirige le Rob Mazurek Exploding Star Orchestra qui réunit une vingtaine d’instrumentistes de haut vol dont, pour les plus renommés, Roscoe Mitchell (du Art Ensemble Of Chicago), Matana Roberts, Jason Adasiewicz, Chad Taylor ou Kevin Drumm… Matter Anti-Matter, Sixty-Three Moons Of Jupiter est comme on pourrait s’y attendre un monument free jazz qui fleure bon l’ambiance que dégageait le genre dans les sixties, mais avec un son résolument moderne. Chaque instrument trouve admirablement sa place, les arrangements sont soignés, les intelligentes compositions tiennent en haleine sur la durée et on se laisse emporter dans cet univers magnifique, frais et élégant qui peut même tout à coup, lors du Ganymede & The Ice Parade nous plonger dans une relecture du Creator Has A Master Plan de Pharoah Sanders. Ultime preuve de bon goût pour un album essentiel, qui en plus vient agrémenté d’un second CD, Electronic Works, permettant d’entendre les pièces électro-acoustiques, solo électroniques de Rob Mazurek, enfonçant le clou et démontrant que le compositeur à bien plus d’une corde à son arc.
Joshua Abrams est lui aussi de Chicago. Son groupe, le Natural Information Society se caractérise par l’utilisation de 3 batteurs dont le tentaculaire Hamid Drake… On retrouve aussi Ben Boye aux claviers et Emmett Kelly à la guitare, qui étaient déjà avec Abrams dans Bonnie Prince Billy, et en parallèle accompagnent Ty Segall en scène. Vous aurez compris qu’on a encore affaire à un rassemblement de musiciens hors-pairs, bien dirigés et dont le quatrième opus Simultonality sent le vécu. Les compos sonnent jouées et rejouées, il apparaît comme une évidence que le groupe les a expérimentées live avant de les enregistrer tant elles paraissent couler de source. Tout comme Rob Mazurek et ses acolytes savaient remettre au goût du jour Pharoah Sanders, ici le septet s’attaque au Voyage To Satchidananda d’Alice Coltrane qui du coup rapproche ces deux formations Chicagoanes et donne envie de voir les deux jouer à la tombée de la nuit dans un festival Jazz qui se tiendrait au Palais Longchamp… On peut rêver tant la magie s’opère sans effort. Un album qui sonne naturel et parvient à faire résonner ensemble les musiques jazz, ragga voire rock pour nous servir un cocktail multiculturel, bien dosé et qui se laisse digérer tout doucement.
Un ensemble que, par contre, nous avions eu le plaisir de voir à plusieurs reprises en ville, lors du festival Les Musiques, est celui emmené par le pianiste Reinhold Friedl: Zeitkratzer. Le plus innovant des ensembles Contemporains célèbre vingt années de bons et loyaux services en nous livrant sa relecture des deux mythiques premiers albums de Kraftwerk, alors que le géant électronique Allemand sonnait encore Kraut Rock. Zeitkratzer Performs Songs From The Albums Kraftwerk 1 & Kraftwerk 2 emprunte des titres des deux LPs, les rejouant plus ou moins à la minute près mais en rajoutant tous un arsenal de possibilités acoustiques du violon au violoncelle en passant par le cor, trompette, percussions, guitare, piano préparé, contrebasse, clarinette, flute… Recontextualisée de la sorte cette musique qui fut si influente ne manquera pas de changer l’écoute des générations à venir qui sauront lui accorder l’attention qu’elle mérite. Majestueux !
Au tout début du siècle, en plein boom d’un mouvement eléctronica florissant, le label américain Mush Records renouvelait le genre hip-hop avec les sorties de Boom Bip & Dose One, Busdriver, Daedelus, Clouddead, Jel, AesopRock ou les australiens Curse ov Dialect, qui issus de Melbourne tiraient leur épingle du jeu s’affirmant haut la main comme le fer de lance d’un mouvement avant hip-hop alors au sommet de sa gloire. Aujourd’hui, Mush ne navigue plus dans les mêmes eaux, du coup nos amis australiens ont émigré il y a quelques années sur le label expérimental de très bon goût Staubgold, et les voici produits par Valve de leur côté de l’Océan et Monotype en Europe. Leur musique est toujours aussi touffue, les samples/clins d’œil s’entre-télescopent, les mélodies sont résolument efficaces tout en restant avant-gardistes, le flow est magistral et son propos socialement engagé. Curse ov Dialect frappe fort, assumant son statut injustement méconnu, libérant avec maestria son inventivité, étonnant et quoi de plus normal quand on sait que son leader Adam Gauci est un fin connaisseur fou de musiques électro-acoustiques européennes et autres expérimentations sonores en tout genre…  Alors, pour bon nombre d’entre ceux qui placent le renouveau du genre entre les notes de Death Grips, Horrors ou Blackie, il serait temps de faire avec ces Australiens, qui ne s’en laisseront pas compter.

 

Philippe Petit

Oxbow  Thin Black Duke (HydraHead)
https://soundcloud.com/hydra-head-records/oxbow-thin-black-duke

Atonalist Atonalism (Audiotrauma)
https://atonalisttrauma.bandcamp.com/album/atonalism

Rob Mazurek Exploding Star Orchestra Matter Anti-Matter, Sixty-Three Moons Of Jupiter & Electronic Works (Rogue Art)
https://www.discogs.com/Rob-Mazurek-Exploding-Star-Orchestra-Featuring-Roscoe-Mitchell-Matter-Anti-Matter/release/4879905

Joshua Abrams & Natural Information Society Simultonality (Tak:Til/Glitterhouse)
http://glitterbeat.com/artists/joshua-abrams-natural-information-society/

Zeitkratzer Performs Songs From The Albums Kraftwerk 1 & Kraftwerk 2 (Karl)
https://karlrecords.bandcamp.com/album/zeitkratzer-performs-songs-from-kraftwerk-and-kraftwerk-2

Curse ov Dialect Twisted Strangers (Valve/Monotype)
https://consumevalve.bandcamp.com/album/curse-ov-dialect-twisted-strangers